‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 14 sur 233 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

rien , mais que l'analogie est pour l'affirmative. Vous me demanderez encore comment je sais donc qu'il y a des mouvemens spontanés ; je vous dirai que je le sais parce que je le sens. Je veux mouvoir mon bras et Ije le meus , sans que ce mouvement ait d'autre cause immédiate que ma volonté. C'est en vain qu on voudroit raisonner pour détruire en moi ce sentiment, il est plus fort que toute évidence; autant vaudroit me prouver que je n'existe pas.

S'il n'y avoit aucune spontanéité dans les actions des hommes, ni dans rien de ce qui se fait sur la terre, on n'en seroit que plus embarrassé à imaginer la première cause de tout mouvement. Pour moi , je me sens tellement persuadé que l'état naturel de la matière est d'être en repos, et qu'elle n'a par elle-même aucune force pour agir, qu'en voyant un corps en mouvement je juge aussitôt, ou que c'est un corps animé, ou que ce mouvement lui a été communiqué. Mon esprit refuse tout acquiescement à l'idée de la matière non organisée se mouvant d^elle-même, ou produisant quelque action.

Cependant cet univers visible est matière, matière éparse et morte (i), qui n'a rien dans son tout

(i) J'ai fait tons mes efTorts pour concevoir une molécule vivante, sans pouvoir en venir à bout. L'idée de la matière sentant sans avoir des sens me paroît inintelligible et contradictoire. Pour adopter ou rejeter cette idée, il faudroit commencer par la comprendre, et j'avoue que je n'ai pas ce bonheur-U.

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de l'union, de Torganisation , du sentiment commun des parties d'un corps animé , puisqu'il est certain que nous qui sommes parties ne nous sentons nullement dans le tout Ce même univers est en mouve-^ ment, et dans ses mouvemens réglés, uniformes^ assujettis à des lois constantes, il n'a rien de cette liberté qui paroît dans les mouvemens spontanés de Thomme et des animaux. Le monde n'est donc pas un grand animal qui se meuve de lui-même, il y a donc de ses mouvemens quelque cause étrangère à lui 9 laquelle je n'aperçois pas ; mais la persuasion intérieure me rend cette cause tellement sensible que je ne puis voir rouler le soleil sans imaginer une force qui le pousse , ou que , si la terre tourne , je crois sentir une main qui la fait tourner.

S'il faut admettre des lois générales dont je n'aperçois point les rapports essentiels avec la matière , de quoi serai-je avancé? Ces lois, n'étant point des êtres réels , des substances , ont donc quelque autre fondement qui m'est inconnu. L'expérience et l'ob-* servation nous ont fait connoître les lois du mouvement ; ces lois déterminent les effets sans montrer les causes; elles ne suffisent point pour expliquer le système du monde et la marche de l'univers. Des-* cartes avec des dés formoit le ciel et la terre ; mais il ne put donner le premier branle à ces dés, ni mettre en jeu sa force centrifuge qu'à l'aide d'un mouvement de rotation. Newton a trouvé la loi de l'attraction ; mais l'attraction seule réduiroit bientôt

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