IX. a
se résoudre à vous avoir la première obligation, comment se résoudroit-elle à vous avoir l'autre ? Si elle ne peut souffrir qu'un mari puisse lui reprocher de l'avoir enrichie ; souffrira-t-elle qu'il puisse lui reprocher de s'«tre appauvri pour elle ? Eh, malheureux ! tremblez qu'elle ne vous soupçonne d'avoir eu ce projet. Devenez au contraire économe et soigneux pour l'amour d'elle , de peur qu'elle ne vous accuse de vouloir la gagner par adresse, et de lui sacrifier volontairement ce que vous perdrez par négligence.
Croyez-vous au fond que de grands biens lui fassent peur, et que ses oppositions viennent précisément des richesses? Non , cher Emile; elles ont une cause plus solide et plus grave dans l'effet que produisent ces richesses dans Tâme du possesseur. Elle sait que les biens de la fortune sont toujours préférés à tout par ceux qui les ont. Tous les riches comptent l'or avant le mérite. Dans la mise commune de Targent et des services , ils trouvent toujours que ceuxci n'acquittent jamais l'autre , et pensent qu'on leur en doit de reste quand on a passé sa vie à les servir en mangeant leur pain. Qu'avez-vous donc à faire, ô Émiie! pour la rassurer sur ses craintes? Faitesvous bien connoître à elle ; ce n'est pas l'affaire d'un joun Montrez -lui dans les trésors de votre, âme noble de quoi racheter ceux dont vous avez le malheur.d'être partagé. A force de constance et de temps, surmontez sa résistance ; à force de sentimens grands