‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 183 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

OU deux par semaine bornent les permissions qu'il reçoit ; et ses visites , souvent d'une seule demijournée , s'étendent rarement au lendemain. Il emploie bien plus de temps à espérer de la voir ou à se féliciter de l'avoir vue , qu'à la voir en effet. Dans celui même qu'il donne à ses voyages , il en passe moins auprès d'elle qu'à s'en approcher ou s'en éloigner. Ses plaisirs vrais, purs , délicieux, mais moins réels qu'imaginaires y irritent son amour sans efféminer son cœur.

Les jours qu'il ne la voit point il n'est pas oisif et sédentaire. Ces- jours-là c'est Emile encore : il n'est point du tout transformé. Le plus souvent il court les campagnes des environs, il suit son histoire naturelle ; il observe , il examine les terres, leurs productions, leur culture; il compare les travaux qu'il voit à ceux qu'il connoit ; il cherche les raisons des différences; quand il juge d'autres méthodes préférables à celles du Heu , il les donne aux cultivateurs ; s'il propose une meilleure forme de charrue , il en fait faire sur ses dessins ; s'il trouve une carrière de marne , il leur en apprend l'usage inconnu dans le pays; souvent il met lui-même la main à l'œuvre ; ils sont tout étonnés de lui voir manier leurs outils plus aisément qu'ils ne font eux-mêmes , tracer des sillons plus profonds et plus droits que les leurs , semer avec plus d'égalité , diriger des ados avec plus d'intelligence (*). Us ne se moquent pas de lui comme

(•) Mqs, proprement dit , est une terre éleyée en talus le long

d'un beau diseur d'agriculture; ils voient qu'il la sait en effet En un root , il étend son zèle et ses soins à tout ce qui est d'utilité première et générale ; même il ne s'y borne pas. Il visite les maisons des paysans, s'informe de leur état, de leurs familles, du nombre de leurs enfans , de la quantité de leurs terres, de la nature du produit, de leurs débouchés, de leurs facultés, de leurs charges, de leurs dettes, etc. U donne peu d'argent, sachant que pour l'ordinaire il est mal employé ; mais il en dirige l'emploi luimême, et le leur rend utile malgré qu'ils en aient U leur fournit des ouvriers , et souvent leur paye leurs propres journées pour les travaux dont ils ont besoin. Â l'un il fait relever ou couvrir sa chaumière à demi tombée; à l'autre il fait défricher sa terre abandonnée faute de moyens; à l'autre il fournit une vache, un cheval , du bétail de toute espèce à la place de celui qu'il a perdu : deux voisins sont près d'entrer en procès , il les gagne , il les accommode; un paysan tombe malade , il le Êiit soigner, il le soigne lui-même (i); un autre est vexé par un voisin puis-

d'nii mur et à rexposition du midi , pour faire ayancer promptement les graines qu'on y sème. Mais il s'entend aussi des exhaossemens eu dos-d'àne formés longitudinalement, et qui se pratiquent dans la culture des céréales pour faciliter l'écoulement des eaux. Leur hauteur» leur largeur et leur direction yarient selon la nature du terrein et les localités.

(i) Soigner un paysan malade, ce n'est pas le purger, lui donner des drogues, lui envoyer un chirurgien. Ce n'est pas de tout cela qu'ont besoin ces pauyres gens dans leurs maladies; c'est de nour-

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