LIVRE V
Or , moins les volontés particulières se rapportent à la volonté générale , c'est-à-dire les mœurs aux lois, plus la force réprimante doit augmenter. D'un autre côté, la grandeur de Tétat donnant aux dépositaires de Tautorité publique plus de tentations et de moyens d'-en abuser , plus le gouvernement a de force pour contenir le peuple, plus le souverain doit en avoir à son tour pour contenir le gouvernement.
Il suit de ce double rapport que la proportion continue entre le souverain , le prince et le peuple , n'est point une idée arbitraire , mais une conséquence de la nature de l'état. Il suit encore que l'un des extrêmes, savoir le peuple, étant fixe, toutes les fois que la raison doublée augmente ou diminue , la raison simple augmente ou diminue à son tour ; ce qui ne peut se faire sans que le moyen terme change autant de fois. D'où nous pouvons tirer cette conséquence, qu'il n'y a pas une constitution de gouvernement unique et absolue , mais qu'il doit y avoir autant de gouvememens différens en nature qu'il y a d'états différens en grandeur.
Si plus le peuple est nombreux moins les mœurs se rapportent aux lois , nous examinerons si , par une analogie assez évidente , on ne peut pas dire aussi que plus les magistrats sont nombreux , plus le gouvernement est foible.
Pour éclaircir cette maxime nous distinguerons dans la personne de chaque magistrat trois volontés