‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 211 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

d'intensité qu'elle puisse avoir. Or , comme c'est de ce degré que dépend l'usage de la force , et que la force absolue du gouvernement étant toujours celle du peuple ne varie point, il s'ensuit que le plus actif des gouvernemens est celui d'un seul.

Au contraire, unissons le gouvernement à l'autorité suprême , faisons le prince du souverain, et des citoyens autant de magistrats : alors la volonté de corps , parfaitement confondue avec la volonté générale , n'aura pas plus d'activité qu'elle , et laissera la volonté particulière dans toute sa force. Ainsi le gouvernement, toujours avec la même force absolue, sera dans son minimum d'activité.

Ces règles sont incontestables , et d'autres considérations servent à les confirmer. On voit, par exemple , que les magistrats sont plus actifs dans leur corps que le citoyen n'est dans le sien , et que par conséquent la volonté particulière y a beaucoup plus d'influence. Car chaque magistrat est presque toujours chargé de quelque fonction particulière du gouvernement ; au lieu que chaque citoyen , pris à part, n'a aucune fonction de la souveraineté. D'ailleurs, plus l'état s'étend, plus la force réelle augmente , quoiqu'elle n'augmente pas en raison de son étendue; mais, l'état restant le même, les magistrats ont beau se multiplier, le gouvernement n'en acquiert pas une plus grande force réelle, parce qu'il est dépositaire de celle de l'état , que nous suppo* sons toujours égale. Ainsi, par cette pluralité, l'ac- IX. 3o

tivité du gouvernement diminue sans que sa force puisse augmenter.

Après avoir trouvé que le gouvernement se relâche à mesure que les magistrats se multiplient , et que, plus le peuple est nombreux, plus la force réprimante du gouvernement doit augmenter, nous conclurons que le rapport des magistrats au gouvernement doit être inverse de celui des sujets au souverain; c'est-à-dire que plus Tétat s'agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer, tellement que le nombre des che& diminue en raison de l'augmentation du peuple.

Pour fixer ensuite cette diversité de formes sous des dénominations plus précises , nous remarquerons en premier lieu que le souverain peut commettre le dépôt du gouvernement à tout le peuple ou à la plus grande partie du peuple, en sorte qu'il y ait plus de citoyens magistrats que de citoyens simples particuliers. On donne le nom de démocratie k cette forme de gouvernement.

Ou bien il peut resserrer le gouvernement entre les mains d'un moindre nombre , en sorte qu'il y ait plus de simples citoyens que de magistrats ; et cette forme porte le nom à! aristocratie.

Enfin il peut concentrer tout le gouvernement entre les mains d'un magistrat unique. Cette troisième forme est la plus commune , et s'appelle monarchie ou gouvernement royal.

Nous remarquerons que toutes ces formes , ou

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