‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 212 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

du moins les deux premières, sont susceptibles de plus et de moins , et ont même une assez grande latitude. Car la démocratie peut embrasser tout le peuple ou se resserrer jusqu'à la moitié. L'aristocratie , à son tour, peut de la moitié du peuple se resserrer indéterminément jusqu'aux plus petits nombres. La royauté même admet quelquefois un partage , soit entre le père et le fils , soit entre deux frères , soit autrement. U y avoit toujours deux rois à Sparte, et Ton a vu dans l'empire romain jusqu'à huit empereurs à la fois, sans qu'on pût dire que l'empire fut divisé. Il y a un point où chaque forme de gouvernement se confond avec la suivante; et, sous trois dénominations spécifiques , le gouvernement est réellement capable d'autant de formes que l'état a de citoyens.

Il y a plus : chaciin de ces gouvememens pouvant à certains égards se subdiviser en diverses parties , l'une administrée d'une manière et Tautre d'une autre , il peut résulter de ces trois formes combinées une multitude de formes mixtes dont chacune est multipliable par toutes les formes simples.

On a de tout temps beaucoup disputé sur la meilleure forme de gouvernement , sans considérer que chacune est la meilleure en certains cas , et la pire en d'autres. Pour nous, si dans les difierens états le nombre des magistrats (i) doit être inverse de celui

(i) On se souviendra que je n'entends parler ici que de niagis-

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des citoyens, nous conclurons qu'en général le gou* vernement démocratique convient aux petits états, l'aristocratique aux médiocres , et le monarchique aux grands.

'• C'est par le fil de ces recherches que nous parviendrons à savoir quels sont les devoirs et les droits des citoyens, et si Ton peut séparer les uns des autres; ce que c'est que la patrie, en quoi précisément elle consiste, et à quoi chacun peut connoître s'il a une patrie ou s'il n'en a point.

Après avoir ainsi considéré chaque espèce de société civile en elle-même , nous les comparerons pour en observer les divers rapports : les unes grandes, les autres petites ; les unes fortes , les autres foibles ; s'attaquant, s'ofTensant , s'entre-détniisant ; et, dans cette action et réaction continuelle , faisant plus de misérables et coûtant la vie à plus d'hommes que s'ils avoient tous gardé leur première liberté. Nous examinerons si Ton n'en a pas fait trop ou trop peu dans l'institution sociale ; si les individus soumis aux lois et aux hommes, tandis que les sociétés gardent entre elles l'indépendance de la nature , ne restent pas exposés aux maux des deux états , sans en avoir les avantages ; et s'il ne vaudroit pas mieux qu'il n*y eût point de société civile au monde que d'y en avoir plusieurs. N'est-ce pas cet état mixte qui participe à

trau suprêmes ou chefs de la nation , les autres n*étant que leur» substituts en telle ou telle partie.

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