‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 232 sur 233 · LETTRE SUR J. J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LETTRE SUR J. J. ROUSSEAU

Rousseau ne m'a voit jamais mis dans la confidence de ses Mémoires; il n'avoit fait que me les nommer à l'occasion de la crainte qu'il eut de les avoir perdus. Mais il me procura un très-vif plaisir par la lecture qu'il voulut bien me faire du supplément à Y Emile. Ce morceau a paru dans l'édition de Genève, sous le titre d'Emile et Sophie y ou les Solitaires. Il est demeuré imparfait , et finit à l'époque oii Emile

devint esclave du dey d'Alger Rousseau ne s'en

tint pas à la lecture de ce fragment , qui acquéroit un nouveau prix par l'accent passionné de sa voix, et par une certaine émotion contagieuse à laquelle il s'abandonnoit. Animé lui-même par cette lecture, il parut reprendre la trace des idées et des sentimens qui l'avoient agité dans le feu de la composition. Il parla d'abondance avec chaleur et facilité (ce qu'il faisoit rarement), il me développa divers événemens de la suite de ce roman commencé, et m'en exposa le dénouement. Le voici tel que me le fournissent quelques notes faites de mémoire. On sera, j'espère, assez juste pour ne pas imputer à l'auteur ce qu'il peut offrir d'irrégulier dans une esquisse aussi légère, et qui, sans être infidèle, peut dérober quelques traits que le tableau eût fait ressortir.

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