‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 36 sur 233 · LIVRE IV. 8l · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 8l

On me dit quMI falloit une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu vouloit être servi ; on assigne en preuve la diversité des cultes bizarres quMls ont institués , et Ton né voit pas que cette diversité même vient de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples se sont avisés de foire parler Dieu , chacun Ta foit parler à sa mode et lui a fait dire ce qu'il a voulu. Si l'on n'eût écouté que ce que Dieu dit au cœur de l'homme, il n'y auroit jamais eu qu'une religion sur la terre.

U falloit on culte uniforme ; je le veux bien : mais ce point étoJt>f) donc si important qu'il fallût tout l'apparerl de la puissance divine pour l'établir ? Ne confondons point ïe cérémonial de la religion avec la rehgion. Le cuke que Dieu demande est celui du cœur; et celui-là, quand il est sîncèi^e, est toujours uniforme. C'est avoir une vanité bien folle de s'imaginer que Dieu prenne un si grand intérêt à la forme de l'habit du pi^être , à l'ordre des mots qu'il prononce , aux gestes qu'il fait à l'autel , et à toutes ses génuflexions. Eh ! mon ami , reste de toute ta hauteur, tu seras toujours assez près de terre. Dieu veut être adoré en esprit et en véi^ité : ce devoir est de toutes ks religions , de totfs les pays , de tous les hotfmies. Qtrairf au culte extérient, s'il doit être uniforme pour le bon ordre , c'est purement une affaire de police ; il ne faut point de révélation pour cela.

Je ne commençai pas par toutes ces réflexions. Entraîné par les préjugés de l'éducation et par ce IX. 6

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dangereux amour-propre qui veut toujours porter rhomme au-dessus de sa sphère , ne pouvant élever mes foibles conceptions jusqu'au grand Être, je m'efforçois de le^ rabaisser jusqu'à moi. Je rappro-' chois les rapports infiniment éloignés qu'il a mis entre sa nature et la mienne. Je voulois des communications plus immédiates, des instructions plus particulières; et, non content -de faire Dieu semblable à l'homme , pour être privilégié moi - même parmi mes semblables je voulois des lumières surnaturelles ; je voulois un culte exclusif; je voulois que Dieu m'eût dit ce qu'il n'avoit pas dit à d'autres , ou ce que d'autres n'auroient pas entendu comme moi.

Regardant le point où j'étois parvenu comme le point commun d'où partoient tous les croyans pour arriver à un culte plus éclairé , je ne trouvôis dans les dogmes de la religion naturelle que les élémcns de toute religion. Je considérois cette diversité de sectes qui régnent sur la terre et qui s'accusent mutuellement de mensonge et d'erreur; je demandois, Quelle est la bonne? Chacun me répondoit , C'est la mienne ; chacun disoit , Moi seul et mes partisans pensons juste ; tous les autres sont dans l'erreur. Et comment savez-vous que -votre secte est la bonne ? Parce que Dieu Ta dit (i). Et qui vous dit que Dieu

(i) « Tous, dit un bon et sage prêtre , disent qu'ils la tiennent » et la croient (et tous usent de ce j«u'gon), que non àei hommes, a ne d'aucune créature , ains de Dieu.

» Mais à dire yrai, sans rien flatter ni déguiser, il n*en est rien;

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