LIVRE IV
aussHbien que moi : quand je crois ce qu'il dit , ce n'est pas parce qu'il le dit, mais parce qu'il le prouve. Le témoignage des hommes n'est donc au fond que celui de ma raison même , et n'ajoute rien aux moyens naturels que Dieu m'a donnés de codnoître la vérité.
Apôtre de la vérité, qu'avez- vous donc à me dire dont je ne reste pas le juge ? Dieu lui-même a parlé ; écoutez sa révélation. C'est autre chose. Dieu a parlé ! voilà certes un gt*and mot. Et à qui a-t-il parlé ? Il a parlé aux hommes, t^ourquoi donc n'en ai-je rien entendu? Il a chargé d'autres hommes de vous rendre sa parole. J'entends : ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. Taimerois mieux avoir entendu Dieu lui-même; il ne lui en auroit pas coûté davantage , et j'aurois été à l'abri de la séduction. Il vous en garantit en manifestant la mission de ses envoyés. Comment cela? Par des prodiges. Et où sont ces prodiges ? Dans des livres. Et qui a fait ces livres? Des hommes. Et qui a vu ces prodiges? Des hommes qui les attestent. Quoi ! toujours des témoignages humains ! toujours des hommes qui me rapportent ce que d'autres hommes ont rapporté ! Que d'hommes entre Dieu et moi ! Voyons toutefois , examinons, comparons, vérifions. Oh ! si Dieu eût daigné me dispenser de tout ce travail , l'en aarois-je servi de moins bon ccetur?
Considérez , mon ami , dans quelle horrible di^ cussion me voiUk engagé ; de quelle immense érudition j'ai besoin ponr remonter dans les phis hautes
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antiquités, pour examiner, peser, confronter les prophéties , les révélations , les faits , tous les monumens de foi proposés dans tous les pays du monde, pour en assigner les temps , les lieux , les auteurs , les occasions ! Quelle justesse de critique m'est nécessaire pour distinguer les pièces authentiques des pièces supposées; pour comparer les objections aux réponses, les traductions aux originaux; pour juger de l'impartialité des témoins, de leur bon sens, de leurs lumières ; pour savoir si l'on n'a rien supprimé, rien ajouté , rien transposé , changé , falsifié ; pour lever les contradictions qui restent; pour juger quel poids doit avoir le silence des adversaires dans les faits allégués contre eux ; si ces allégations leur ont été connues ; s'ils en ont fait assez de cas pour daigner y répondre ; si les livres étoient assez communs pour que les nôtres leur parvinssent ; si nous avons été d'assez bonne foi pour donner cours aux leurs parmi nous , et pour y laisser leurs plus fortes objections telles qu'ils les avoient faites !
Tous ces monumens reconnus pour incontestables , il faut passer ensuite aux preuves de la mission.de leurs auteurs ; il faut bien savoir les lois des sorts , les probabilités éventives , pour juger quelle prédiction ne peut s'accomplir sans miracle ; le génie des langues originales pour distinguer ce qui est prédiction dans ces langues, et ce qui n'est que figure oratoire ; quels faits sont dans l'ordre de la nature , et quels autres faits n'y sont pas ; pour dire jusqu'^