LIVRE IV. II
» plus «ividement au bonheur est toujours le plus » misérable.
» Ah! quels tristes tableaux! m'écriois-je avec » amertume : s^il faut se refuser à tout , que nous a » donc servi de naître ? et s'il faut mépriser le bon- » heur même, qui est-ce qui sait être heureux ? C'est » moi , répondit un jour le prêtre d'un ton dont je » fus frappé. Heureux , vous ! si peu fortuné , si » pauvre , exilé , persécuté , vous êtes heureux ! Et » qu'avez- vous fait pour l'être ? Mon enfant, repritj» il , je vous le dirai volontiers.
» Là-dessus il me fit entendre qu'après avoir reçu » mes confessions il vouloit me faire les siennes. y) J'épancherai dans votre sein , me dit-il en m'emy> brassant, tous les sentimens de mon cœur. Vous y> me verrez, sinon tel que je suis , au moins tel que >i je me vois moi-même. Quand vous aurez reçu mon » entière profession de foi , quand vous connoîtrez » bien l'état de mon âme , vous saurez pourquoi je » m'estime heureux, et, si vous pensez comme moi, » ce que vous avez à faire pour l'être. Mais ces aveux y> ne sont pas l'affaire d'un moment ; il faut du temps » pour vous exposer tout ce que je pense sur le sort » de l'homme et sur le vrai prix de la vie : prenons » une heure, un lieu, commodes pour nous livrer » paisiblement à cet entretien.
» Je marquai de l'empressement à l'entendre. Le î> rendez-vous ne fut pas renvoyé plus tard qu'au » lendemain matin. On étoit en été; nous nous le-
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» vâmes à la pointe du jour. Il me mena hoi*s de l.i » ville, sur une haute colline, au-dessous de laquelle 3» passoit le Pô , dont on voyoit le cours à travers les » fertiles rives qu'il baigne; dans l'éloignement, Tim- » mense chaîne des Alpes couronnoit le paysage; les » rayons du soleil levant rasoient déjà les plaines , » et , projetant sur les champs par longues ombres » les arbres, les coteaux, les maisons, enrichissoient y> de mille accidens de lumière le plus beau tableau » dont Tœil humain puisse être frappé. On eût dit » que la nature étaloit à nos yeux toute sa magnifi- » cence pour en oflfrir le texte à nos entretiens. Ce » fut là qu'après avoir quelque temps contemplé » ces objets en silence , Thomme de paix me parla » ainsi. »