‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 5 sur 233 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

» veur de celle qu'il me voit aussi pour le culte dans » lequel je suis né; il sait que mon dédain n'est plus » une affaire de parti. Mais que devois-je penser ]» quand je Tentendois quelquefois approuver des » dogmes contraires à ceux de TÉglise romaine, et » paroître estimer médiocrement toutes ses cérémo* i> nies ? Je i'aurois cru protestant déguisé si je Tavois D vu moins fidèle à ces mêmes usages dont il semj> bloit feire assez peu de cas; mais, sachant qu'il » s'acquittoit sans témoin de ses devoirs de prêtre » aussi ponctuellement que sous les yeux du public, j> je ne savois plus <}ue juger de ces contradictions, j» Au défaut près qui jadis avoit attiré sa disgrâce et » dont il n'étoit pas trop bien corrigé, sa vie étoit x) exemplaire, ses mœurs étoient irréprochables, ses 7> discours honnêtes et judicieux. En vivant avec lui » dans la plus grande intimité , j'apprenpis à le res- » pecter chaque jour davantage ; et tant de bontés Dm'ayant tout-à-fait gagné le cœur , j'attendois avec y> une curieuse inquiétude le moment d'apprendre 7> sur quel principe il fondoit l'uniformité d'une vie y> aussi singulière.

» Ce moment ne vînt pas si tôt. Avant de s'ouvrir ]» a son disciple, il s'efforça de faire germer les se- » menées de raison et de bonté qu'il jetoit dans son » âme. Ce qu'il y avoit en moi de plus difficile à déx> truire étoit une orgueilleuse misanthropie , une » certaine aigreur contre les riches et les heureux du » monde, comme s'ils l'eussent été à mes dépens ,

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» et que leur prétendu bonheur eût été usurpé sur » le mien. La folle vanité de la jeunesse, qui regimbe » contre Thumiliation , ne me donnoit que trop de JD penchant à cette humeur colère; etl'amour-propre, » que mon Mentor tachoit de réveiller en moi , me » portant à la fierté y rendoit les hommes encore plus » vils à mes yeux , et ne faisoit qu'ajouter pour eux » le mépris à la haine.

y> Sans combattre directement cet orgueil j il Tem- » pécha de se tourner en dureté d'âme ; et sans y) m'ôter Testime de moi-même , il la rendit moins y> dédaigneuse pour mon prochain. En écartant tou- » jours la vaine apparence et me montrant les maux » réels qu'elle couvre , il m'apprenoit à déplorer les » erreurs de mes semblables , à m'attendrir sur leurs » misères, et à les plaindre plus qu'à les envier. Ému » de compassion sur les foiblesses humaines par le » profond sentiment des siennes , il voyoit partout » les hommes victimes de leurs propres vices et de » ceux d'autrui ; il voyoit les pauvres gémir sous le y> joug des riches , et les riches sous le joug des pré- » jugés. Croyez-moi, disoit-il, nos illusions, loin de » nous cacher nos maux, les augmentent, en don- » nant un prix à ce qui n'en a point , et nous rendant » sensibles à mille fausses privations que nous ne » sentirions pas sans elles. La paix de l'âme consiste y} dans le mépris de tout ce qui peut la troubler : y> l'homme qui fait le plus de cas de la vie est celui » qui sait le moins en jouir ; et celui qui aspire le

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