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mais comme le plus inviolable et le plus saint de tous les contrats , on lui dise avec force toutes les raisons qui rendent un nœud si sacré respectable à tous les hommes , et qui couvre de haine et de malédictions quiconque ose en souiller la pureté ; qu'on lui fasse un tableau frappant et vrai des horreurs de la débauche j de son stupide abrutissement , de la pente insensible par laquelle un premier désordre conduit à tous, et traîne enfin celui qui s'y livre à sa perte ; si, dis-je, on lui montre avec évidence comment au goût de la chasteté tiennent la santé , la force , le courage , les vertus, l'amour même , et tous les vrais biens de l'homme; je soutiens qu'alors on lui rendra cette même chasteté désirable et chère, et qu'on trouvera son esprit docile aux moyens qu'on lui donnera pour la conserver : car tant qu'on la conserve on la respecte; on ne la méprise qu'après l'avoir perdue.
U n'est point vrai que le penchant au mal soit indomptable, et qu'on ne soit pas maître de le vaincre avant d^avoir pris l'habitude d'y succomber. Aurélius Victor dit que plusieurs hommes transportés d'amour achetèrent volontairement de leur vie une nuit de Cléopâtre (*), et ce sacrifice n'est pas impossible à l'ivresse de la passion. Mais supposons que Thomme le plus fîirieux et qui commande le moins à ses sens vît l'appareil du supplice , sûr d'y périr
(•) Aur. Vict, de Vît. ill., cap. 8G.
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dans les tourmens un quart d'heure après ; nonseulement cet homme, dès cet instant, deviendroit supérieur aux tentations, il lui en coûteroitméme peu de leur résister : bientôt Timage affreuse dont elles seroient accompagnées le distrairoit d'elles ; et, toujours rebutées, elles se lasseroient de revenir. C'est la seule tiédeur de notre volonté qui fait toute notre foiblesse , et l'on est toujours fort pour faire ce qu'on veut fortement , Folenti nihil difficile. Oh ! si nous détestions le vice autant que nous aimons la vie , nous nous abstiendrions aussi aisément d'un crime agréable que d'un poison mortel dans un mets délicieux.
Gomment ne voit-on pas que , si toutes les leçons qu'on donne sur ce point à un jeune homme sont sans succès , c'est qu'elles sont sans raison pour son âge, et qu'il importe à tout âge de revêtir la raison de formes qui la fassent aimer! Parlez-lui gravement quand il le faut ; mais que ce que vous lui dites ait toujours un attrait qui le force à vous écouter. Ne combattez pas ses désirs avec sécheresse ; n'étouffez pas son imagination , guidez-la de peur qu'elle n'engendre des monstres.. Parlez -lui de l'amour, des femmes , des plaisirs ; faites qu'il trouve dans vos conversations un charme qui flatte son jeune cœur ; n'épargnez rien pour devenir son confident : oe n'est qu'à ce titi'e que vous serez vraiment son maître. Alors ne craignez plus que vos entretiens l'ennuient; il vous fera parler plus que vous ne voudrez.
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Je ne doute pas un instant que , si sur ces maximes j'ai su prendre toutes les précautions nécessaires, et tenir à mon Emile les discours convenables à la conjoncture oii le progrès des ans l'a fait arriver, il ne vienne de lui-même au point où je veux le conduire, qu'il ne se mette avec empressement sous ma sauvegarde, et qu*il ne me dise avec toute la chaleur de son âge , frappé des dangers dont il se voit environné : O mon ami , mon protecteur , mon maître ! reprenez Tautorité que vous voulez déposer au moment qu'il m'importe le plus qu'elle vous reste ; vous ne l'aviez jusqu'ici que par ma foiblesse ; vous l'aurez, maintenant par ma volonté , et elle m'en sera plus sacrée. Défendez-moi de tous les ennemis qui m'assiègent , et surtout de ceux que je porte avec moi , et qui me trahissent ; veillez sur votre ouvrage , afin qu'il demeure digne de vous. Je veux obéir à vos lois , je le veux toujours , c'est ma volonté constante ; si jamais je vous désobéis , ce sera malgré moi : rendez-moi libre en me protégeant contre mes passions qui me font violence ; empêchez-moi d'être leur esclave, et forcez-moi d'être mon propre maître en n'obéissant point à mes sens , mais à ma raison.
> Quand vous aurez amené votre élève à ce point (et s'il n'y vient pas ce sera votre faute), gardezvous de le prendre trop vite au mot , de peur que , si jamais votre empire lui paroit trop rude, il ne se croie en droit de s'y soustraire en vous accusant de l'avoir surpris. C'est en ce moment que la réserve
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et la gravité sont à leur place ; et ce ton lui en imposera d'autant plus , que ce sera la première fois qu'il vous l'aura vu prendre.
Vous lui direz donc : Jeune homme , vous prenez légèrement des engagemens pénibles ; il faudroit les connoître pour être en droit de les former : vous ne savez pas avec quelle fureur les sens entraînent vos pareils dans le goufire des vices sous Tattrait du plaisir. Vous n'avez point une âme abjecte , je le sais bien ; vous ne violerez jamais votre foi , mais combien de fois peut-être vous vous repentirez de l'avoir donnée ! combien de fois vous maudirez celui qui vous aime , quand , pour vous dérober aux maux qui vous menacent , il se verra forcé de vous déchirer le cœur! Tel qu'Ulysse, ému du chant des Sirènes , crioit à ses conducteurs de le déchaîner , séduit par l'attrait des plaisirs , vous voudrez briser lés liens qui vous gênent ; vous m'importunerez de vos plaintes ; vous me reprocherez ma tyrannie quand je serai le plus tendrement occupé de vous ; en ne songeant qu'à vous rendre heureux, je m'attirerai votre haine. O mon Emile ! je ne supporterai jamais la douleur de t'être odieux; ton bonheur même est trop cher à ce prix. Bon jeune homme , ne voyez- vous pas qu'en vous obligeant à m'obéir vous m'obhgez à vous conduire , à m'oublier pour me dévouer à vous, à n'écouter ni vos plaintes, ni vos murmures , à combattre incessamment vos désirs et les miens? Vous m'imposez un joug plus dur que le