IX. II
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n'y eût pris ni ce ton ni ces maximes. Des premiers plaisirs des sens? Tout au contraire. Quand on commence à s'y livrer, on est craintif, inquiet, on fuit le grand jour et le bruit. Les premières voluptés sont toujours mystérieuses ; la pudeur les assaisonne et les cache ; la première maîtresse ne rend pas effronté , mais timide. Tout absorbé dans un état si nouveau pour lui , le jeune homme se recueille pour le goûter, et tremble toujours de le perdre. S'il est bruyant , il n'est ni voluptueux ni tendre ; tant qu'il se vante, il n'a pas joui.
D'autres manières de penser ont produit seules ces différences. Son cœur est encore le même , mais ses opinions ont changé. Ses sentimens , plus lents à s'altérer, s'altéreront enfin par elles; et c'est alors seulement qu'il sera véritablement corrompu. A peine est-il entré dans le monde qu'il y prend une seconde éducation tout opposée à la première , par laquelle il apprend à mépriser ce qu'il estimoit et à estimer ce qu'il méprisoit : on lui fait regarder les leçons de ses parens et de ses maîtres comme un jargon pédantesque , et les devoirs qu'ils lui ont prêches comme une morale puérile qu'on doit dédaigner étant grand. U se croit obligé par honneur à changer de conduite ; il devient entreprenant sans désirs et fat par mauvaise honte. U raille les bonnes mœurs avant d'avoir pris du goût pour les mauvaises, et se pique de débauche sans savoir être débauché. Je n'oublierai jamais l'aveu d'un jeune officier aux gardes -suisses,