‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 73 sur 233 · LIVRE IV. l6l · texte numérisé non relu

LIVRE IV. l6l

prennent les uns et les autres , les seules qui fructifient sont celles du vice ; et ce n'est pas la nature qui les corrompt, c'est l'exemple. Mais abandonnons les pensionnaires des collèges et des couvens à leurs mauvaises mœurs; elles seront toujours sans remède. Je ne parle que de Téducation domestique. Prenez un jeune homme élevé sagement dans la maison de son père en province, et l'examinez au moment qu'il arrive à Paris , ou qu'il entre dans le monde ; vous le trouverez pensant bien sur les choses honnêtes , et ayant la volonté même aussi saine que la raison ; vous lui trouverez du mépris pour le vice , et de l'horreur pour la débauche ; au nom seul d'une prostituée , vous verrez dans ses yeux le scandale de l'innocence. Je soutiens qu'il n'y en a pas un qui pût se résoudre à entrer seul dans les tristes demeures de ces malheureuses , quand même il en sauroit l'usage , et qu'il en sentiroit le besoin.

A six mois de là , considérez de nouveau le même jeune homme , vous ne le reconnoîtrez plus ; des propos Ubres, des maximes du haut ton, des airs dégagés , le feroient prendre pour un autre homme , si ses plaisanteries sur sa première simplicité , sa honte quand on la lui rappelle , ne montroient qu'il est le même et qu'il en rougit. O combien il s'est formé dans peu de temps ! D'où vient un changement si grand et si brusque? Du progrès du tempérament? Son tempérament n'eût-il pas fait le même progrès dans la maison paternelle ? et sûrement il

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