LA FEMME
Sophie doit être femme comme Emile est homme , c*est*à-dire avoir tout ce qui convient à là constitution de son espèce et de son sexe pour remplir sa place dans l'ordre physique et moral. Commençons donc par examiner les conformités et les différences de son sexe et du nôtre.
En tout ce qui ne tient pas au sexe, la femme est homme : elle a les mêmes organes , les mêmes besoins, les mêmes facultés; la machine est construite de la même manière , les pièces en sont les mêmes, le jeu de Tune est celui de l'autre, la figure est semblable; et, sous quelque rapport qu'on les considère, ils ne diffèrent entre eux que du plus au moins.
En tout ce qui tient au sexe , la femme et Thomme ont partout des rapports et partout des différences : la difficulté de tes comparer vient de celle de déterminer dans la constitution de l'un et de l'autre ce qui est du sexe et ce qui n'en est pas. Par l'anatomie comparée , et même à la seule inspection , l'on trouve
entre eux des différences générales qui paroissent ne point tenir au sexe ; elles y tiennent pourtant , mais par des liaisons que nous sommes hors d'état d'apercevoir : nous ne savons jusqu'où ces liaisons peuvent s'étendre ; la seule chose que nous savons avec certitude est que tout ce qu'ils ont de commun est de l'espèce, et que tout ce qu'ils ont de différent est du sexe. Sous ce double point de vue nous trouvons entre eux tant de rapports et tant d'oppositions , que c'est peut-être une des merveilles de la nature d'avoir pu faire deux êtres si semblables en les constituant si différemment.
Ces rapports et ces différences doivent influer sur le moral; cette conséquence est sensible , conforme à l'expérience , et montre la vanité des disputes sur la préférence ou l'égalité des sexes : comme si chacun des deux, allant aux fins de la nature selon sa destination particulière , n'étoit pas plus parfait en cela que s'il ressembloit davantage à l'autre ! En ce qu'ils ont de commun ils sont égaux ; en ce qu'ils ont de différent ils ne sont pas comparables. Une femme parfaite et un homme parfait ne doivent pas plus se ressembler d'esprit que de visage ; et la perfection n'est pas susceptible de plus et de moins.
Dans l'union des sexes chacun concourt également à l'objet commun , mais non pas de la même manière. De cette diversité naît la première différence assignable entre les rapports moraux de l'un et de l'autre. L'un doit être actif et fort , l'autre passif et