LIVRE V. âaî
fôible : il faut nécessairement que l'un veuille et puisse ^ il suffit que l'autre résiste peu.
Ce principe établi , il s'ensuit que la femme est faite spécialement pour plaire àThomme. Si l'homme doit lui plaire à son tour, c'est d'une nécessité moins directe : son mérite est dans sa puissance ; il plaît par cela seul qu'il est fort. Ce n'est pas ici la loi de l'amour , j'en conviens ; mais c'est celle de la nature , antérieure à l'amour même.
Si la femme est faite pour plaire et pour être subjuguée, elle doit se rendre agréable à l'homme au lieu de le provoquer : sa violence à elle est dans ses charmes ; c'est par eux qu'elle doit le contraindre à trouver sa force et à en user. L'art le plus sûr d'animer cette force est de la rendre nécessaire par la résistance. Alors l'amour - propre se joint au désir, et l'un triomphe de la victoire que l'autre lui fait remporter. De là naissent l'attaque et la défense, l'audace d'un sexe et la timidité de l'autre, enfin la modestie et la honte dont la nature arma le foible pour asservir le fort.
Qui est-ce qui peut penser qu'elle ait prescrit in* différemment les mêmes avances aux uns et aux autres , et que le premier à former des désirs doive être aussi le premier à les témoigner? Quelle étrange dépravation de jugement ! L'entreprise ayant des conséquences si différentes pour les deux sexes , estil naturel qu'ils aient la même audace à s'y livrer? Comment ne voit-on pas qu'avec une si grande iné-
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fàMté dans la mise commune, si la réserve n'iropo* soit à l'un la modération que la nature impose à l'autre , il en résulteroit bientôt la ruine de tous deux , et que le genre humain périroit par les moyens établis pour le conserver ? Avec la facilité qu'ont les femmes d'émouvoir les sens des hommes , et d'aller réveiller au fond de leurs cœurs les restes d'un tempérament presque éteint, s'il étoit quelque malbeu* reux climat sur la terre où la philosophie eût introduit cet usage , surtout dans les pays chauds, où il naît plus de femmes que d'hommes, tyrannisés par elles, ils seroient enfin leurs victimes , et se verroient tous traîner à la mort sans qu'ils pussent jamais s'en défendre.
Si les femelles des animaux n'ont pas la même honte, que s'ensuit-il ? Ont-elles, comme les femmes , les désirs illimités auxquels cette honte sert de frein? Le désir ne vient pour elles qu'avec le besoin ; le besoin satis&it , le désir cesse ; elles ne repoussent plus le mâle par feinte (i) , mais tout de bon : elles font tout le contraire de ce que faisoit la fille d'Auguste, elles ne reçoivent plus de passagers quand le navire a sa cargaison. Même quand elles sont libres, leurs temps de bonne volonté sont courts et bientôt passés; l'instinct les pousse et l'instinct les arrête. Où
(i) JTai déjà remarqué que les refus de simagrée et d*agacerio sont communs à presque toutes les femelles , même parmi les animaux, et même quand elles sont le plus disposées à se rendre; il faut n'avoir jamais observé leur manège pour disconvenir de cela.
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sera le supplément de cet instinct négatif dans les femmes , quand vous leur aurez ôté la pudeur ? Attendre qu'elles ne se soucient plus des hommes , c'est attendre qu'ils ne soient plus bons à rien.
I/Être suprême a voulu faire en tout honneur à l'espèce humaine : en donnant à l'homme des penchans sans mesure , il lui donne en même temps la loi qui les règle , afin qu'il soit libre et se commande à lui-même : en le livrant à des passions immodérées , il joint à ces passions la raison pour les gouverner : en livrant la femme à des désirs illimités , il joint à ces désirs la pudeur pour les contenir. Pour surcroît, il ajoute encore une récompense actuelle au bon usage de ses facultés, savoir le goût qu'on prend aux choses honnêtes lorsqu'on en fait la règle de ses actions. Tout cela vaut bien ^ ce me semble , Tinstinct des bêtes.
Soit donc que la femelle de l'homme partage ou non ses désirs et veuille ou non les satisfaire , elle le repousse et se défend toujours , mais non pas toujours avec la même force , ni par conséquent avec le même succès. Pour que l'attaquant soit victorieux , il faut que l'attaqué le permette ou l'ordonne : car que de moyens adroits n'a-t-il pas pour forcer l'agresseur d'user de force! Le plus Ubre et le plus doux de tous les actes n'admet point de violence réelle , la nature et la raison s'y opposent : la nature , en ce qu'elle a pourvu le plus foible d'autant de force qu'il en faut pour résister quand il lui plaît; la rai-
son, en ce qu'une violence réelle est non-seulenient le plus brutal de tous les actes, mais le plus contraire à sa fin , soit parce que l'homme déclare ainsi la guerre à sa compagne , et l'autorise à défendre sa personne et sa liberté aux dépens même de la vie de l'agresseur, soit parce que la femme seule est juge de l'état où elle se trouve, et qu'un enfant n'auroit point de père si tout homme en pouvoit usurper les droits.
Voici donc une troisième conséquence de la constitution des sexes , c'est que le plus fort soit le maître en apparence , et dépende en effet du plus foible ; et cela, non par un frivole usage de galanterie , ni par une orgueilleuse générosité de protecteur, mais par une invariable loi de la nature, qui, donnant à la femme plus de facilité d'exciter les désirs qu'à l'homme de les satisfaire, fait dépendre celui-ci , malgré qu'il en ait , du bon plaisir de l'autre, et le contraint de chercher à son tour à lui plaire pour obtenir qu'elle consente à le laisser être le plus fort. Alors ce qu'il y a de plus doux pour l'homme dans sa victoire est de douter si c'est la foiblesse qui cède à la force , ou si c'est la volonté qui se rend ; et la ruse ordinaire de la femme est de laisser toujours ce doute entre elle et lui. L'esprit des femmes répond en ceci parfaitement à , leur constitution : loin de rougir de leur foiblesse elles en font gloire ; leurs tendres muscles sont sans résistance; elles affectent de ne pouvoir soulever les plus légers far-