‹ Œuvres de J. RacineChapitre 1 sur 390 · ET SUR · texte numérisé non relu

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Les traductions que nous avons données à la fin du tome précédent ne sont pas tout ce qui nous reste des studieux exercices qui ont été pour Racine l'apprentissage de son art, et la préparation des œuvres de son génie. On trouve aussi parmi ses manuscrits, à la Bibliothèque impériale, des cahiers qui renferment ses Remarques sur les Olympiques et sur l'Odyssée et des extraits qu'il avait faits de plusieurs auteurs anciens, ou sacrés, ou profanes. En outre, l’on a conservé un assez grand nombre des annotations dont il avait coutume de couvrir les marges de ses livres, soit au temps de sa jeunesse, soit plus tard. Nous parlerons d’abord de ses Remarques sur

Pindare et sur Homère, qui sont, avec les traductions, les seules par-

ties de ces études qu’il convienne de reproduire sans en rien retrancher. Quant aux Eztraits et aux Livres annotés, que, dans quelques parties, il suffira de faire connaître un peu plus sommairement, nous réservons pour une autre notice ce que nous avons à en dire.

Les Remarques sur les Olympiques se trouvent écrites de la main de Racine dans un cahier‘ de format in-8°, dont le cartonnage vert paraît ancien, et où elles ont cinquante-sept pages. Elles y sant précédées de cinquante pages d’Extraits de Virgile, d'Horace, de Pline l’ancien, et de Cicéron, qui ont une pagination à part.

Le manuscrit des Remarques sur les dix premiers livres de l'Odyssée est également un cahier in-8°, avec un cartonnage semblable. Ce cahier? ne contient pas autre chose; il a cent vingt-six pages.

L'écriture grecque de ces deux cahiers est aussi nette, aussi jolie, on peut le dire, que la francaise. On y remarque quelques simples et faciles ligatures ou abréviations. L’accentuation est généralement très-correcte,

M. Aimé-Martin a, dans son édition de 1825, publié le premier ces deux études, Sans en vouloir exagérer la valeur, nous pensons

E: Bibliothèque impériale, Fonds français, n° 12800. 2. Ibidem, n° 12801.

ñ REMARQUES SUR PINDARE, ETC.

comme lui qu’elles méritaient de ne pas être condamnées à l'oubli : on lui a certainement su gré de les avoir recueillies; mais il est regrettable qu’il ait laissé, dans sa transcription, se glisser un certain nombre d'erreurs qu’une lecture plus attentive des manuscrits lui aurait fait éviter.

Racine a lui-même daté ses Remarques sur les Olympiques et ses Remarques sur l'Odyssée, les secondes du mois et de l’année! (avril 1662), les premières du jour et du mois seulement (rer mars); mais il est difficile de mettre en doute que celles-ci soient pareïllement de 1662. Les deux cahiers se ressemblent beaucoup; tous deux, nous l'avons dit, sont de format in-8°, et reliés dans un cartonnage vert. On trouve, il est vrai, quelques différences dans les marques du papier ; mais l'écriture est bien du même temps, et le travail est du même genre. On peut remarquer aussi que Racine compare quelques traits de la description des Champs Élysées dans Homère et dans Pindare; et ce rapprochement, il le fait deux fois, en commentant le quatrième livre de l'Odyssée, comme en commentant la seconde Olympique : cela ne peut-il au moins confirmer l'opinion qu’il étudiait les deux poëtes dans le même temps?

Ce temps était celui où il se trouvait à Uzès, et où il ne laissait guère entrevoir dans ses lettres à ses jeunes amis qu'il fit de ses loisirs un emploi si studieux. Mais nous avons déjà, nous appuyant tout au moins sur de grandes vraisemblancés, rencontré d’autres traces des travaux sérieux qui Poccupaient à cette époque?. Que la jeunesse de Racine ait été nourrie des plus fortes études, n'est-ce pas depuis longtemps commé un lieu commun? Ce qu’on répète à ce sujet demeure toutefois un peu vague, quand on ne l’appuie pas sur des preuves. Nous en avons de très-certaines ici, comme dans quelques-uns des livres annotés, dont la date connue est plus ancienne encore; elles sont telles que, de nos jours, les jeunes gens du même âge les plus chargés de couronnes scolaires pourraient bien se croire ignorants, s’ils venaient à se comparer à cet élève de Port-Royal. À ce point de vue, et comme témoignages de la connaissance étendue, et voisine de l'érudition, que Racine eut de bonne heure de l'antiquité, ces notes de jeunesse sont assez dignes d'attention pour qu’on n’accuse pas d’un soin trop minutieux les éditeurs qui les ont recueillies. Nous allons avoir à dire jusqu’à quel Point on peut leur reconnaître un autre prix; et nous verrons sil n’y a pas là une distinction à faire entre les deux études que nous croyons l’une comme l’autre du temps d’Uzès.

1. Pour les Remarques sur le livre V, ila même marqué le jour (19 avril). 2, Voyez notre tome à P+ 444.

Admettant qu’elles sont en effet de la même année, nous avons dü placer celle qui est du mois de mars avant celle qui est du mois d'avril, et par conséquent commencer par les Remarques sur les Olympiques. :

Racine a été poëte lyrique dès qu’il a tenté de l'être; et il ne lui a manqué, ce semble, que de le tenter plus tôt et plus souvent pour mériter la même gloire dans l’ode que dans la tragédie. Ces seuls mots : « Racine commentant Pindare, » donnent donc tout d’abord une grande idée, que ne remplit assurément pas la lecture de ses Remarques. Reconnaissons qu’en général, et sans faire d’exception pour aucun des autres travaux analogues de notre poëte, sous quelque forme qu’ils nous aient été conservés, il s’est contenté, dans ses études sur les auteurs qu'il commentait, d’attention, d’exactitude et de bon sens, et n’a point eu de hautes visées. Les habitudes de critique modeste dans lesquelles il s’est toujours renfermé ont, chez un si grand esprit, quelque chose qui ne déplait pas. Nous ne dirons pas cependant qu’il n’y ait là rien à regretter, et nous ne voudrions pas nier le désappointement où l’on tombe, lorsqu’au lieu d’un vif sentiment des beautés poétiques de Pindare, on ne trouve sous une telle plume que des explications littérales, et des traductions des vieux commentaires. Est-ce donc que ces odes admirables n’auraient pas dit à Racine autre chose que ce qu’elles disaient à de froids scoliastes? Heureusement une explication moins invraisemblable s'offre sans peine. Lorsque Racine a annoté les auteurs anciens, il n’a écrit que ce qui lui était utile à lui-même, soit pour se rendre maitre de leur texte, soit pour graver dans sa mémoire les principaux traits ou le dessein général de leurs ouvrages; mais comment se pourrait-il que sous ce commentaire si prosaïquement consciencieux, son génie de poëte n’en eût pas en même temps et tacitement fait un autre qui sans doute le transportait d'enthousiasme, et éveillait en lui toutes les puissances de la Muse? Ce commentaire-là, il ne nous l’a donné que dans ses poésies, toutes nourries du miel qu’il avait dérobé à l'antiquité. Là se retrouvera plus tard cet éclat, qu’on cherche en vain dans ses Remarques : après la fumée viendra la flamme. Car nous pouvons appliquer à Racine les vers d'Horace qu'il cite lui-même à la première page de ses Remarques sur l'Odyssée :

.…. Ex fumo dare lucem Cogitat, ut speciosa dehine miracula promat\.

Voilà le lecteur assez averti de ce que sont les Remarques sur Pin-

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