REMARQUES SUR PINDARE, ETC
dare : uniquement une preuve de solide instruction chez un jeune homme destiné à devenir un grand poëte. C’est dans ce sens qu’il faut tâcher de se rendre compte de son travail.
Racine a commenté les quatorze Olympiques. Cette étude atteste beaucoup de connaissance de la langue grecque. Il ne serait sans doute pas difficile, aujourd’hui que bien des obscurités de Pindare ont été éclaircies, de relever chez son jeune commentateur des explications erronées de plus d’un passage. Cependant son intelligence d’un texte si difficile est remarquable, surtout quand on tient compte du peu de secours qu’il avait à sa disposition. Si celui d’une traduction latine a pu quelquefois ne lui être pas inutile, il est aisé de voir que le plus souvent il savait s’en passer. Il a plutôt consulté les scolies, qu’évidemment il lisait avec facilité, et dont à chaque page de ses Remarques il expose les différentes interprétations. Allons audevant d’un doute qu’on pourrait élever. Il s’est conservé un exemplaire de l'édition de Pindare publiée à Saumur, en 1620, par Benoît (x volume in-4°), qui porte la signature de Racine, et dont les marges sont chargées de notes de sa main, se rapportant non-seulement aux Olympiques, mais aussi à plusieurs autres odes du lyrique grec; nous donnerons ci-après les notes de ce volume. L'édition de Benoît, outre sa paraphrase latine, a un commentaire dans la même langue. Racine se serait-il aidé de ce commentaire, dans ses Remarques, au lieu de s'adresser directement aux scoliastes ? On se tromperait en le supposant. Benoît à fait quelques emprunts aux vieilles scolies; mais Racine en a fait de bien plus nombreux, que par conséquent il n’a point puisés là. Au surplus, après quelque examen, il nous a paru certain que Racine, lorsqu'il écrivait les Remarques sur les Olympiques, ne connaissait pas encore l'édition de 1620, qui lui eût permis de rectifier plus d’une erreur ; nous allons dire celle qu’il avait alors sous les yeux.
Parmi les éditions qui donnent les scolies, on en compte plusieurs antérieures à 1662; il semble donc qu’on pourrait hésiter entre elles. Mais le texte des vers transcrits par Racine dans son cahier est décisif. Nous avons comparé ce texte avec ceux qu'ont publiés Calliergi à Rome en 1515, et Brubach à Francfort en 1542, tous deux contenant les scolies. Sans entrer dans des détails qu’on jugerait ici hors de leur place, nous dirons qu’en plusieurs passages ces textes diffèrent assez de celui qu’a suivi Racine, pour qu’on n’attribue pas seulement ces différences à quelques erreurs de transcription. Il n’en est pas de même du texte publié en un volume in-4° par Paul Estienne ; nous ne parlons pas de celui de 1612, mais de celui de 1599. Jusque dans ses particularités les plus notables, il est d’accord avec le texte du manuscrit de Racine : d’où l’on peut con-
clure avec certitude qu’il est celui dont notre auteur s’est servi pour son travail. L'édition dont nous parlons a pour titre : [inaapor Oavwnra, Ilrera, NEMEA, Isemia, petk Enyhoewxe naatäe révo GpeAluou, x oyoXlwy émolwv.... Adjuncta est interpretatio latina ad verbum. Anno M.D.XCIX. Nous avertissons ceux qui voudraient faire comme nous la comparaison des deux textes, que pour celui du manuscrit de Racine, il faut se servir de notre édition, qui y est conforme, et non de celle de M. Aimé-Martin, qui a trouvé bon, comme nous nous en sommes assuré, de suivre l'édition de Schmid (in-4°, Wittenberg, 1616), ou quelque réimpression de cette même édition.
Les Remarques sur -les dix premiers livres de l'Odyssée ont plus d’étendue que les Remarques sur les Olympiques. Le commentaire y est surtout moins sèchement explicatif, et répond davantage à ce qu’on doit attendre de Racine, qui y a trouvé plus d'occasions de montrer son goût déjà très-sûr, la délicatesse et la finesse de son esprit : soit qu'un texte plus facile le laissât plus libre d'apprécier les beautés du poëte, au lieu de se renfermer dans l'explication du sens, soit qu’il eût une prédilection particulière pour cet antique récit, abondante et profonde source du roman et du poëme dramatique, et où tout lui paraissait, comme il le dit, « admirable et divertissant. » L’auteur des Remarques sur l'Odyssée ne fût-il pas connu, on lirait encore avec plaisir cette fidèle et vive analyse, tant d’excellentes observations littéraires, tant de saines réflexions morales, dont la naïveté d’expression a ici un charme particulier, parce qu’elle met le commentateur tout à fait en harmonie avec son poëte. C’est dans un tel esprit qu'il faudrait toujours pouvoir traduire l'Odyssée ou en parler. Ces Remarques sont aussi fort curieuses par les nombreux rapprochements que Racine y a faits de vers d'Homère avec des passages d’auteurs très-divers : ils attestent combien sa mémoire était facile, son instruction déjà étendue, ses lectures et ses études variées. En tête de la première page du manuscrit, on lit cette note de Louis Racine : « On voit que mon père, dans sa jeunesse, étoit tout plein d’Héliodore, qu'il cite souvent. » Plusieurs passages d’Homère, en effet, le lui rappellent si à propos qu’on en croit plus volontiers la tradition, qui veut qu’il l'ait su par cœur. Il paraît encore qu’il avait beaucoup lu l'Argenis de Barclay. C’étaient là ses amusements; mais ses Remarques le montrent en même temps très-versé dans les grands auteurs de l'antiquité, et Louis Racine aurait pu constater aussi ses nombreuses citations de Virgile, d'Horace, de Pline, de Cicéron. Un peu plus bas, dans la même page, il ajoute : « Quand mon père a écrit ces Remarques, en 1669, il avoit vingt-deux ans; il étoit à Uzez, — Comme le nom de Télémaque n’étoit pas alors si connu qu'aujourd'hui, il écrit tou-