‹ Œuvres de J. RacineChapitre 222 sur 390 · DE RACINE A MARIE RACINE · texte numérisé non relu

DE RACINE A MARIE RACINE

A Paris, ce 4. mars [1660].

MA TRÈS-CHÈRE SOEUR

Je m'attends bien que dans la colère où vous êtes contre moi, vous déchirerez cette lettre sans la lire.

4. Il sera souvent parlé de Mlle Lucrèce dans les lettres suivantes. Elle paraît avoir logé dans la même maison que le Vasseur. Peutêtre était-elle une parente de Mlle de la Croix, chez qui le jeune abbé demeurait.

Lerrre 3 (revue sur l’autographe, conservé à la Ferté-Milon). — 1. La sœur de notre poëte, Marie Racine, à qui cette lettre est adressée, était née le 24 janvier 1641. Elle épousa, le 30 juin 1676, Antoine Rivière, contrôleur du grenier à sel et médecin à la Ferté- Milon ; elle mourut le 17 mai 1734.

LETTRES, jé

C'est pourquoi je ne m'excuse point d'avoir été deux mois sans vous écrire; car aussi bien vous ne verrez pas mes excuses; et quand vous les verriez, vous êtes assez entière pour ne les pas croire. Je ne vous dis donc point que j'ai été à la campagne et que j'ai été accablé d'affaires à Paris; car vous prendrez tout cela pour des contes. D'ailleurs vous ne devez pas, ce me semble, vous plaindre beaucoup : quand je vous aurois écrit, vous n’auriez pas eu le temps de lire mes lettres. Vous étiez aux noces, c'est assez. Je crois que vous vous serez bien divertie. Je suis ravi que ma cousine soit mariée”; je voudrois que vous fussiez à la peine de ‘être, mais cela viendra s'il plaît à Dieu. Ma tante Vitart* m'a dit qu’elle vous avoit écrit pour votre manchon. Mon cousin Vitart* a été cause que je n’en ai pas pris : il me fit revenir comme j'étois déjà dans la rue, en me disant que je ne m'y connoissois pas, et que je vous envoyerois quelque mauvaise marchandise, si bien qu'il dit qu'il falloit que ma tante l'achetät. Mais elle, voyant l'hiver fort avancé, crut qu'il valoit mieux vous demander si vous ne voudriez point quelque autre chose pour l'été. Mandez-lui donc ce que vous voulez

2. Cette cousine est probablement Jeanne du Chesne, fille d’Antoine du Chesne et d'Anne Sconin, sœur de la mère de Racine. Le mariage de Jeanne du Chesne avec Louis Parmentier, greffier à Chauny, paraît avoir été de ce temps-là; mais une lacune (de 1656 à 1668) dans les actes de mariage des registres de la Ferté-Milon ne nous a pas permis d'en constater exactement la date.

3. Claude des Moulins, femme de Nicolas Vitart, greffier et contrôleur de la gabelle à la Ferté-Milon, morte le 11 mars 1668. Elle était grand’tante de Racine. Voyez la Notice biographique, p. 2.

4. Antoine Vitart, fils de Nicolas Vitart et de Claude des Moulins. Toutes les fois que Racine dit : « mon cousin Vitart, » nous pensons qu’il s’agit d'Antoine, plutôt que de son frère ainé Nicolas Vitart, intendant du duc de Luynes, Il nommait d’ordinaire l'aîné: Monsieur Vitart,

qu'elle vous achète pour deux écus d’or, et vous l'aurez à l'heure même. Je vous écrirai après demaim, et je mettrai la lettre dans celle de mon oncle Sconin *. Diteslui, je vous prie, que j'ai été cinq ou six jours hors de Paris, et que je lui écrirai sans faute après demain. Adieu : je suis à vous de tout mon cœur. Ma mère° se recommande à vous, et ma tante” aussi.

Je vous écrirai sans manquer.

Suscription : À Madame Madame Marie Racine, chez M. le Commissaire.

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