‹ Œuvres de J. RacineChapitre 221 sur 390 · LETTRES. 373 2. — DE RACINE A L'ABBÉ LE VASSEUR · texte numérisé non relu

LETTRES. 373 2. — DE RACINE A L'ABBÉ LE VASSEUR

Ce jeudi au matin [1659 ou 1660?].

Je vous envoie mon sonnet. C’est à dire un nouveau sonnet; car je l'ai tellement changé hier au soir, que vous le méconnoîtrez. Mais je crois que vous ne l’en approuverez pas moins. En effet, ce qui le rend méconnoïssable est ce qui vous le doit rendre plus agréable, puisque je ne l'ai si défiguré que pour le rendre plus beau et plus conforme aux règles que vous lui° prescrivîtes hier, qui sont les règles mêmes du sonnet. Vous trouviez étrange que la fin füt une suite si différente du commencement. Cela me choquoit de même que vous. Car les poëtes ont cela des hypocrites, qu'ils défendent toujours ce qu’ils font, mais que leur conscience ne les laisse jamais en repos. J'en étois de même. J'avois fort bien reconnu ce défaut, quoique je fisse tout mon pos-

Lerrre 2 (revue sur l’autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — 1. Sur l’abbé le Vasseur, voyez la Notice biographique, p. 28-32.

2. Cette lettre, dans le recueil de Louis Racine, est ainsi datée : A Paris, le 8. septembre 1660; mais seulement : Ce jeudi au matin, dans l’autographe. Le 8 septembre en 1660 était un mercredi, et non un jeudi; la date donnée par Louis Racine n’est donc pas exacte, et semble avoir été choisie au hasard. Si le sonnet adressé au cardinal Mazarin célébrait, comme on l’a conjecturé, la paix des Pyrénées, conclue au mois de novembre 1659, la lettre est probablement dé la fin de cette même année ou plutôt du commencement de l’année 1660, ce qui y est dit du retour de le Vasseur aux champs permettant difficilement de songer aux premiers mois de l'hiver. A cette lettre Louis Racine en a mêlé une autre (c’est la lettre 7) qu’on trouvera plus loin (p. 387-390), et qui ne peut pas être non plus du 8 septembre, ayant été écrite en carême.

3. Les précédents éditeurs ont substitué me à lui. — Nous ne relèverons les fausses lecons que lorsque l’altération nous paraîtra, pour une raison ou pour une autre, curieuse à noter, ou lorsque la vraie lecon pourra, comme ici, étonner, ;

sible pour montrer que ce n’en étoit pas un; mais la force de vos raisons étant ajoutée à celle de ma conscience a achevé de me convaincre. Je me suis rangé à la raison, et y ai aussi rangé mon sonnet,. J'en ai changé la pointe, ce qui est de plus considérable dans ces ouvrages. J'ai fait comme un nouveau sonnet. Et quoique si dissemblable à mon premier, j’aurois pourtant de la peine à le désavouer. Ma conscience ne me reproche plus rien, et j'en prends un assez bon augure. Je souhaite qu'il vous satisfasse de même : je vous l'envoie dans cette espérance. Si vous le jugez digne de la vue de Mlle Lucrèce *, je serai heureux, et je ne le croirai plus indigne de celle de S. É. Retournez aux champs le plus tard que vous pourrez. Vous voyez le bien que cause votre présence.

Suscription : Pour M. l'Abbé.

Page 1