‹ Œuvres de J. RacineChapitre 231 sur 390 · Dans l’original : eue · texte numérisé non relu

Dans l’original : eue

4. « Mais j'ai des » est écrit au-dessus des mots suivants effacés : .« Si vous voulez savoir mes... »

J, Racine, vi 25

66, divertissements plus solides, quoiqu'ils paroissent moins. Je goûte tous les plaisirs de la vie solitaire. Excepté cinq ou six heures du jour, je suis tout seul, et je n’entends pas le moindre bruit. Il est vrai que le vent en fait beaucoup, et même jusqu'à faire trembler la maison. Mais il y a un poëte qui dit:

O quam jucundum est recubantem audire susurros Ventorum, et somnos, imbre juvante, sequi !

Ainsi, si je voulois, je tirerois ce vent à mon avantage ; mais Je vous assure que je ne m'y accoutume pas, et que ce vent-là m’empèche de dormir toute la nuit, tant il est horrible. Je crois que le poëte vouloit parler de ces

Zéphirs flatteurs, Che dibattendo L'ali Lusingano il sonno de’ mortali$.

Je lis des vers, je tâche d’en faire. Je lis les aventures d’Arioste, et je ne suis pas moi-même sans aventure. Une dame me prit hier pour un sergent. Je voudrois qu'elle fût aussi belle que Doralice ; je lui aurois fait les offres que Mandricard fit à cette belle quand il congédia toute sa suite pour l'emmener :

To mastro, io balia, io le sard sergente In tutti à bisogni suoiT,

5. « Oh! qu'il est agréable d’entendre, couché, le murmure du vent, et de chercher le sommeil au bruit de la pluie qui le favorise! » On reconnait facilement dans cette citation un passage de Tibulle (livre I, élégie 1, vers 45-48), que Racine a fort altéré, soit qu'il n’en eût qu’une mémoire imparfaite, soit peut-être qu’il l’eût ainsi appris à Port-Royal dans quelque livre expurgé.

6. « Qui en agitant les ailes caressent le sommeil des mortels. » (La Jérusalem délivrée, chant XIV, stance 1.) Racine a cette fois encore un peu modifié la citation :

E à venticelli dibattendo l'ali Lusingavano il sonno de’ mortali.

7. « Je serai son maître, sa nourrice, son sergent et serviteui dans tous ses besoins, » ( Arioste, Orlando furioso, chant XIV,

Mais je ne me suis pas trouvé assez échauffé pour lui faire cette proposition. Voilà comme je passe mon temps à Babylone. Je ne vous prie plus d'y venir après cela. Il me semble que vous devez assez vous hâter pour prendre des divertissements de cette nature. Nous irons au cabaret ensemble. On vous prendra pour un commissaire, comme on me prend pour un sergent, et nous ferons trembler tout le quartier. Faites donc ce que vous voudrez; au moins ne faites rien par pitié, car je ne vous en demande pas le moins du monde. Pour M. l’Avocat, c'est une autre affaire : Je lui écrirai par le premier messager; car voilà les macons qui arrivent, et je suis obligé d'aller voir à ce qu’ils doivent faire. Je vous prie cependant de remercier M. l’Avocat, et de faire votre profit des reproches que je vous fais. S'il étoit de bonne grâce à un prisonnier de faire le galant, je vous supplierois de présenter à Mile Lucrèce mes respects, et de lui témoigner que je suis son très-humble sergentet prisonmer. Elle le prendra en quel sens il lui plaira.

Suscription : À Monsieur Monsieur l'abbé le Vasseur, à Paris. (Deux cachets bruns, portant : J. RAC. (Jean Racine), avec une soie verte.)

7: — DE RACINE A L’ABBÉ LE VASSEUR, Ce jeudi [février ou mars 1661 1].

Je n'ai pu passer tantôt chez vous, comme je vous avois

stance Liv.) Le texte original est, au second vers : Zn tutti i suoi bisogni. — Mandricard, fils d’Agrican, roi de Tartarie, dit ces paroles, après avoir enlevé Doralice, fille du roi de Grenade. | ‘ Lettre 7 (revue sur l’autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — 1. Les derniers mots de cette lettre prouvent qu’elle a été écrite pendant le carême. On l'avait jusqu'ici datée de l’année

nn,

Gex promis, à cause du mauvais temps. Ainsi je vous écris ce billet, afin de vous faire souvenir de la proposition que M. l'Avocat vous fit hier d'aller aux machines *. Je vous prie de me mander le jour que vous irez. M. Vitart se laissera peut-être débaucher pour y aller avec nous. Ainsi, si ma compagnie vous est indifférente, la sienne ne vous le sera pas peut-être. J'ai reçu aujourd'hui réponse de Daphnis *, qui me fait de grands reproches à cause de son épitaphe, et qui me menace de me faire bientôt rétracter, et de me montrer que la croix ne fut jamais un partage qu'il voulût embrasser tout seul“.

1660; mais Racine y parlant d’aller aux machines (voyez la note suivante), nous croyons qu’elle est de 1661.

2. « L'année 1661, dit de Léris (dans son Dictionnaire portatif, historique et littéraire des Théâtres, p. xvi), fut l’époque de la construction du grand théâtre des machines des Thuilleries, qui fut élevé sous la conduite et sur les dessins de Vigarani, Italien, pour servir à la représentation des ballets et des comédies que Louis XIV vouloit faire exécuter. » Voyez aussi le Parallèle des principaux théätres modernes, par Joseph de Philippi (2 volumes in-folio), tome I, p. get 10. C’est, nous le croyons, cette salle des machines des Tuileries que Racine se proposait de visiter. Blondel l'a décrite aux pages 89 et 90 du tome IV de son Architecture françoise (1756). Construite pour remplacer la salle du Petit-Bourbon, qui avait servi aux ballets et aux fêtes de la cour, et qu’on avait démolie en 1660, elle offrait, suivant Philippi, « la plus vaste scène qu’on eût encore vue de ce côté des Alpes. » Quelques personnes ont pensé, avec peu de vraisemblance, selon nous, que les machines dont parle Racine étaient celles de La Toison d’or de Corneille sur le théâtre du Marais. Les premières représentations à Paris de cette pièce à grandes machines sont aussi du commencement de 1661.

3. Ainsi que nous l’avons dit dans une note sur le Sonnet pour célébrer la naissance d’un enfant de Nicolas Vitart (tome IV, p. 204), Daphnis paraît être le surnom que Racine donnait à Nicolas Vitart dans ses badinages poétiques. Il est vrai que deux lignes plus haut il le désigne sous son vrai nom; mais ici il s’agit sans doute de quelque réponse en vers faite par Vitart, sous le nom de Daphnis, à une épitaphe satirique.

Page 1