Voyez ci-dessus, p
19. Racine a ainsi écrit, suivant l'orthographe française du mot
gaillard, au lieu de gagliardo (vaillant).
20. E Doralice ringrazio il pastore Che nel suo albergo le avéa fatto onore.
« Et Doralice remercia le berger qui dans son logis lui avait fait honneur. » (Orlando furioso, chant XIV, stance xn1.)
l'heure me presse, et je dois songer que ma lettre est peut-être la 15 ou 16° de celles que vous en recevrez avec elle. Je suppose que vous aurez réponse de tous ceux à qui vous avez écrit. Je ne quittai hier au soir Mlle Lucrèce qu'après qu’elle se fut engagée de parole à le faire, et je lui exposai la commission que vous m'’avez donnée d'y tenir la main. Elle voulut me gaigner afin que je ne lui fusse pas si sévère; mais je lui ai dit que j'étois trop ennemi des traîtres pour en devenir un, et qu'il falloit qu’elle vous écrivit ou qu’elle me vit toujours à ses talons pour la presser inexorablement de s'acquitter envers vous. Je me suis acquitté de même des autres commissions. M. du Chesne?‘ est votre serviteur, et M. d'Houÿ est ivre *?, tant je lui ai fait boire de santés, et moi Je suis tout à vous.
Suscription : À Monsieur Monsieur l'abbé le Vasseur, à Bourbon **. (Deux cachets bruns : J. RAC., avec une soie amarante.) |
21. C'était un cousin germain de Racine, fils d'Antoine du Chesne, que nous trouvons, dans un acte, qualifié « bourgeois de Soissons », et d'Anne Sconin. Voyez ci-dessus, p.375, la note 2 de la lettre 3. Nous pensons qu’il s’agit ici, non de l’oncle de Racine, mais de son cousin, parce que nous verrons dans la lettre 12, p- 409, que celui-ci quittait Paris pour retourner à la Ferté-Milon, trois mois environ
plus tard.
22. Racine avait commencé par écrire : « est ivre des santés que je...; » puis il a effacé ces quatre derniers mots,
23. Le Vasseur était alors aux eaux de Bourbon, près de Moulins.
LETTRES. 397 GE Er DE RACINE A L'ABBÉ LE VASSEUR.
[A Paris, ce 2 ou 3°" juin 1661°.]
M. l'Avocat me vient d'apporter une de vos lettres, et il a bien voulu prendre cette peine; car 1l veut absolument que nous soyons réconciliés ensemble. Je gaigne trop à cette réunion pour m y opposer. Aussi bien, comme les choses imparfaites recherchent naturellement de se joindre avec les plus parfaites, je ferois un monstre dans la nature si, étant creux comme je suis, Je refusois de me joindre et de m'attacher au solide, tandis que ce même solide tâche d'attirer à lui? ce même creux,
Quod quoniam per se nequeat constare, necesse est Haærere.
C'est de Lucrèce qu'est cette maxime, et c’est de lui que j'ai appris qu'il falloit me réunir avec M. l’Avocat; et il faut bien que vous l’ayez lu aussi, car il me semble que la lettre que vous avez écrite à ce grand partisan du solide, est toute pleine des maximes de mon auteur. Il dit, comme vous, qu’il ne faut pas que tout soit tellement solide qu'il n'y ait un peu de creux parmi :
Nec tamen undique corporea stipata tenentur Omnia natura; namque est in rebus inane*.
Lerrre 9 (revue sur l’autographe, conservé à la bibliothèque du Louvre). — 1. Cette date, d’une encre plus noire, semble avoir été ajoutée après coup, et n’être pas de la main de Racine.
>. Racine a substitué lui à soi (soy), effacé.
3. « Qui n’ayant point par lui-même de consistance, doit nécessairement chercher où s’accrocher. » C’est une citation, légèrement altérée, de Lucrèce (livre I, vers 608 et 609):
Quæ quoniam per se nequeunt conslare, necesse est Haærere..….
4. « Et cependant tout n’est pas condensé en une masse COrporelle sans interstice; car il y a du vide dans la nature. » (Lucrèce, livre I, vers 330 et 331.)
Mais sortons de cette matière, qui elle-même est trop solide, et mêlons-y un peu de notre creux.
Au moins Ÿ vous reconnoîtrez bien de là que j'ai lu la lettre de M. l'Avocat et qu'il ne l’a pas déchirée, comme vous témoignez l’appréhender.
Au reste ne vous allez pas imaginer que je ne vous aurois pas écrit si je n’eusse reçu une lettre de vous, à cause que j'ai passé mardi sans le faire. Ce n’étoit point là du tout mon dessein. Je vous aurois écrit infailliblement aujourd'hui et je l’aurois fait mardi, n’eût été qu'il me fallut passer toute l'après-dînée à l'hôtel de Babylone. Je crois néanmoins que depuis votre lettre écrite vous en aurez déjà reçu une autre de moi. Vous ne devez donc pas vous en plaindre; mais encore bien moins de Mlle Lucrèce. Elle a fait pour vous tout ce qu'elle devoit en bonne justice. Car il ne faut point vous flatter; et je ne suis point traître, comme vous savez. Elle vous a écrit la semaine passée, comme vous lui aviez écrit, une lettre pour une lettre. Elle ne vous en doit point davantage, tant que vous en demeurerez là. Mais il semble que vous vous soyez oublié, et au lieu de lui écrire à elle, et de laisser là tous les autres, vous Yous amusez à vous plaindre d’elle dans toutes les lettres que vous écrivez aux autres, et [à”] presser tout le monde, afin qu’on lui mette de force le papier à la main et qu'on l'oblige de vous écrire. Je m'attendois bien d'aller ce soir chez elle pour la conjurer de me donner une lettre Pour vous; car je supposois que vous lui auriez écrit, Cependant vous n’en avez rien fait; car
5. Tout ce passage, depuis : « Au moins vous reconnoitrez, » jusqu’à : « Avouez , Monsieur, que vous êtes pris (p.400), » a été omis par Louis Racine et par tous les éditeurs qui sont venus après lui,