DE RACINE A MARIE RACINE
[1661 1.1 MA TRÈS-CHÈRE SOEUR
J'ai manqué jusques ici d'occasion pour vous écrire. En voici Dieu merci une assez belle, par le moyen de mon cousin du Chesne* qui s’en va. Je n’en manquerai pas une de toutes celles qui se présenteront. Mon cousin Vitart doit aller encore bientôt à la Ferté : je lui donnerai aussi une lettre. Plût à Dieu que vous fussiez dans la même disposition que moi, et que vous me voulussiez écrire quand vous le pouvez! Mais on voit bien que vous manquez plus de bonne volonté que d'autre chose. Car je vous ai déjà mandé mon adresse si je m'en souviens, et il est assez aisé de me faire tenir vos lettres. Au moins j'en espérois une de vous tous les mois. Mais je vois bien que vous êtes toujours en colère, et que vous me voulez punir de ce que je n'ai pas été, ce vous semble, assez diligent pour vous voir, tandis que j'étois à la Ferté. Je n'y veux plus retourner de ma vie. Car je n'y ai pas fait encore un voyage qui ne m'ait mis mal avec vous. Et en cela je suis le plus malheureux du monde, puisque c’étoit plus pour vous que j'y allois que pour quelque chose que ce füt.
Mais c’est temps perdu à moi de vous en parler : vous n'oubliez pas si aisément votre colère. Il n’y auroit rien pourtant que je ne fisse pour vous apaiser. Mandezmoi ce qu'il faut faire, et s'il ne faut que vous écrire
Lerrre 12 (revue sur l’autographe, conservé à Soissons). — 1. Au mois de juillet ou d’août, très-vraisemblablement, et peu de temps avant le départ pour Uzès. Cette date se conclut de ce qui est dit, dans un endroit de la lettre, du prochain accouchement de Mlle Vitart et de la canonisation très-prochaine aussi de M. de Saci. Voyez à la page suivante les notes 7 et 8.