‹ Œuvres de J. RacineChapitre 266 sur 390 · Et ses beaux traits · texte numérisé non relu

Et ses beaux traits

5. «En présence l’un de l’autre croissait l'amour qu’ils avaient

trouver à redire, je vous loue d’un si beau choix et d'aimer avec tant de discernement, s’il peut y avoir du discernement en amour. Il ne faut pas demander si c’est là l'espagnol qui vous tient; l'amour est ce porteur d’eau dont vous aimez tant la compagnie, et qui vous apprend si bien à parler toutes sortes de langues : et mentem Venus ipsa dedit*. Il ne me fait pas tant d'honneur, quoique j'aie assez besoin de compagnie en ce pays; mais j'aime mieux être seul que d'avoir un hôte si dangereux. Ne m'accusez pas pour cela d’être un farouche et un insensible :

Vous savez bien que les déesses Ne sont pas toutes des Vénus;

Et vous savez que les belles, non plus, Ne sont pas toutes des Lucrèces.

A propos de belles, j'avois déjà vu les vers du Ballet des Saisons”, et on me les avoit apportés lorsque j'étois encore malade. Je suis ravi qu'il ne reste aucune apparence de blessure sur le beau front d'Angélique. Elle n'est pas la seule beauté qui ait souffert de si douloureuses aventures : et Veneris violata est vulnere dex-

l’un pour l'autre. » Dans l'édition de 1808 on a imprimé mutus, au lieu de mutuo; ce qui n’était pas une raison pour que l’éditeur (Geoffroy) traduisit : « Muet à son aspect, je sentais mon amour croître dans le silence. » Il est fort étonnant que M. Aimé-Martin ait conservé cette traduction.

6. « Et c’est de Vénus ellemême qu'est venue l'inspiration. » (Virgile, . Géorgiques, livre HIT, vers 267.)

7. Le Ballet des Saisons fut dansé pour la première fois, le 26 juillet 1661, à Fontainebleau (voyez la Gazette du 30 juillet 166, p..727). Les vers sont de Benserade; Racine a sans doute en vue particulièrement ceux que le poëte a mis dans la bouche de Mlle de Montbazon (Anne de Rohan), laquelle devint quelques mois après la duchesse de Luynes. Voyez ces vers dans les OEuvres de Monsieur de Bensserade, Paris, M.DC.XCVIT (in-1 2), tome IL, p. 219.

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tra‘; et peut-être bien que qui auroit considéré l'endroit où elle tomba, il y auroit vu naître des roses et des anémones pareilles à celles qui sortirent du sang de Vénus; mais il est trop tard pour y aller voir. Et quand il y seroit venu des roses, l'hiver les auroit fort maltraitées; elles auroient été plus en sûreté en ce pays, où nous voyons dès le mois de janvier

Schietti arboscelli e verdi frondi acerbe, Amorosette e pallide viole”.

On m'a assuré même qu'il y avoit un jardin tout plem de roses, mais de roses toutes fleuries, à une lieue d'ici, et cela ne passe pas même pour une rareté.

La nouvelle que vous me mandez sur la fin de votre lettre m'a d'abord surpris étrangement; mais je suis entré peu à peu dans vos sentiments, que cela n'’étoit qu'un soulagement et un avantage pour M. Vitart'°. Je ne lui en ai rien témoigné pourtant, et je ne le ferai pas que je n’en sois informé de sa part.ou de quelque autre que de vous. Mais que vous avez raison d’accuser l'autre d'une infidélité si noire ! Il est capable des plus

lâches trahisons : Ille horridus alter Desidia, latamque trahens inglorius alvum"1.

8. « La main de Vénus elle-même a été profanée par une blessure. » Racine a un peu arrangé ce vers de Virgile (Énéide, livre XI, vers 277)":

..… Et Veneris violavi vulnere dextram,

9- « De tendres arbrisseaux, un jeune et vert feuillage, d’amoureuses et pâles violettes. » (Pétrarque, Rime, parte I, sonnet exxvIm, Lieti fiori, vers 5 et 6.)

10. Le bailli de Chevreuse (Pierre Sellyer) avoit cherché à nuire à M: Vitart, et l’avoit supplanté dans une partie des attributions de son emploi. (Wote de l'édition de 1807.)

11. «L'autre hideux dans sa paresse, et trainant sans gloire son large ventre. » (Virgile, Géorgiques, livre IV, vers 93 et 94.)

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À votre avis, Virgile ne sait-il pas aussi bien faire le portrait d’un traître, que d'un héros? Je n'ai pas peur que vous vous lassiez de voir tant de vers dans une seule lettre, quoniam*? te amor nostri poetarum amantem reddidit"*. Pour vous, soit latin, soit espagnol, soit turc si vous le savez, écrivez-moi, je vous prie. Je suis confiné dans un pays qui a quelque chose de moins sociable que le Pont-Euxin : le sens commun y est rare, et la fidélité n'y est point du tout. On ne sait à qui se prendre. Il ne faut qu'un quart d'heure de conversation pour vous faire haïr un homme, tant les âmes de cette ville ** sont méchantes et intéressées : ce sont tous baillis'*. Aussi, quoiqu'ils me soient venus querir cent fois pour aller en compagnie, je ne me suis point encore produit nulle part. Enfin il n'y a ici personne pour moi’°. Von homo, sed littus, atque aer et solitudo mera*”. Jugez si vos lettres seroient bien recues. Mais vous êtes attaché ailleurs.

Il cor preso ivi, come pesce a L'hamo's.

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