C'est-à-dire : «le temps de dire un miserere
monde. Si j'avois autant d'autorité sur elles qu'en avoit le bon saint Francois, je ne leur dirois pas, comme il faisoit : « Chantez, ma sœur la cigale * ; » mais je les prierois bien fort de s’en aller faire un tour jusqu’à Paris ou à la Ferté, si vous y êtes encore, pour vous faire part d’une si belle harmonie.
Monsieur notre évêque ne se découvre encore à personne sur le beau projet de réforme qu'il a fait faire à Paris, et pour vous dire ce qu'on en pense ici, il est plus irrésolu que jamais. Il appréhende furieusement d’aliéner tous les esprits de cette province. Sur le simple bruit qui courut que l'affaire étoit conclue, il se voit déjà désert, à ce qu’on dit, et cela le fâche ; car il ne hait pas de voir le monde chez [lui], mais il reconnoît bien déjà qu’on ne fait la cour en ce pays-ci qu’à ceux dont on attend du bien. Il en a témoigné son étonnement il y a quelques jours, et ce n’est rien encore pourtant ; car s’il établit une fois la réforme, on dit qu'il sera abandonné même de ses valets. Chacun avoit de belles prétentions sur ce chapitre. Le mal est qu’on lui impute
4. Cette histoire de saint François d’Assise et de la cigale se lit au folio xxx1 de la Légende de saint Francois, imprimée en 1509 par Philippe Junta (in-8°) sous ce titre : Aurea Legenda major beati Francisci, composita per sanctum Bonaventuram. Voici le passage : Apud sanctam Mariam de Portiuncula, juxta cellam viri Dei super ficum cicada residens et decantans, quum servum Domini qui etiam in parvis rebus magnificentiam Creatoris admirari didicerat, ad divinas laudes cantu suo frequentius excitaret, ab eodem quadam die vocata, velut edocta cœlitus, super manum volavit ipsius, Cui quum dixisset : « Canta, soror mea cicada, et Dominum creatorem tuo jubilo lauda; » sine mora
obediens canere cœpit, nec destitit donec jussu Patris ad locum proprium
revolavit. Mansit autem per octo dies ibidem, quolibet die veniendo.…, ejus jussa perficiens. Tandem vir Dei ait ad socios : « Demus Jam sorori nostræ cicadæ licentiam; satis nimirum nos suo cantu lætificans ad laudes Dei octo dierum spatio excitavit. » Et statim ab eo licentiata recessit ;
nec ultra ibidem apparuit, ac si mandatum ipsius non auderet aliquatenus Præterire.
d'aimer beaucoup à dominer, et qu'il aime mieux avoir dans son Église des moines dont il prétend disposer, quoique peut-être il se trompe, que non pas des chanoines séculiers qui le portent un peu plus haut. Cependant ceux qui font les politiques en ces sortes d’affaires disent que les particuliers sont plus maniables qu'une communauté, et les moines n’ont pas toute sorte de déférence pour les évêques. Avant-hier*, il arriva une chose par où il montra bien qu'il avoit envie d’être le maître. Nous avons un religieux qu'on dit être un Janséniste couvert. Je connois le bon homme, et je puis dire, sans le flatter, qu'il ne sait pas encore seulement l'état de la question. Son sous-prieur ‘ le déféra à Monsieur l'Évêque, lequel appela mon oncle, et lui dit, avec beaucoup d’empressement, qu'il vouloit l'interroger, et en être le juge seul sans que le Prévôt ni le chapitre s’en mêlèt. Mon oncle lui dit froidement qu'il l'interrogeàt, mais que ce bon religieux ne savoit pas seulement, comme Je vous ai dit, ce que c’étoit du jansénisme. Voilà toutes les nouvelles que je vous puis mander : il ne se passe rien de plus mémorable en ce pays-ci. Le blé est enchéri, quelque belle que soit la récolte, à cause qu'on en transporte en vos quartiers. Jie beau blé, qui ne valoit que quinze livres, en vaut vingt et une livres la salmée”. On l'appelle ainsi, et cette me-
5. Louis Racine a supprimé ce morceau sur le religieux qui passait pour janséniste. Nous notons cette suppression, parmi tant d’autres, parce que l'intention en est évidente : voyez ci-dessus la note 2 de la lettre 31, p. 471. À la suite de ce morceau, toute la fin de cette lettre 33 a été omise par Louis Racine.