D'ANTOINE ARNAULD A RACINE
Ce 7. avril [1685].
J'ar à vous remercier, Monsieur, du Discours qu'on m'a envoyé de votre part. Rien n'est assurément plus éloquent, et le héros que vous y louez en est d'autant plus digne de vos louanges, que l'on dit qu'il y a trouvé de l'excès. Mais il est bien difficile qu'il n'y en ait toujours un peu : les plus grands hommes sont hommes, et se sentent toujours par quelque endroit de l'nfirmité humaine. On auroit bien des choses à se dire sur cela, si on se parloit; mais c'est ce qu'on ne voit pas lieu d'espérer de pouvoir faire. Il faudroit pour cela avoir dissipé un nuage, que j'ose dire être une tache dans ce soleil. Ce ne seroit pas une chose difficile, si ceux qui le pourroient faire avoient assez de générosité pour l’entreprendre; mais j'avoue qu’il y en a peu qui aient tous les talents nécessaires pour cela, entre lesquels on doit compter celui que les pères appellent éalentum familia-
impériale). — 1. En tête de l’autographe, Louis Racine a écrit : « Antoine Arnauld à Racine. 1678. Après le 30 octobre. » Il s’est trompé très-certainement. La lettre d’Arnauld a été écrite au sujet du discours académique dont Racine, dans la lettre 5x (p. 526), annonçait l'envoi au P. Bouhours, c’est-à-dire de celui qu'il prononça le 2 janvier 1685, à la réception de Thomas Corneille et de Bergeret : voyez notre tome IV, p. 357. Ce fut à l’occasion de ce discours que le Roi trouva de l'excès dans les louanges de Racine, comme le rappelle ici Arnauld, et comme Racine l’a raconté luimême dans ses Fragments historiques (voyez notre tome V,p. 124). Les éditeurs des OEuvres d’Arnauld n’ont pas commis une moindre erreur, lorsque, dans leur tome II, p. 413, ils ont intitulé cette lettre : Lettre de M. Arnauld à M. Jean Racine, au sujet du discours de ce dernier au Roi sur la Prise de Namur. Juillet 1692. La date dans l’autographe est: Ce 7. avril. Dans les éditions précédentes des OEuvres de Racine, on a ajouté avant cette date : De Bruxelles. Ces mots ne sont pas dans la lettre originale.
ritatis. Cependant je vous assure que les pensées que J'ai sur cela ne sont point intéressées ; que ce qui me peut regarder me touche fort peu, et que ce [que je] considère ? principalement, est les biens infinis que pourroit faire à l'Église un prince si accompli, si cet obstacle étoit levé.
Celui, Monsieur, qui vous rendra cette lettre est un ami qu demeure avec moi depuis quinze ans”, et qui a pour moi tant d'affection, que je ne puis pas que je ne lui en sois très-obligé. Il a un frère qui est fort honnête homme, et capable de s'acquitter d’un emploi, comme seroit d’avoir soin des affaires dans une grande maison, avec beaucoup d'application et de fidélité. Si vous pouviez, Monsieur, lui en procurer quelqu'un, je vous * en aurois une grande obligation.
Je suis tout à vous et à votre imcomparable ami.
2. Au lieu de: « ce [que je] considère », Arnauld a écrit par inadvertance : «ce qui considère. »
3. François Guelphe. C'était un protégé de la duchesse de Longueville, qu’elle avait placé, comme copiste, auprès de Nicole et d’Arnauld. Lorsque ce dernier fut forcé de sortir de France, Guelphe le suivit, et s’attacha constamment à son sort. Ce fut lui qui se chargea d'apporter à Port-Royal le cœur de son maïtre et Son ami. (Wote de l'édition de 1807.)
4. Arnauld avait écrit lui. La lecon vous, que veut le sens, ya été substituée, par une surcharge en encre plus noire.