DE RACINE A MADEMOISELLE RIVIÈRE
A Paris, ce 12° novembre [16861].
Je vous remercie, ma chère sœur, des excellents fro-
5. Anne Racine. Elle avait alors quatre ans. Voyez ci-dessus, p- 519, la note 5 de la lettre 48.
Lerrre 58 (revue sur l’autographe, conservé à Soissons). — 1. Nous donnons à cette lettre la date de 1686, parce qu’il y est dit que Mme Racine était « dans l'embarras des nourrices. » M. l'abbé de la Roque l’a datée de 1684, conjecturant qu'il s’agissait de chercher une nourrice pour Élisabeth Racine, née le 3x juillet de cette année. Mais il eût été tard au mois de novembre pour prendre ce soin; et s’il fallait entendre qu’on s’occupait d’un changement de nourrice, il serait étonnant que rien dans la lettre ne lexpliquât. Il est bien plus vraisemblable que le 12 novembre 1686, attendant la naissance très-prochaine d’un enfant, on cherchât déjà celle qui devait le nourrir (voyez la lettre précédente). Le chiffre 2, que, dans l’autographe, on lit au bas de la suscription, signifie-t-il que la lettre était la seconde adressée par Racine à Mile Rivière au mois de novembre? La précédente est en effet du 4 de ce même mois.
mages que vous nous avez envoyés : je n’en ai jamais vu de si bons. Il n’y a pas jusqu'à nos petits enfants qui les aiment mieux que tout autre dessert. Ma femme est dans l'embarras des nourrices. Elle a bien de la peine à en trouver une, à Paris, qui l’accommode. Si la saison n'étoit pas si rude, je me serois bien vite adressé à vous pour nous en trouver une; car, à tout prendre, Nanette est celle de nos enfants que je crois qui a été le mieux nourrie.
Vous me parlez d’un fils de Mme d’Acy”; mandez-moi, je vous prie, s'il est tout seul, quel âge il a, et s’il pourroit bientôt apprendre quelque métier; car je crois que c'est ce qui vaut mieux pour ces gens-là qu'un bon métier, au lieu qu'en apprenant à lire et à écrire, ils se font tout au plus de misérables sergents et deviennent de fort grands fainéants : surtout tous les enfants de ce côté-là, dont il n’y en a pas eu qui se soit voulu tourner au bien. Je me chargerois volontiers de mettre celui-ci en métier, s'il est en âge de cela. Sinon, mandez-moi ce qu’on peut faire pour lui. |
« Ma chère tante, je vous baise bien les mains et à mon oncle et à ma cousine.
« RAGINE 5. »
Racine vous a voulu faire ses baisemains, et vous a écrit sur mon genou; car il écrit mieux que cela. Je suis bien aise que ma nièce se porte bien. C’est tenir des enfants bien jeune‘. On est plus scrupuleux à Paris, et je crois qu'on a raison.
2. Nous n'avons pu découvrir si cette dame d’Acy était alliée à la famille de Racine.
3. Cette signature et les deux lignes qui précèdent sont de Jean- Baptiste Racine, qui avait alors huit ans. Au lieu de cousine, sa main inexpérimentée avait d’abord écrit coune, qui a été effacé.
4. On doit entendre par là que la nièce de Racine venait d’être
LETTRES. br
Adieu, ma chère sœur : faites, s'il vous plaît, nos baisemains à M. Rivière et à mon cousim Vitart.
Suscription : À Mademoiselle Mademoiselle Rivière, à la Ferté-Milon. 2. (Cachet : J. R.)