‹ Œuvres de J. RacineChapitre 354 sur 390 · DE BOILEAU A RACINE · texte numérisé non relu

DE BOILEAU A RACINE

A Bourbon, 21° juillet! [1687].

Depuis ma dernière lettre, j'ai été saigné, purgé, etc., et il ne me manque plus aucune des formalités préten-

4. Racine avait d’abord écrit: « plusieurs fois. » Il a biffé le mot

fois.

Lerrre 65 (revue sur l’autographe, appartenant à M. Boutron- Charlard). — 1. Dans la copie faite par Jean-Baptiste Racine, que

M. Laverdet a publiée, il y a 20°, au lieu de are juillet. La même + ; 2 : ;

copie à la ligne 7, au lieu de : « C’est demain que se doit com-

mencer, » porte : « C’est demain, Monsieur, que je dois commen-

? 2 " cer. » Il n’y a pas d’autres différences avec l’autographe, que nous avons suivi.

dues nécessaires pour prendre des eaux. La médecine que j'ai prise aujourd'hui m'a fait, à ce qu'on dit, tous les biens du monde; car elle m'a fait tomber quatre ou cinq fois en foiblesse, et ma mis en état”? qu'à peine je me puis soutenir. C'est demain que se doit commencer le grand chef-d'œuvre, je veux dire que je dois demain commencer à prendre des eaux ?. M. Bourdier, mon médecin, me remplit toujours de grandes espérances. Il n’est pas de l'avis de M. Fagon“ pour le bain, et cite même des exemples de gens, non-seulement qui n'ont pas recouvert la voix, mais qui l'ont même perdue pour s'être baignés. Du reste, on ne peut pas faire plus d'estime de M. Fagon qu'il en fait, etil le regarde comme l'Esculape de ce temps. J'ai fait connoissance avec deux ou trois malades qui valent bien des gens en santé. J'en ai trouvé un même avec qui j'ai étudié autrefois, et qui est fort galant homme. Ce ne sera pas une petite affaire pour moi que la prise des eaux, qui sont, dit-on, fort endormantes , et avec lesquelles néanmoins il faut absolument s'empêcher de dormir. Ce sera un noviciat terrible; mais que ne faiton point pour avoir de quoi contredire M. Charpentier * ?

2. Tel est bien le texte; il n’y a ni tel, ni un tel, devant éfat.

3. Cizeron-Rival, dans ses Récréations littéraires, p. 115, rapporte ces paroles de Boileau, sur l'effet de son séjour à Bourbon : « En 1687, je fus attaqué d’un asthme et d’une extinction de voix. Les principaux médecins de Paris, après avoir essayé sur moi toutes sortes de remèdes sans aucun succès , m’envoyèrent aux eaux de Bourbon-l’'Archambaud, d’où je revins comme j'y étois allé. Un rhume violent avoit causé mon indisposition, et je n’en fus guéri que par un autre rhume qui me survint l’année après. »

4. Gui-Crescent Fagon, qui avait alors le titre de premier médecin de la feue Reine. En 1693, il devint premier médecin du Roi. |

5. François Charpentier, confrère de Racine et de Boileau à l'Académie française et à l’Académie des médailles.

Je n'ai pas encore eu de temps pour me remettre à l'étude, parce que j'ai été assez occupé des remèdes, pendant lesquels on m'a défendu surtout l'application. Les eaux, dit-on, me donneront plus de loisir, et pourvu que je ne m'endorme point, on me laisse toute liberté de lire, et même de composer. Il y a ici un trésorier de la Sainte-Chapelle*, grand ami de M. de la Moignon’, qui me vient voir fort souvent; il est homme de beaucoup d'esprit, et s'il n’a pas la main si prompte à répandre les bénédictions que le fameux Monsieur de Coutances *, 1l a en récompense beaucoup plus de lettres et beaucoup plus de solidité. Je suis toujours fort affligé de ne vous point voir; mais franchement le séjour de Bourbon jusqu'ici ne m'a pas paru si horrible que je me l'étois imaginé. J'ai un jardin pour me promener, et je m'étois préparé à une si grande inquiétude, que Je n'en ai pas la moitié de ce que j'en croyois avoir. Celui qui doit porter cette lettre à Moulins me presse fort : c'est ce qui fait que je me hâte de vous dire que je n'ai pas mieux concu combien je vous aime, que depuis notre triste séparation. Mes recommandations au cher M. Félix, et je vous supplie, quand même je l’aurois oublié dans quelqu'une de mes lettres, de supposer toujours que je vous aie parlé de lui, parce que* mon

6. Dans une lettre à Mme Manchon, datée du 31 juillet de la même année, Boileau dit : « J’ai lié, depuis que je suis ici (à Bourbon), une étroite connoissance avec M. l’abbé de Sales, trésorier de la Sainte-Chapelle de Bourbon. »

7: Chrétien-François de Lamoignon, alors avocat général au Parlement, depuis président à mortier; né le 26 juin 1644, mort le 7 août 1709. C’est à lui qu'est dédiée l’épitre vi de Boileau.

8. Claude Auvry, le héros du Zutrin de Boileau, évêque de Coutances en 1646, trésorier de la Sainte-Chapelle en 1653. Il venait de mourir le 9 juillet 1687, âgé de quatre-vingts ans.

9. Cette fin de la phrase a été ajoutée par Boileau, en interligne.

cœur l'a fait si ma main ne l’a pas écrit. Je vous em- 7687 brasse de tout mon cœur.

DEsPrÉAUx.

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