‹ Œuvres de J. RacineChapitre 46 sur 390 · liade, livre I, vers 245 et · texte numérisé non relu

liade, livre I, vers 245 et

au père par ses enfants. Antinoüs dit donc qu'ils attendoient qu'elle eût fait; qu'elle y travailloit en effet le jour, mais qu'elle défaisoit tout la nuit: ce qu'ils reconnurent ensuite. Et ils lui firent achever ce voile malgré elle. Il dit donc à Telemachus qu'il la renvoie chez son père, et qu’il lui ordonne de se marier, au lieu d'employer tous ces artifices pour nous tromper :

Ta ppovéouo” &và Guubv & of répr Düxev ’AOHvn "Epya r” érlotaclar reprxdA lea rat ppévas 200 XXe, Képded 0° of? obrw +iv’ dxobouev oddè rakatüv, Téwy at répos foxv EdrAoxautdec Ayatot,

Tige ?, Alauñvn te, ürAGxaués te Muxfvn, Tawvy oÙrie éuotz vonuata IInvekorein

*Hèn. [Vers 116-122.]

On voit par là qu'Homère a voulu donner en Penelopé le caractère d'une femme tout à fait sage, aussi bien que d’un homme parfaitement adroit en Ulysse. Mais, dit Antinoüs, elle ne considère pas que nous vous ruinons pendant qu’elle nous amuse de la sorte :

Méya pèy Atos adrf Hosts”, adtèp oo! ye xo0hv rokéos Bréroto. [Vers 125 et 126.]

Car nous ne sortirons point de votre logis jusqu’à ce que quelqu'un de nous l’'emmène pour son épouse. Telemachus répond à cela qu'il n’a garde de faire sortir du logis celle qui l'a mis au monde et qui l’a nourri :

’Avtivo’, obxuws ot dép déxovouv érüoou,

"Hp Etey”, 4 1 Eoebe. [Vers 130 et 131.] Car d’un côté, dit-il, mon père vit peut-être encore.

Ex ÿèp Tod ratpds xaxù meloopat, ŒAXX DE Dalov Awoe, êxet phrne otuyepès dpfoer” ’Epuwbs,

Uzov érepyouém" véueois dé por &E &vOporwy Ecostat. [Vers 134-137.]

On voit là un bel exemple du respect que les enfants doivent avoir pour leur mère : car y avoit-il [rien] de plus juste! ce semble, que de faire sortir Penelopé de la maison d'Ulysse,

1. Il y a dans le manuscrit : « n’y avoit-il de plus juste? »

ro REMARQUES

qu’on croyoit mort, afin qu’elle se mariât, et qu'elle n’achevât pas la ruine de sa maison? Cependant Telemachus dit que cette parole ne sortira jamais de sa bouche. Mais vous-même, dit-il, sortez de ma maison, et allez faire bonne chère ailleurs : sinon, et si vous aimez mieux manger tout mon bien, mangez. Pour moi, j'invoquerai la vengeance des Dieux, comme dans la dernière extrémité :

Keloer’- &yto dè Oeods Ert6oouar aièv Éovtas A x£ note Zebs düor raklvrura Épya yevéodor. [Vers 143 et 144.]

Telle étoit la confiance qu’on avoit aux Dieux. En effet, Jupiter lui envoie un bon augure de deux aigles qui se battent au milieu de leur assemblée. Un bon vieillard, nommé Halitherses Mastorides, enseigne ce que cet augure veut dire, et intimide tous ces jeunes gens; mais Eurymachus lui dit qu'il aille deviner à ses enfants” ; car, dit-il, tous oiseaux ne font point augure :

"Opvrdes dE te root Üx’ adyès neMloto Porto”, oddE te névres évalounor. [Vers 18r et 182.]

Il lui dit donc de se taire, et Telemachus aussi, tout grand discoureur qu'il est, p&hx mep moüuulov édvra [vers 200]; et qu'il songe seulement à renvoyer Penelopé chez son père, ou à voir manger tout son bien jusqu'à ce qu’elle se marie.

Huets d ad rordÉyuevor Aura révra Etvexa ts dpetis épidalvouev, oddÈ per” EXdas "Epxôue0”, & Emerxès éruuéuev Eoriv Exéotw. [Vers 205-207.]

Eh bien, dit Telemachus, n’en parlons plus; mais au moins faites-moi donner un vaisseau, afin que j'aille chercher des nouvelles de mon père, afin que je puisse prendre mes mesures là-dessus. Alors Mentor, le plus fidèle des amis d'Ulysse, dit ces belles paroles : Il ne faut plus qu’un roi traite ses peuples avec douceur, puisqu'on ne se souvient plus d'Ulysse, et que tant de gens qui sont ici ne détournent pas seulement de paroles tous ces jeunes gens de leur dessein :

1. Ce membre de phrase a été omis dans l'édition de M. Aimé- Martin.

MA ris Ett mpdvowv dyavds al Artos Ecru

Exnrrobyos Paorhebe, und ppeolv alouua eldtoe,

AA aet yahexds rein xat toux fébor,

‘Qc oÙtte péuvnrat "Odvooños Oeloto

Axy ofotv dass, rathp D ds Hrtos fev. [Vers 230-234.]

Mais Liocritus, un des jeunes gens, lui dit des injures, et se moque de tout cela et d'Ulysse même, quand il seroit de retour. Ainsi l'assemblée est rompue, et sen s’en va de côté et d'autre. Mais Telemachus va sur le bord de la mer, et se lavant les mains, invoque Pallas :

RAGE puor, ds pds Deds AAu0es Auérepov DS. [Vers 262.]

Pallas vient à lui sous la figure de Mentor, et elle l’excite par les louanges de son père :

True, odd' ÉruDev zuxbs Écoeat, odd évopuov, E à rot o0û rarpbs Évéotaxtat pévos 4b, Ofos êxetvos Env Teléoat Épyov te Exoç te. [Vers 270-272.|

Mais si vous n'êtes pas son fils, c’est-à-dire si vous ne lui ressemblez pas, vous ne viendrez pas à bout de votre entre-

prise.

Iaÿpor yép tou ratdes épotor ratpt rÉAovTat * Of rhéoves xaxlovs, radpor dE re matpds dpelous. [Vers 276 et 277.]

Mais je vous connois, dit-elle, et espérez tout, principalement avec un ami paternel comme moi, qui vous suivra partout. En effet, Pallas protégea toujours Ulysse.

Totos yép tot Étatoos yo rarowtôs eu. [Vers 286.]

Mais allez : faites provision de vivres, et moi je vous treuverai un vaisseau et des compagnons.

Telemachus s’en va chez lui, et y treuve tous ces jeunes gens, qui s’apprêtoient à souper. Antinoüs le prend par la main, et le prie de souper avec eux. Telemachus dit qu'il songe plutôt à se venger d’eux, et arrache sa main de celle d’Antinoüs. Les autres se moquent de lui; et lui monte en haut, en une chambre où étoient toutes les provisions du logis, comme de l'or et de l’airain, des habits, &luç +” edGdes 2Aaunv [vers 339],

et de l’excellent vin qu'on gardoit depuis longtemps pour le retour d'Ulysse : .

?Ev dè xilor olvoto rahauod Youxétouo

"Eotacav, &xpntoy Detov rorbv évros Éyovtes,

Eksinç mort rofyov dpnpôtes, etrot” Odvosebs

Oixade voorhoese xat dAyea rokAà poyious. [Vers 340-343.] .

Tout cela étoit à la garde d’Euryclée, à qui Telemachus demande tout ce qu’il lui faut, et le meilleur vin, dit-il, après celui qu’on garde pour mon père. Elle pleure; mais il lui [ordonne*] d'apprêter tout, et de ne point dire son départ devant onze ou douze jours, à moins qu’elle ne [1] apprenne d’ailleurs,

‘Q$ dv ph xkalovox zatà yp6x xakov iérrn. [Vers 376.]

Ce qu'elle lui promet, et elle prépare tout; et lui s’en retourne en bas avec tous ces jeunes gens pour couvrir son dessein. Pallas cependant, sous la figure de Telemachus, amasse des gens et treuve un vaisseau.

AGget T’ HéAOS oxLÉWVTÉ te ra dat &yvtal. [Vers 388.]

Homère décrit ainsi le soleil couché dans les villes, disant que les rues étoient devenues obscures; et il le fait justement coucher, afin qu'on ne voie point Pallas, qui monte son vaisseau en mer, et l’équipe”. Après elle endort tous les jeunes gens, qui sen vont chacun chez soi; elle avertit Telemachus que tout est prêt. Il la suit, et fait apporter ses provisions : ils s’embarquent. Pallas fait venir un vent favorable ; le vaisseau s’avance en pleine mer ; et ceux qui étoient dedans boivent en l’honneur des Dieux, et surtout de Pallas :

"Ex révrewv GE péliora Ads Yhavxtbridt xoÿpn. [Vers 433.]

C'est là l’épithète ordinaire de Minerve: et, comme disoient nos vieux traducteurs, « Minerve aux yeux pers » : c’est entre le bleu et le vert, car ce n’est pas bleu tout à fait, comme on voit par ce passage de Cicéron, [livre] I, de Nat. Deorums :

1. Ici Racine a sauté un mot : dit, ordonne, commande ? 2. Dans l'édition de M. Aimé-Martin : « et l'équipage. » 3. De Natura Deorum, livre I, chapitre xxx.

Cæsios oculos Minervæ, cæruleos Neptuni. On voit cette couleur dans les yeux de chat : d’où vient que quelques-uns l'ont appelée felineus color ; mais beaucoup mieux dans ceux d’un lion : de là vient que les poëtes ont donné ces yeux-là à Minerve, qui étoit une guerrière. En un mot, ce sont des yeux entre le bleu et le vert, mais des yeux forts! reluisants et perçants. Et sou-

vent on n’appelle Minerve que de ce nom-là, ÿhauxümis, comme

d'un nom honorable. Ainsi elle le témoigne elle-même?, lorsqu’elle dit à Junon, tandis que Jupiter étoit en colère contre elle, au [livre] 8. de l'Iiade :

*Eotar pv 67 dv adte olnv Yhauxwrida etrn.

Junon au contraire, qui étoit d’une humeur plus posée et plus majestueuse, est appelée fBowr, aux yeux de bœuf. Ce sont de grands yeux bleus qui ont beaucoup de majesté: aussi Homère ajoute toujours Bowrtç môrvx *Hpn. Enfin Vénus, qui n’étoit point guerrière et qui ne tenoit pas tant sa gravité, mais qui au contraire étoit d’une humeur gaie et toute? amoureuse, est appelée Ékxümic, ou ÉAëxoG)EDæpOS, aux yeux ou aux prunelles noires, ou, si l’on veut, aux yeux petillants et, comme a dit Here duuara pappalpovra : : ce qui exprime admirablement de certains yeux qui ne peuvent se tenir en place, et qui ont toujours un mouvement adroit et lascif. Catulle appelle cela ebrios ocellos 5, et nous disons quelquefois des yeux fripons. Atque ipsa in medio sedet voluptas, dit un ancien épigramme‘. Mais pour revenir à la couleur des yeux

1. Racine a écrit « des yeux forts, reluisants..., » et non, comme on lit dans l'édition de M. Aimé-Martin, « des yeux fort re-

luisants. »

2. Dans le manuscrit, par suite d’un lapsus, il y a « luimême. »

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