Racine écrit : d’erain
brebis portent trois fois l'an : si bien que ni roi ni pâtre ne manquent jamais de lait, ni de fromage, ni de chair :
Evôa pèv oûte dvaË Emdeuhs odte tt To{pinv Tupoÿ nul xpeuûv, odDÈ yAuxepoto yékaxtos. [Vers 87 et 88.]
Il dit, en un mot, ce qui s’est passé chez lui durant cela : et ainsi, dit-il, je ne fais plus autre chose que de pleurer tous mes amis, mais surtout Ulysse, que j'aimois principalement. Il dit cela à cause de la ressemblance qu’il treuvoit dans son fils avec lui. Cela tire les larmes des veux de Telemachus, qui se cache de son manteau : ce que Menelaüs apercoit bien. Telemachus songe s’il lui parlera de son père, ou s'il l'en laissera parler le premier. Cependant Hélène descend de son appartement; Homère décrit admirablement son arrivée; et, sans mentir, c’est un plaisir de voir comme il s’entend à faire une description. Il remarque les plus petites choses, et les fait toutes paroître devant les yeux : ainsi on croit voir arriver Penelopé avec toute sa modestie, quand il décrit qu’elle vient; tout de même quand Telemachus se va coucher. Et ici on voit Hélène paroître avec éclat et avec majesté, quoiqu’il la décrive en ménagère.
Ex d ‘Exévn ahkduoto Ouwbôcos Lhopéporo Hvbey, Apréuèt ypuonharétw elzvta. [Vers 127 et 122.]
Parce qu'elle vient à la négligence, il la compare à Diane. Une de ses femmes, nommée Adreste, lui apporte un siége ; l’autre, nommée Alcippe, met un carreau dessus :
Térnta oépev alarod éplouo, [Vers 124.]
Phylo, l’autre, apporte devant elle un vase d'argent pour tenir la laine, en grec réhapov : d’où, selon Plutarque!, les Romains ont pris le nom de Talassio, chanson nuptiale,
1. Vie de Romulus, chapitre xv. « La plupart des autheurs.… estiment que c’est un admonestement pour aduertir les nouuelles maryées à penser de faire leur besongne, qui est de filer ce que les Grecs appellent Talassia, » (Traduction d’Amyot, tome 1, p. 47 de l'édition de Lausanne, 1572.) — Voyez aussi les Questions romaines de Plutarque, chapitre xxxr.
comme pour avertir les femmes d’avoir soin du ménage. Ce vase lui avoit été donné avec beaucoup d’autres présents par Alcandra, dame égyptienne, et il étoit bordé d’or. Phylo le met donc au pied! de sa maîtresse, tout rempli de laine, et dessus étoit étendue sa quenouille garnie d’une laine violette. Hélène s’assoit sur son siége, où il y avoit aussi un marchepied; car Homère décrit toujours tous les siéges avec un marchepied, quand c’étoient des siéges honorables, comme Junon en promet un au Sommeil, ayant besoin de lui afin qu'il endorme Jupiter. Je te donnerai, dit-elle, un beau siége d’or qui sera incorruptible, et fait des mains de Vulcain ; mais comme si ce n'étoit pas assez, elle ajoute :
“Yo dè Opvov rostv fou, Tà zev Ertryolns Mrapodbs rôdas elharivéCev ?,
afin que vous y mettiez vos pieds délicats tout à votre aise. En cet état, Hélène parle à son mari. On voit bien qu’autrefois les dames ne faisoient pas tant de facons qu’elles en font à présent. Et elles vivoient assez familièrement, comme Hélène qui fait apporter avec elle tout son ouvrage, devant de jeunes hommes qu'elle n’avoit jamais vus. Néanmoins elle dit à son mari qu’elle se trompe fort si ce n’est Telemachus, tant il lui ressemble : sans doute que c’est à cause qu’il ressembloit à son père. Et si Hélène le devine devant son mari, c’est que les femmes font plus de réflexion et examinent les nouveaux venus avec curiosité; car c’est leur coutume. Menelaüs avoue qu'elle a raison :
Kelvou yäo totolde médes, totalde te Heîpess OpbaApüv re old, xepaX r”, EpÜreplé re patte. [Vers 149 et 150.]
Virgile dit : Sic oculos, sic ille manus, sic ora ferebat3; mais Homère est plus particulier, et ce tour des yeux, épÜaluv Bolal, est tout à fait expressif. Aussi, dit Menelaüs, cela m'a fait souvenir et parler d'Ulysse, et j'ai remarqué que cela l’a
1. [y a ainsi dans le manuscrit : « au pied, » et non « aux pieds. »
2, Iliade, livre XIV, vers 240 et 241.