‹ Œuvres de J. RacineChapitre 74 sur 390 · SN Y · texte numérisé non relu

SN Y

Kal roë oo td’ Edwxe, où dè 4pù tethduey Euxnc. [Vers 187-190.]

Ces paroles sont belles et sont ordinaires dans Homère, pour ne pas mépriser un homme parce qu'il est en un pauvre état, parce que le bonheur et le malheur viennent à chacun selon que Dieu les distribue. Elle lui apprend en quel pays il est, et qui elle est elle-même. En même temps elle appelle ses servantes, et leur dit: Faut-il s'enfuir pour voir un homme? il n'y en a point d'assez hardi pour venir comme ennemi dans le pays des Phéaques; car ils sont trop aimés des Dieux. Mais celui-ci est un malheureux qu’il faut bien traiter; car tous les étrangers et les pauvres viennent de la part de Jupiter, et il

leur faut donner, pour peu que ce soit. Ces servantes s’approchent, et mènent Ulysse sur le bord du fleuve, sous un ombrage, et apportent de l’huile pour le frotter. Mais Ulysse leur dit de se retirer, parce qu'il auroït honte de paroître nu devant des filles : ce qu’elles font, et elles le redisent à leur maîtresse. Alors Ulysse se lave, et fait en aller! toute l’écume et toutes les ordures de la mer, dont son corps et sa tête étoit couverte. Et après qu'il s’est bien lavé, et qu'il a mis sur son dos la casaque que la princesse lui avoit fait donner, Minerve répand autour de lui une nouvelle beauté, et le fait paroître plus grand et plus gros à proportions. Elle fait descendre sur ses épaules ses beaux cheveux noirs bouclés; car il dit qu'ils étoient de la couleur d’hyacinthe, qui passe pour noire. Homère répète eette fiction en deux ou trois endroits, et Virgile l’a imitée au [livre] 1. de l'Én. Voici comme ils parlent tous deux :

Tov pèv ’Alnvain Ofuev Atds Exyeyauta,

MEl£ové +’ eloudéerv xaÙ récoova* xaddè xdpntos

OÙas Îre xôuas, bautvhlvw &yBer étroit.

Os D” 6ve Tic ppvobv repryeberat dpyipw àvhp

Loos, dv Hoatotos déduev rat TaAkès ’AOfvr

Téyyny ravrotnv, paplevra DE Épya teheler.

Qc dou To xatépeve ydpiv nEpaMT te al dpiotc.

"Eler Ereur’, drdveule xdv, ënt 0x Oaldoons,

KaXXe at ydpror oTÉAGwv: Onetro dÈ xobon. [Vers 229-237.]

Restitit Æneas, claraque in luce refulsit,

Os humerosque deo similis ; namque ipsa decoran Cæsariem nato genitrix, lumenque juventæ Purpureum, et lætos oculis afflarat honores : Quale manus addunt ebori decus ; aut ubi flavo Argentum, Pariusve lapis, circumdatur auro ?.

Virgile est plus court, mais il paroît aussi plus délicat, et il met tout l’embellissement d'Enée aux cheveux, au teint du. visage et à l'éclat des yeux, au lieu qu'Homère se contente de dire qu'Ulysse parut plus grand et plus gros, et que ses che-

1. M. Aimé-Martin a remplacé en aller par disparoitre. 2, Énéide, livre I, vers 588-593.

veux descendirent sur sa tête. Il est vrai qu’il dit après: xéheï xat ydpior otiA6wv. Virgile finit comme Homère :

Obstupuit primo aspectu Sidonia Dido ?.

Mais ici Nausicaa dit à ses servantes : Ce n’est point contre la volonté [ des Dieux] que cet étranger est venu ici. D’abord il paroïssoit un homme de néant, mais maintenant il est beau comme un dieu. Ah! plût à Dieu que j'eusse à? mari semblable à lui! ou bien, plût à Dieu que je le pusse appeler mon mari, et qu'il voulût demeurer ici! mais donnez-lui à boire et à manger : ce qu'elles font, et Ulysse mange avec avidité, &pra- Mu; car il n’avoit pas mangé de longtemps. Cependant Nausicaa replie tous ses habits et se prépare à s’en aller. Elle monte à son chariot, et dit à Ulysse qu’il la suive. Tant que nous serons dans la campagne, venez derrière mon chariot avec mes femmes ; mais lorsque nous arriverons près du port, où le peuple tient son assemblée sur de grandes pierres cavées exprès, et où l'on travaille à l'équipage des vaisseaux, car c'est là toute leur étude, et les Phéaques ne s'appliquent point à l'arc ni au carquois, mais seulement aux voiles et aux rames, J'appréhende leur médisance cruelle, car le peuple est insolent ; et peut-être quelqu'un d’eux diroit méchamment : Qui est ce bel et grand étranger qui suit Nausicaa ? Où l’at-elle treuvé? Sans doute qu'il sera son mari. Ne l’a-t-elle point sauvé de quelque naufrage ? Ou bien, n’est-ce point quelque dieu qui lui soit venu du ciel durant qu’elle faisoit ses prières? Et elle l'aura toute sa vie pour mari. Aussi bien mépriset-elle tous ceux de ce pays qui la recherchent en grand nombre, et tous fort nobles. On voit là une peinture admirable des discours d’une populace qui s’ingère dans toutes les actions des grands.

Aussi Nausicaa dit-elle qu’elle fuit ces bruits-là : Et ce me

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