liade, livre XIV, vers
et barbares, qui ont donné lieu à la fable des Cyclopes. Et s’il dit ici qu'ils se fioient aux Dieux immortels, c’est à dire à la nature et à la bonté du territoire; car on voit bien ensuite qu’ils se moquoient des Dieux. Aussi il dit que tout y venoit sans être semé ni cultivé, comme le blé, l'orge et le vin, auxquels la pluie donne de l'accroissement; mais pour eux, ils n’ont aucunes lois ni aucune police :
Toto d or’ dyopat BovAnpépor, oÙte Méutotes*
AN ofy bbnAüv épéwv valouot xépnve, 4
’Ev oxécot yhapupotot- Beutoteder Dè Éxæotos
ILaldwv 52 S\6yuwv, 02 SAV &AEyovar. [Vers 112-115.]
Et assez près de là il y a une petite île, toute couverte d’arbres, et pleine de biches et de chevreuils, qui ne sont point troublés par les chasseurs, qui se travaillent et se peinent‘ en courant sur le faîte des montagnes, ni par les bergers, ni par les laboureurs. Mais cette île n’étant point cultivée, est déserte d'hommes, et n’est habitée que par des chèvres; car les Cyclopes n’ont point de navires peintes, wuAtoräpnot?, ni d’ouvriers qui leur en puissent bâtir, afin de voyager sur la mer, comme font les autres hommes ; car ils cultiveroient cette île, qui de soi n’est point mauvaise, et qui porteroit de chaque chose en sa saison :
Pépor Dé xey pt révra*
’Ev pèy yàp Aerpüves &\dç rokoto rap” 8y0ac
YdpnAot, palaxol: éla x dpbrro durekot stev.
"Ev © dpoots keln: uéha xev Ba0d Xfïoy atet
Es &pas duibev, el pda ntap Ur’ obdas. [Vers 131-135.]
Elie à [un] port fort commode, et où il n’est besoin ni de câble ni d'ancre, mais on y peut® demeurer tant qu’on veut et y attendre le vent; et là, sous une grotte, il y a une claire fontaine entourée d’aunes : c’est là où aborda Ulysse.
- Kal tie eds Wyepéveue Nôxta à ôppvalnv: oddè rpodvalver’ écho :
Ae ya rept vnvol Badet” Av, oddÈ ekfvn
1. Dans le manuscrit : penent. — M. Aimé-Martin a mis : «et se passent. »
2. Vers 125. — 3, Racine a écrit par mégarde: « on n’y peut. »
SUR L’ODYSSEÉE D’HOMÈRE. 145
Odpavélev rpodoarve - xarelyero Yào veoéeooiv.
"EvP” otte tv vicov Écédparev 8p0aALOTIY,
Oùr” oùv xbpara paxpù xvAvdGEvX rotl XÉPSOV
Elotopev, rot vias Ébocékuous ruxék ont. [Vers 142-148.]
Virgile a imité cette description d’une nuit obscure, lorsqu'il fait aussi aborder Énée à l'ile des Cyclopes :
Tgnarique viæ Cyclopum allabimur oris….
Nam neque erant astrorum ignes, nec lucidus æthra Siderea Polus ; obscuro sed nubila cœlo ;
Et lunam in nimbo nox intempesta tenebat !.
Mais celle d'Homère paroît beaucoup plus achevée, et entre plus dans le particulier : car la description de Virgile peut aussi bien venir sur la terre que sur la mer; mais celle d'Homère revient parfaitement à une nuit sur la mer. Ce qui rend celle de Virgile fort belle, c’est ce grand bruit du mont Etna qu’on entendoit durant la nuit, sans pouvoir discerner ce que c’étoit :
Mec qüæ sonitum det causa pidemus w.
Quand il est jour, Ulysse prend terre dans cette île, et en admire la beauté. Les Nymphes lui suscitent des chevreuils pour le diner de ses gens. Aussitôt ils prennent leurs arcs et leurs haches et courent après; et Dieu leur donne une fort belle chasse. Il avoit douze vaisseaux, et il départit neuf chevreuils à chacun, et on lui en donne dix pour le sien. Ils demeurent là jusqu’au soir à faire grand’chère?; car ils avoient encore beaucoup de vin de réserve, qu'ils avoient pris au pillage d’Ismare, ville des Cicons. Il jette la vue sur l'ile des Cyclopes, et il voit la fumée qui en sort, et il entend Je bruit des chèvres et des brebis. Il attend encore la nuit et le lendemain au matin, et il fait demeurer là le reste de ses vaisseaux, et s’en va avec le sien pour voir qui sont les habitants de cette île. Quand ils sont arrivés au bord, ils voient une grande grotte ombragée de lauriers, et là dormoient grand nombre de brebis et de chèvres, et attenant? de cette grotte
1. Énéide, livre ILL, vers 569-587. — 2. Ibidem, vers 584. 3.. Ici Racine a mis une apostrophe. D’ordinaire il n’en met ‘Point après grand, pris ainsi au féminin.
4. 1 y a dans le manuscrit : entenant, en un seul mot, J, Race, vi : 10
étoit bâtie une espèce de grande salle, où étoit couché un homme prodigieusement grand, lequel habitoit loin du voisinage des autres, car il étoit fort méchant; et c'étoit une chose étrange combien il étoit grand; et il ne ressembloit pas à un homme qui mange du pain, c'est-à-dire à un homme commun, dvôpt ye curopay?, mais plutôt à une haute montagne séparée des autres. Ulysse commande à ses gens de l’attendre, et en ayant pris douze avec lui, il s’y en alla, après avoir pris un vaisseau de vin noir, pmékavos?, et fort délicieux, que lui avoit donné Maron, prêtre d’Apollon, à cause qu'il avoit sauvé lui, sa femme et ses enfants; car il demeuroit à Ismare, dans un bois sacré à Apollon. Il fit de beaux présents à Ulysse, sept talents d'or travaillé, une coupe d'argent, et douze vaisseaux d’un vin doux et sans mélange, ou incorruptible,
‘Hèby, éxnpéotov, Detov rotôv [vers 205];
et pas un de ses valets ni de ses servantes ne savoit qu'il l'eût; et il n’y avoit que lui :
’AXN adrée v”, EXoyés te plân, rapln te ul oin [vers 207];
et ce vin-là étoit si puissant qu'on y mettoit vingt mesures d’eau sur une de vin :
Tov 9° Bre rivorev pelmdéa otvoy épubpdv,
SEv déras Aurkfoue, Udaros dvà elxuot péTpa
Xeÿ: dou D’ ndeta ATd xpnTApos SdHÔEL,
Ocorsotn. Tér’ dv oùtot roc éclat plhov fev. [Vers 208-211 1
Et Pline dit que ce n'est point une fable, 1. 14, ch. 4 : Durat etiam vis eadem in terra generi vigorque indomitus À quippe cum Mutianus ter consul (c'est sans doute ce grand capitaine qui fit Vespasien empereur), ex his qui nuperrime prodidere, sextarios singulos octonis aquæ misceri compererit, præsens in eo tractu; esse autem colore nigrum, odoratum, vetustate pinguescere. Et on l'appeloit sérum maroneum. Vino antiquissima claritas maroneoÿ. Et il ajoute qu'Aristée fut le
1, Vers 191. — 2. Vers 196.
3. Cette dernière phrase est un peu avant les précédentes dans
premier, en ce pays-là, voisin de la Thrace, qui mêla le miel avec le vin, suavitate Præcipua utriusque raturæ sponte provenientis. Cela montre qu'Homère n’a rien dit sans fondement ; et on voit bien qu'il étoit instruit de tout ce qu'il y a de beau dans la nature. Ulysse en prit donc un petit vaisseau avec quelques vivres, et son grand courage l’excita à aller trouver cet homme :
"AVèp” Ereeioechor, peydnv Érieévor dAxiv, ’Aypuov, oùte Dlxac ed eldére, oÙte Déotas. [Vers 214 et 215.]
Us entrèrent dans l’antre de ce Cyclope, et ils ne le treuvèrent pas. Homère ne dit pas Son nom; mais les autres poëtes, comme Théocrite, Virgile et Ovide, l'ont appelé Polyphème. Ils trouvèrent dans son antre des vaisseaux tout pleins de lait, et les étables remplies d’agneaux et de boucs!, séparés les uns des autres : les agneaux? à part, les plus jeunes ailleurs, et en un autre endroit ceux qui ne faisoient que de naître. On voyoit nager le lait clair sur tous les vases; et tous ceux qui servoient à traire le lait étoient tout prêts. Les compagnons d'Ulysse le prioient bien fort de prendre force fromages, et de chasser dans leur vaisseau tout ce qu'ils pourroient d’agneaux et de cabris; etil eût bien fait.
Oùd àp’ Euex) Étäpotot pavels Éparetvos Éceclau. [Vers 230.]
Ils s’'amusèrent donc à manger quelques fromages, en attendant ; et il vint bientôt, portant une charge de bois, qu'il jeta à la porte pour faire cuire son souper. Ce bois fit grand bruit en tombant, et ils se retirèrent tout effrayés jusqu’au fond de l'antre. Le Cyclope fit entrer toutes les chèvres et les brebis pour tirer le lait, et laissa les mâles à la porte. Et étant entré, il ferma son antre avec une pierre si grosse que vingtdeux chariots à quatre roues ne l’auroient Jamais pu bouger de là; et il dit un peu après que cette boîte # fermoit son
ce même chapitre 1v de Pline (ailleurs chapitre vr) que Racine vient de citer.