LIVRE X
Ulysse, continuant ses voyages, va en Éolie ; il y avoit sept îles qu'on appeloit de ce nom, toutes proches l’une de l’autre. Elles furent appelées ainsi à cause de cet Éole qui y régnoit ‘du temps du siége de Troie. On l’a fait roi des vents, à cause qu'il fut le premier qui les remarqua, ou bien à cause d’une montagne ou deux qui sont dans ces îles qui jetoient du feu ; et à la fumée les habitants conjecturoient quels vents souffleroient. Celle où Éole demeuroit et où Ulysse aborde s’appeloit Strongyle. Elles sont assez près de la Sicile, à douze milles d'Italie. Ce prince étoit donc le roi des vents, et il l'appelle pihoc &ôavatoict Osoïor!. C'est lui à qui Junon fait une si belle harangue au [livre] 1. de l’'Énéide?. I] avoit, dit Homère, douze enfants, six garçons et six filles; il les maria les uns avec les autres, si bien qu’ils demeuroient tous auprès de leur père et de leur mère.
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Ebdovo”, Ey re rérnor zal èv ronrots Aeyéeoot. [Vers 8-12.]
Cela représente parfaitement bien une maison paisible et commode, et qui n’est troublée d'aucune division. Ulysse y fut fort bien recu, et Éole le retint un mois durant, lui demandant toutes les particularités du siége de Troie; et lorsqu'Ulysse le pria de le renvoyer, il lui donna tous les vents enfermés dans une peau de bœuf, qu'il lia dans son vaisseau avec une chaîne d’argent, afin que pas un n’échappât :
"va pri rapanvebon dMyov rep. [Vers 24.] Il n’enferma point le Zéphyr :
Adrèo ëuot rvounv Zeobpou rpoënxev dat,
. I. Vers 2. — 2. Vers 65-75.
"Oypa pépor vds te na abrobs* où? de EueXkev Exrekewv: abrôv yèp érwhôue0 dppaèlnoiv. [Vers 25-27.]
Ce passage se peut appliquer aux mauvais chrétiens, à qui Dieu donne des grâces pour les conduire au salut; mais ils périssent par leurs propres fautes. ’
En effet, après avoir navigué neuf jours, et qu'au dixième ils voyoient leur patrie,
Ko dn ruprohtovras EAeüaoopuev, 2yyde évraç [vers 30],
et que ceux qui portoient les flambeaux étoient déjà proches (je crois que c’étoit quelque fanal qui étoit au port d'Ithaque, comme il y en avoit en plusieurs endroits), alors Ulysse s’endormit de fatigue; car il ne quittoit jamais le gouvernail :
Aîet yèp réda vnbs EGpuv * oddE tu AA AG" Etdpwv, va Oäooov ixoluela ratplda yatav. [Vers 32 et 33.1
Cela montre que les hommes intelligents font tout euxmêmes, et qu'ils ne s’en rapportent point à leurs compagnons. Et il en prit mal à Ulysse de n'avoir pas pu continuer; car ses compagnons s’allèrent imaginer que cette peau étoit sans doute pleine d’or et d’argent, et ils disoient entre eux :
Q rônot, s Be rüot pllos xat tlutôs Éctiv Avpwnotc, bre te réAY xaÙ yatav Eantar. [Vers 38 et 39.]
Il s'en va tout chargé de butin, et nous revenons les mains vides; mais voyons ce qu'Éole lui a donné.
°Qc Épaoav* Boulh DE xaxh véansey Étaipuv. [Vers 46.]
Ils délièrent cette peau, et tous les vents en sortirent aussitôt : si bien qu’un tourbillon les enleva, tout pleurants, bien loin de leur pays. Ulysse, s'étant éveillé, délibéra en luimême s’il se jetteroit dans la mer,
FH dxéwv thalnv, xat Err Cwotot petelnv.
AAN EtAnv aa Eueuva: aahubduevos D’ EVt vnt Keïenv. [Vers 52-54.]
Les vents les repoussèrent en Éolie, et Ulysse s’en alla chez Eole, prenant avec lui un héraut et un de ses compagnons. Ils le trouvèrent à table avec sa femme et ses enfants.
Ils furent fort surpris de le revoir, et lui en demandoient la cause ; il leur dit d’un ton fort triste :
’Aaadv pe Étapot te xazol, mobs toîol te brvoc Zxétlos” AN duéouoûe, pldor : Düvauts yèp àv DU... Of à dvew éyévovro: ratho d muel6ero uü0w. [Vers 68-7r.]
= Vous diriez que ces enfants n’osassent parler devant leur père, lequel prit la parole et lui dit :
YE0S &x vhsov 0Gosov, ÉAéyyiote Cwévtuv, pe k MHÉDETX Où yée pot bête ort xotQéuev ob’ dronéunetv *Aydpa Tov, Üs xe Oeototv dré{Ontat axdpesoiv. "Egf”, èret Spa Oeotouv àxeyQômevos T6d ixdvets. “Qc eirbv, dréreure dôpuv Bapéx orevéyovra. [Vers 72-76.]
Tel étoit le respect que les païens portoient aux Dieux, vu qu’ils n’eussent pas voulu assister un homme qui paroissoit ennemi des Dieux, de peur de les offenser. Ulysse s’en alla donc, et au septième jour il, arriva au pays des Lestrigons. Pline dit! que c’étoit une ville qui depuis a été appelée Formia, assez près du port de Caiète, aujourd’hui Nole dans la Campanie. Homère nomme la ville de Lamus; c’étoit le père d’Antiphates, fils de Neptune, d’où est descendue la famille patricienne d’Ælius Lamia. Horace, liv. 3, od. 17.
Ulysse entra dans le port, qui étoit fort propre et fort paisible : .
Acvxn D %v duet yalivn. [Vers 94.]
Il appelle peut-être le calme blanc, à cause que l’eau paroît blanche lorsqu'elle n’est point agitée. Il vit de la fumée assez loin de là, et il envoya deux de ses compagnons pour savoir quel pays c’étoit. Ils treuvèrent la fille d’Antiphates qui alloit . puiser de l’eau à une fontaine hors la ville. Elle leur enseigna la maison de son père, qui étoit roi de ce pays-là. Ils y furent, et ils y treuvèrent sa femme, aussi haute qu'une montagne, et ils en eurent peur :
Tv dè yuvatrx Eÿpov 6onv Tr’ Gpeos xopugñv, zut à” Éotuyov adrfv [vers 112et1 13];