Livre III, chapitre v
et elle fit venir! son mari à la place, lequel leur préparoit un fort mauvais traitement; car d’abord qu'il les vit, il en prit un pour son souper, et les deux autres s’en coururent de toute leur force vers leur vaisseau. Antiphate appela les autres citoyens, qui vinrent en grand nombre, plus semblables à des géants qu'à des hommes; et prenant de grosses pierres, ils vinrent fondre sur leurs navires; et alors il tomba dessus une grêle horrible, et il s'éleva un grand fracas d'hommes qui périssoient et de vaisseaux qui se brisoient; et embrochant les hommes comme des poissons, ils se les gardoient pour leur souper. Ulysse, tirant son épée, coupa le câble de son vaisseau, et faisant ramer ses compagnons, s’éloigna au plus vite.
Aoraslws D èc môvrov Érnpepéas qÜyE rétpac Nnôs éuñ. [Vers 13r et 132.]
Mais tous les autres périrent. Il s'en alla donc bien marri de la perte de ses compagnons, mais bien aise d’avoir évité la mort.
IDéopev, dxæyuevor ftop, ’Aopevot 2x davéroto, plhous SXécavres Eralooue. [Vers 133 et 134.]
Il arriva à l’île Æée, autrement dite île de Circé. Pline dit? que c’étoit autrefois une île, mais que la mer s'étant retirée, elle avoit été attachée à la terre ferme. Circé étoit fille du Soleil et de Persée, et sœur d’Æetas, roi de Colchos et père de Médée, aussi grande enchanteresse que Circé. Cette ville est dans la Campanie, et les Latins l’appeloient Circes domus. Ulysse demeura deux jours au port de cette île, fort affligé à son ordinaire; et le troisième, prenant sa javeline et son épée, il alla faire la découverte de l'ile. Il monta sur un tertre vert, d'où il vit sortir de la fumée au travers des arbres, et il s'en retourna vers son vaisseau pour y envoyer quelquesuns de ses compagnons après le dîner; et en chemin quelque dieu eut pitié de lui. Il envoya devers lui un grand cerf,
1. Racine avait écrit : « alla querir. » Au-dessus de ces mots, et sans les effacer, il a mis dans lPinterligne : « fit venir, » 2. Livre III, chapitre v.
SUR L'ODYSSÉE D’'HOMEÈRE. 157
üYixspwv!, qui sortoit d’un bois pour venir boire à un fleuve, car il se sentoit pris de la chaleur du soleil :
A yép uv Eyev pévos feMoto. [Vers 160.]
Il le frappa de sa javeline sur l’épine du dos, et elle entra bien avant. Il tomba sur la poussière en gémissant.
Kad D’ re” Ev xovénot paxbv, &xd D Értaro Cuuds. [Vers 163.] Ulysse retira sa javeline de la plaie, et l'ayant mise à terre, il coupa des branches d’osier, et ayant fait un lien d’une aune de long, il en lia le cerf par les pieds; et il descendit vers son vaisseau, le traînant sur ses épaules, et s’appuyant sur sa javeline : Car c’étoit, dit-il, une fort puissante bête; et l'ayant jeté devant son vaisseau, il appela ses compagnons”?, et leur parla à chacun avec des paroles fort caressantes : Mes amis, nous ne mourrons pas encore cette fois-ci, jusqu’à ce que le jour destiné arrive; mais, courage! tandis que nous avons des vivres, ne nous laissons pas mourir de faim.
Ils sortirent sur le rivage, et admirèrent ce beau cerf :
Méha yèp éya Onplov fev.
Adrèo èret téprnoav épwuevor do0auotaiv [vers 180 et 181],
ils lavèrent les mains, et se mirent à manger et à boire jusques au soir ; et quand le soleil fut couché, ils s’endormirent sur le rivage. Le matin Ulysse les assembla, et leur dit :
°Q É où yép 7’ loue 6xn Cpos, oùd 6nn AUS, OÙ 6xn AéMOS wacolu6poros ets’ brd Yatav, Oùd 67n dvvetrar [vers 190-192];
et il leur dit qu’il faut de nécessité aller voir en quel pays ils sont.
Toto dù xatexkdoün gthov frop [vers 1981,
. Vers 158.
2. Racine, par inadvertance, a écrit : « son compagnon. » 3. En tête de la page 120, qui commence ici, Racine a écrit : « Circé; » et il a répété ce mot au haut des deux pages suivantess
se souvenant de la barbarie d’Antiphate et du Cyclope; et ils pleuroient tous amèrement ; mais cela ne servoit de rien :
AD où ydp 6 mpfets éylvero pupouévototv. [Vers 202.]
Il divisa ses compagnons en deux bandes, et il étoit le chef de l’une, et Eurylochus de l’autre. Il jeta le sort de chacun dans un casque, et celui d'Eurylochus vint; il s’en alla donc avec vingt-deux autres, tout en pleurant, et [ils] laissèrent les autres, qui pleuroient aussi de leur côté. Ils treuvèrent la maison de Circé dans un vallon, bien bâtie, et dans un lieu assez éminent, ou bien dans un lieu avantageux. Elle étoit environnée de loups champêtres et de lions, qu’elle avoit apprivoisés par des breuvages malfaisants. Ces loups et ces lions n'étoient pas des hommes métamorphosés, mais des loups en effet, éoéctspou!, sauvages, qu’elle avoit rendus privés; et ils ne se ruèrent point sur les gens d'Ulysse, mais ils vinrent audevant d’eux en les caressant de leurs longues queues; tout de même que des chiens caressent leur maître quand il revient de quelque festin, car il leur apporte d'ordinaire quelques friandises, ainsi ces loups et ces lions les caressoient :
‘Qs 2° Brav auyl dvarta nôves dalrnôev lévra Zalvwo? (aiet ydp te péper petlymata Ouuoë), “Qc robe dupl Abxot APATEPUVYYES, ADÈ AÉOVTES Zatvoy [vers 216-219];
et ils eurent peur, voyant de si grosses bêtes. Ils vinrent à la porte de cette déesse aux beaux cheveux, et ils l’entendirent qui chantoit : voyez au 5. livre, p. 2°. Polites, le meilleur et le plus sage des amis d'Ulysse, dit aux autres que c'étoit quelque femme ou quelque déesse qui chantoit, et qu'il falloit appeler au plus vite : ce qu'ils firent: et Circé leur vint ouvrir la porte, et les pria d'entrer. Ils la suivirent tous imprudemment, excepté Eurylochus, qui demeura à la porte, soupconnant quelque trahison: En effet, d'abord qu'ils