‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 17 sur 89 · DB CUMDO ET D*ATROPOS · texte numérisé non relu

DB CUMDO ET D*ATROPOS

Si que par trait de temps l'eaue esclarcist

Deuint fort belle, et en fin s'adoucist,

Qui pour les gens fut vne horrible amorce :

Car sauoir faut qu'onq' n'en perdit sa force

Du fort venin portant l'eaue emmiellée :

Ains quand se (1) vint que la large vallée

De oe beau Monde eut reprins fioriture,

Plusieurs mondains d'vne et d autre nature

Par les- verds prez iouer ensemble alloient,

Kt les doux fruits de leurs amours cueilloient,

En escoutant des oiseaux le doux chant : '

Et pour aller leur grand soif estanchant,

Beuuoîent alors la liqueur argentine,

Pleine de mort et poison serpentine,

Qui deoouroh des fossez veneriques, v

Et arrosoit les,herbettes bien frisques,

Ajant sa course en plaine de luxure, • *

Qui semble douce, et puis amere et sure.

Tant fort plaisoit aux hommes et aux femmes,

Mesmes aux homs, dont ilz sont plus infâmes.

Ce tresdoux boire, et ce ioyeux bruuage,

Que maints beaux iours ne feirent autre ouurage,

Mais en la fin quand le venin fut meur, (2)

Il leur naissoit de gros boutons sans fleur,

Si tresbideux, si laids, et si énormes,

Qu'on ne vid onc visages si difformes.

N'ono ne receut si très mortelle iniure

Nature humaine en sa belle figure,

Au front, au col, au menton, et au nez : *

Onc on ne vid taut de gens boutonnez.

Et qui pis est, ce venin tant nuisible,

(1) pour : et. — PaUgrave dit que Le m met onc pour la mesure.

(2) Ces trente vers sont cités par Paquot, Mém. pour servir à l'hist. litt. des P. B. (art. Le Maire).

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