‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 19 sur 89 · LE TIERS CONTE · texte numérisé non relu

LE TIERS CONTE

Il est assez commun (1) en maints propos, Comme iadis la cruelle Atropos, Et Cupido, feirent, par cas estrange, D'arc et de troussa vn meraeilleux «échange Ainsi que tous aueugles enyures^ Et comme ceux qui ont esté naures.

Depuis ce temps par Atropos la Parque Encontre Amour ont leué forte marque, (2) Mesmes vn tas* do chanus et vioillar* On ha veu estre amoureux et gaillare, Lors qu'ils auoient la mort entre- les dens.

Cela n'est rien quant aux griefs aocidens Qu'a procuré Cupido ieune enfant, ■ Luy qui iadis estoit tant triomphant, Tous nobles cœurs faisans viure et flourtr, Par vn seul trait les ha fait puis mourir :

Et qui plus est, que io declaire arrière, De l'arc mortel ietté en la riuiere, Bir le conseil de sa mère Venus, Mille malheurs meschans en sont venus.

Desquels font foy et ample tesmoignage, Goutte es talions, et boutons au visage, Que Ion acquiert* et seulement pour boire Vn peu en l'eau trouble, obscure, et noire.

De ce Venus grandement indignée,

(1) Connu ? Ou bien : on raconte communément.

(2) marcha, lettres de représailles.

db cunto wt d'avuopos. 5T

Comblée de dueil, de desplaisir*muee,

Pour donner ordre en ce trouble malin ,

S'en est allée au haut ciel crystalin,

Ou Iuppiterde tout biens grand donneur

Est triomphant en gloire et en honiinur,

Auquel ainsi de sa diserte langue

Voulut trousser humblement sa harangue.

VBNVâ A IVPPITER

Iuppiter moat vray Dieu et mon père, Dont la vertu tout régit et tempère, Esccute moy, si en quelque saison Tu es flexible au moyen d'oraison :

le te requiers maintenant oreadroit, Ainsi .que Dieu, me vouloir faire droit :

Et comme père, ou gist vraye amitié.

De moy ta fille auoir quelque pitié, le dis pitié, ô père fcreshumain, Car si mon droit n'est porté de ta main, Toute ma ioye est nulle et esperdue, Et de mon fils l'autorité perdue, Puis qu'à ton œil toute chose est aparté,- Tu coognois bien le dommage et la perte Que i'ay receu auecquea mondit fik * Depuis le iour malheureux et preux Qu'il fiait eeehànge ayant vin de trop pats De son bel afa à oeluy d'Atropos.

Lors luy ouidant tirer ses traits ineigww, Bien empennes des plumes de mes eygues Dorez, plongea en célestes liqueurs, Pour inciter en amour tous bons cœurs Subitement, dont i'ay vn grief remord.

Il en ha mis maiuts à cruelle mort.

Page 1