LE TIERS COMTE
le congnoissant par triste et clere preuve
L arc tout mortel, le feis mettre en vn fieuuo
Duquel l'eau vile, orde, et empnnaisie,
Ûaste l'Europe, Afrique et toute Asie,
Par maladie, helas ri générale.
Que presque c'est macule originale.
Secondement suruenue au grand dam
De tous les filz jssus d'Eue et d'Adam.
A ce moyen (1) mes armes et mon nom,
Et de mon fils le triomphant renom
Passant en bruit celuy de tous les Dieux,
A toutes gens est aussi odieux,
Que d'Atropos noire furent iadis
Les traits meschans, malheureux, et maudits.
En lieu desquels, ainsi qu'il est notoire,
Iouit de ceux de mon fllz plein de gloire.
Dont elle fait triomphe de tirer,
Pour vieux chanus en amours attirer.
Que ie repute auiourdhuy vn venin
Grief et mortel au sexe femenin.
Toy ô grand Dieu qui mets tout en bonne ordre,
Ne seuffre plus vn si vilain desordre,
Le sang t'y meult, la raison t'y prouoqu<»,
Car tout bien fait doit estre réciproque :
Ayde à mon filz lequel ores t'ayda
En tes amours d'Io, et de Leda.
A tout le moins que ton décret iuste ysse,
Pour à moy lasse et luy faire iustice.
A tant finit ses dits Venus venuste,
Et Iuppiter Dieu droiturier et iuste
Luy dit, Ma fille mamie on verra.
Et meurement ma court y pouruoyra.
(I) Par-là.
DE CUPfftO ET d'àTROPOS. • 89
Lors sans delay de ce print soing et cure.
Et commandant à son héraut Mercure
D'aller sommer Atropos palle et ffede,
Pour enuoyer suffisant ambassade
Qui se rend roi t on la cité de Tours (1)
Pour bien respondre aux crimes et faux tours,
Dont Cupido et Venus gente et belle
À noient formé encontre elle vn libelle.
Venus aussi eut exprès mandement,
D'enuoyer gens de bon entendement,
Pour declairer ses tresiustos demandes,
Et requérir l'interest et amandes
Mil cinq cens vingt, le premier de Septembre,
Ses grans estats desquels ie vous remembre
Furent à Tours assignez, puis tenus.
Premièrement de la part de Venus
Y veis venir les Grâces ou Charités,
Dignes de loz par vertueux mérites.
Qui toutes trois en triomphant arroy
Eurent logis ample à la court le Roy,
Apres leur train marchoit celuy d'Hebé,
Qui me vint dire : or si tu n'es abbé.
Ou grand prélat ayant la teste raze,
le logeray auiourdhuy en ta case.
le luy accorde, et comme toute humblette
Son lict de camp feit mettre on ma ohambrette.
De suite aussi venir a chef de pièce
Veis Volupté de Venus douce nièce,
Qui feit dresser es prez de gloriette
Son pauillon," pour estre près et preste,
l) Est -ce seulement pour la rime, selon Fusage des trouvères? 20 semble être la date de ce conte imprimé en 1525 dans les aidés singuliers (Paris, Antoine Couteau.)