EPISTRE DU ROY
Mais nonobstant, selon la fortitude
Que Dieu nous donne, et veult qu'on s'y (1) employé,
Si ce n'estoit que le vueil d*autruy ployé,
Si qu'il nous fait tout le cas dilayer,
Bien ay désir ma puissance essayer
De recouurer la terre ou ta nasquis
Et ou iadis tant de louenge acquis,
Que tout le monde en parle iusqu'à ores,
Et parlera à tousioursmais encores.
Priam, iadis en ses nobles arrois, Fut renommé le Roy de tous les Roys :
Troye la grand sur la mer Hellesponte Tenoit souz piedz, la mer mai ou r de Ponte, Et Larchipel, iusqu'à la mer d'Egypte :
Car vraye histoire ainsi le nous recite. (2) Et maintenant (dont certes il me poise) Tout cela tient gent estrange et Turquoise, Gent dissolue, infidèle, bastarde, Gent toute infâme. Et pource trop me tarde Que celle terre, et de si noble estime Ne soit rendue à son hoir légitime.
Or voyons or* si la querele est iuste, De demander en bras fort et robuste, Que de ces Turqz la gent abominable, Pleine de vice, et d'horreur tresdamnable, Nous rende franche, et sans point de tribus Ta région, ou tant ilz font d'abus.
Certes ouy, cela de main en main Se peult prouuer, mieux ennuit que demain :
Ny ne me meult en rien, ce qu'ilz se disent Estre Troyens, et de ce moult se prisent Disàns qu'ilz ont contre les Grecz vengée
(1) Si f éd. 1516.
(2) Rem. la rime.