‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 37 sur 89 · DT TUTU M VBHVS. IIS · texte numérisé non relu

DT TUTU M VBHVS. IIS

Mais cependant, à fin d'estre plus frais, Reposes tous, reprenez vos haleines, Et de labeur soyes vn pen soustraits.

Refooilles vox membres et toc veines , Impossible est que toosiours arc puist tendre : Car ses forces en seraient trop veines.

Entredeux faut à volupté entendre.

Et j vaquer à l'exemple de Mars, Qui s'accointoit de Venus blanche et tendre, Et mettoit ius, eecuz, et braquemars.

FIN

COMMENT LACTEVR FVT RBBOVTE DV TEMPLE

DE VENVS.

Avx paroles de larchiprestre Genius, plusieurs personnages de ieonesse Gallicane et Françoise, esmuz et entalentez daller à lofirande, sans attendre la fin du sermon, comme pleins de foreur amoureuse, contraingnirent ledit prédicateur de syncoper sa collation (1) : car par ardeur tumultueuse et farouche, tout ainsi que silz se deussent entrebatre, chacun sauança qui mieux, mieux, tendant de baiser les reliques du temple Vénérien. Et sentrepressoient de telle sorte que lun donnoit empesche à l'autre.

Belacueil souzdiacre faisoit resoner ses grans bassins dargent, dedens lesquelz qui ne pouuoit aduenir, il y ruoit, or, argent, drogues aromatiques, et odoriférantes, riches bagues, aornemens somptueux, et toutes espèces de richesse mondaine. Les autres par grand deuotion attachoient leurs cierges et leurs chandelles aux treilliz du grand autel et aux candélabres, tellement que les clercs et ministres dudit Belacueil ne suffisoient à recueillir et esteindre les chandelles, ny à espuiser les grans vaisseaux dargent. Ien veis aussi aucuns qui y mettoient des tableaux peints de leurs naufrages et mesaduentures, pour rendre grâce à la Déesse de ses miracles impetrez -tant par mer que par terre.

Le diacre nommé Danger, qui dautrepart tenoit pied ferme, ayant vne grande et longue verge en la main, de dur mesplier, poli et plein de nœuz, dun visage rébarbatif

(1) Entretien, harangue. Cf. le vieux flamand ColUciê.

et dune voix tonnante, et redoutable, qui menassoit ceux qui sefforçoient dapprocher à main vuide, aux riches coussinets» sur lesquelz reposoient les belles images et simulacres féminins, et veneriques : Et de fait, les reboutoit rudement.

le donques tout délibéré daccomplir mon vœu ia pieça promis, & lexemple des autres, ausquelz iauoye veu faire le semblable, presentay vn petit tableau de mon industrie assez bien escrit et enluminé de vignettes, et flourettes, lequel iestimoye un chef dœuuvre, pour le planter et dédier deuant limage de ma Demydeesse. Et de fait, quand ce vint à offrir, ieuz quelque peu de faueqr du souzdiacre Bêlacueil : Car en faisant mon offrande, il me souffrit baiser les leures coralines de limage, prétendant encores la rebaiser par plusieurs fois, pour saouler ma deuotion.

Mais quand Danger le rude diacre, plein dauarice sacerdotale, eut veu que ie ne feis présent que dun peu de parchemin attaché en bois, sans ce que autrement il regardast (1) que tout ce seruoit à lhonneur et exaltatoin de la Déesse Venus, et de son temple, il*me chastia malgracieusement de sa gaule, et ietta mon tableau derrière le grand autel, sans en tenir conte, pource quil ny auoit gueres de métal, dor ou dargent pesant, ou massif, fors seulement de dorure, ou enluminure superficielle.

Voyant mon rebout et confusion, ie me reputay malheureux. Et sortis hors du Temple, plein de vergongne, tout pensif, et sans contenance, sinon piteuse et lamentable, fuyant et me destournant de la conuersation de ceux de ma congnoissance : lesquelz par grand foule occupoient les chemins de toutes pars, pour aller au sacrifice de

(1) San* autrement reconnaître.

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Venu 8. Si foi* tant, que ieschappay de la pressa, et tant erray par mes fournées snr mer et sur terre, que ie paruins en vne merueilleuse solitude : cestadire, désert, stérile, pierreux, areneux, et tout eremitique, là on neantmoins ie trouuoye aucuns pas humains, imprimes en la sabkmniere seiche : non tant que ce peust sembler grand trac, ou chemin ferré, mais toutesuoyes il donnoit consola* tion à ma tristeur, espérant que ie paroiendroye A trouuer aucune chose estrange, merueilleuse et antique, dont ie mm curieux. Ce qui maduint, comme vous orrez cy après.

Apres lointains voyages et erreurs plus que vagabondes, et après plusieurs périls et naufrages eschappez, pource que ie me destonrnoye vne fois deçà, autrefois delà par lignoranee des sentiers, comme celuy qui mieux aimoye mourir en lien estrange et incongnu, que tiare en dérision de mes voisins. Finabiement iappereenx vn Rocher trèshaut et tresmerueilleux à regarder pour sa diuersité. (l)Car son chef sesleuoit par dessus les nues : et au pied diceluy , comme on pouuoit ooniecturer par semblance lointaine, pouuoit estre imaginé aucun peu darbres et verdures. Si tiray celle part, pensant que illeo parauenture ie trouueroye quelque réfrigère deaue, ou de fruitage, pour estaneher ma grand soif, qui causée mestoit par le train labourieux de la terre sablonneuse, et par euaporation de sueur altéra* tiue, et expiration dhaleine.

En cest espoir et désir, oubliant mon trauail, par affection de nouuelleté, ie ne me donnay garde, que iapprochay le pied du Roc, lequel estoit reueetu daucuns buissonnets, mais cler semei, et non pas du tout suffisans pour donner ombrage, et encores moins fructueux. Si nestoient peuplât

(1) t. e. singularité.

fors de menus lezardeaux, et autres bestioles nommées cigales, dont le chant enroué faisoit resoner lair de toutes pars. Neantmoins ie y cueillis aucunes meures et framboises Yerdes, dont làigreur estancha quelque jteu laite ration de ma bouche.

Or estoit là Roche esehauffee du Soleil Méridional, si droite, si scopuleuse, et si difficile à monter, que ie ne men osay onques entremettre, ainçois alloye enuironnant(l) son circuit. Souhaitant par grand seing, que ie pousse recouurer quelque sourse de fontaine. Laquelle chose après grand trauail iobtins heureusement, et paruins en vu lieu solitaire et ombrageux, qui estoit le creux du Rocher large et ample, reuestu de mousse et autres herbes aquatiques, duquel sourdoit vri petit ruisselet argentin, enuironné dun peu darbres, de fueillure escharse. Si massis sur la riue pelée, et non gueres herbue, puis menclinay et puisay de leaue dedans mes palmes creuses. Si buz de celle belle liqueur refrigereuse» et en lauay la tueur de ma face.

Et quand ieus mes esprits recrées et remis sus, il me sembla bien, pource que le lieu estoit séparé de la noise du monde,, que cestoit va désert espouuentable, uentureux et danciennes meftieilles, et comme vn lien hanté de Nymphes ou dautres esprits incorporel. Si dressay là yétte pour regarder la région circuniacente : et si parauenture il y auoit là en tour chose aucune digne de mémoire. Finalement ma curiosité ne me deceut point : car du posté dextre de la fontaine, ie trouuay entaillé en la roche, de graueure antique, ce qui sensuit.

(T) I. €. faire le tour. Cf. le ▼. français cerchir.

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