LA DESCRIPTION
Se dit nature, estendant les branchettee
De» arbrisseaux, quand ils sont en leur seue.
Nature donc, de ses mains tant doucettes Ne fait que tistre, et peindre, et labourer A faire fleurs, arbres, hommes, et bestes.
C'est pour le tout Vniuers décorer.
Et puis Venus, par ardeur indicible, Les fait trestous ensemble énamourer.
Dame Venus employé son possible, A tout conioindre en amour melliflue, Leur propinant vertu concupiscible.
A toute beste vtile, ou superflue, Elle consigne vn esguillon d'amours, Et vn désir sensuel leur influe.
Mais sa cure est principale tousiours Sur les humains : ausquelz ses grâces donne, Au beau printemps : et en leurs ieunes iours.
Si doaques or', tout animal s'adonne D'amours seruir, de Venus mercier, Ainsi que Dieu, et Nature l'ordonne,
Que ferez vous, qui pour approprier Bien voz hauts noms, estes tous Demjdieux, Et qui sauez le bien du mal trier î
Saints animaux, la semence des cieux, Hommes prudents, esperits raisonnables, Et qu'entre tous, Nature ajme le mieux :
Serez vous point aux hauts Dieux seruiables. Dame Venus, l'honiiorerez vous point Gomme ses serfz, deuots et amiables ?
Si serez dea, Nature tous y poingt :
Et mesmement en ce doux temps vernal, Auquel estes, gays, frais, forts, en bon poinct
N attendez point le froid temps hyuernal, Auquel serez destituez de forces.
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Et da vigueur perdrez le gouuernal.
En oe tempe là; voz ridées escorces De grand vieillesse, aspres seront et dures : Et vos branches, inclinées et torses.
Lors Vulturnus, et ses noires froidures, Cifflans, bruyans, tous feront eseroler, Flastir, fener, roz fleurs, et voz verdures.
Lors verres vous, vos fueillettes voler, Vos bruns cheueuz semez de neige blanche, Et voz hauts troncs, desnuer et peler.
Si vous faudra appuyer, tige et branche.
De bastonneaux, et autres sustentacles, Que vent aucun ne vous tombe ou desbranohe.
^ Voz jeux rouillez, trouueront pour obstacles Larmes sans vueil, auec mailles, et teilles : (1) Qui sont de Mort assez prochains signacles.
Plus n'y aura d'humeur dedens voz moitiés, " Fors distillans catarrhes, et roupies, Le chef baissé loing du cours des estoilles.
Vieillesse grieue enuoira ses espies Tremeur, Langueur, Infrigidation, Dont vos vertus (2) seront fort assoupies :
Car par leur fort, et congélation.
Tout vostre corps sera froid comme marbre, Farsi de goutte, et d'autre infection.
Voz membres or*, plus prests qu'vn Candélabre, Seront alors, non mouuans, non dressables, Et pourrira le fin cœur de vostre arbre.
Pour vous guinder, il faudra bien cent cables, Plus ne voudrez sinon au feu croupir :
1) Cf. le diminutif toilette (membrane), terme de boucherie et le >vençal telita, pellicule.
2) c.-à-d. énergies.
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Tant serez vous, morfondus, misérables.
On tous verra, tous froidureox tapir, Sous peilissons, souz chaudes vieilles nattes, Tout sans, oraohans, et iettans maint soaspir.
Si tiendrez lors voz ries pour ingrate*.
Quand vous verrez toz forcée deperies, Ayans regret aux iuueniles actes.
À yans deepit, qu'aux plaisances flories D'adolescence, et de ieunesse heureuse, Reoreus serez, et toz liqueurs taries.
Et maudirez l'obsoureté ténébreuse (1) De l'asge triste, odieux, mat et sombre, Vieillesse crue, offensant, quereleuse.
Et si ferez veux, et souhaita sans nombre, Tondans à fin, de vous raiouenir :
Mais c'est pour néant, car trop grief est leacombfe.
Trop est grief fais, que de vieux deuenir, D'auoir passé le ioly temps d'Esté, Le riche Automne, on n'ha nul reuenir.
Plus ne serez, ainsi qu'aurez esté, Dont plourerez, et moult vous poisera, Voir vostre cours par vieillesse arresté.
Chacun de vous alors s'accusera, De ses beaux iours perdus et oublies, Et ses genoux de pleur arrosera,
En requérant à deux genoux pliez, Mercy aux Dieux, et Venus la Déesse, Par qui tous biens nous sont multiplies.
Mais tard sera : Car iamais en vieillesse Venus n'ottroye à personne pardon, Qui n'aura fait son deuoir en ieunesse.
Et puis Amour, qui est nostre guidon,
(I) Pour avoir le ver*, 1516 et 1528 ont : riicurté.
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De l'autre part tiendra poup grieue offense, Vn tel mespris, de son dard et brandon.
Nature aussi, qui roat propine essence.
Estimer* le défiant trop énorme, , D'acquiter mal si belle adolescence.
Et ouHreplus, ie vous dis et informe, Que ie qui suis vostre chef souuerain, Corydamneraj vostre erreur si difforme.
le Genius, grand Primat primerai? .
De tonte Gaula, et de mainte autre gent, Vous choisirajr du premier au derrain. (1)
Et s'il s'en treuue aucun si négligent, Qo/en son temps n'ajt seruy Venus sa dame, Il en mourra de pardon indigent : (2)
Et sera dit ^natheme et infâme.
Forclos, d'aller aux beaux champs Eljsees, Ou le siège est de mainte benoite ame.
Mais pas ne oroj vos hautesses prisées.
Si regimbana encontre resguillon t Si peu sauans, ne si tresabusees :
Car quand Amour, plus gay qu'vn papillon S'adresse à vous, bendant son arc d'iuojrre.
Point ne deues euiter son raillon. (3)
Son rulnerer tous est triompha, et gloire Sa plaje inflicte, est pour tous honnorer, Et anoblir vostre nom et mémoire.
Par ainsi donc, deuez vous adorer Dame Venus, et Cupido son fllz, Et à leur vueil du tout optemperer. (4)
(1) c.-à-d. examiner, discerner.
(2) c.-à-d. ayant besoin de pardon, latinisme fréquent dans Lemaire.
(3) espèce de flèche, d'où raillonnade, le coup de cette flèche. Cf. hieange v° Raille.
(4) obtempérer (1516 et 1528).
110 hk BMCMVVMI.'
Bft 06 dénote deuez estes oonfits, hommes clercs, nobles adolescent, De tous les biens de nature assoufis.
Louez vos cœurs, desptajes cy toi 9êêm, Mes chers enfans que ie Tneil introduire, Et m'adresses vos beaux jeux relucens.
le suis celuj, que Dieu ha fttit reluire En haute essence au reng des Demydieux, Pour assister aux hommes, sans les nuire,
Genius suis, Vous suiuant en tous lieux Pour vous semondre, et tous persuader, Ce que ie scaj qui vous affiert ie mieux. (1)
Crée ie fus, pour vous duire et guider.
Pour procurer la rostre geniture, • Et au surplus vous deffendre et garder.
Ma substance est de haute intellecture.
Gomme vniforme à noblesse angelique :
Et mon Ultre est, vraj amj de Nature.
Mon géniteur, céleste et deîfique Se dit Mercure, éloquent, prompt, et sade, Le Dieu d'engin, et de toute trafique.
Et ma mère est, vne Njmphe Naïade Nommée Lare, à Venus*pedisseque, Fort domestique, obséquente et non fade.
Or suis ie donc le moteur extrinsèque, Qui voz plaisirs tous addresse et auance.
Et toz ennuys tous recule, et résèque. (2)
Si pouuez Toir, sans nulle deeeuance, Comment ie suis vostre vray gardien,
(1) C'est l'idée psjenne du génie tatélaire d'une personne, d'une localité, d'une chose quelconque.
(2) de nsecare, trancher, retrancher, abréger.
DT TWÊÊMM M TOITS.
Gnuid Paranymphe, et tout plein de sanance. (1)
Car mon labeur, mon train eotMien, Est tous instruire, ainsi que le Toyez, Principalement, en lart Vénérien,
Auecqnes vous quelques part que soyet, Tousiours ie suis, et ay prerogatiue De TOuÉ instruire, à ce que me croyez.
Vostre penser, rostre knftginatiue Sont sous ma k>y : car i'en scay les secrets Et aussi est la force genftiue.
A Genius toz fronts sont consacres, Vos beaux semblans, toutes roz bonnes chères, Vos dits plaisans, toz mots doux et sucres.
Vos yeux gentils, et toi plaisans manières, V02 ris, voz chants, toz faits ingenienx, • Souz Genius obseruent leurs benieres.
Tons malpisisans, tous auaricieux, Ne me sont rien, ne sots, ne coquibus :
Mais les frians, libéraux, gracieux.
Et ceux là sont, qui me doiuent tributs Gomme Gentils, Biencomplexionnez, Sanguins, ibyeuï, sans fraude, et sans abus. (2)
La raison est, pôurce, qu'ils sont bien nez, Sous l'horoscope, et regard Venerique, Ou que d'eux mesme, ilz s*y sont façonnez.
Leur oraison, est pure rhétorique, Leur liesse est, propice et géniale, Et leur attrait, amoureux et lubrique.
Leur façon est, humaine, sociale,
(1) scavence en 1516 et 1528, scieace, savoir, expérience. — Cf.
Ducange ** Satirum et ScientMis. \ -,
(2) cf. l'anglais Stuguine, ardent, vif, confiant. î,
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Sauant (1) sa court, tresbien moadanisant, Et lemm habite, degorro sgeoiaJe. , (2)
Tels estes vous, A peuple reluisant, Peuple de Gaule, aussi blanc ooqyn* laiot, Geat tant courtoise, et tant propre et doisant.
François fatiis, francs, fort, fermes, au tait Fins, frais, de fer, féroces, sans frayent, Tels sont von noms, oonoordaas à l'effact. (3)
Peuple hardi, de périls essayeur, Illustre sang, Troyenne nation.
Non espargnant son sang ne sa sueur.
Neueux d'Hector, enfans de Franoion, ' Qui sur les borts du grand fieuue Dunoe Fonda Sioambre, et y feit mansion.
Vostre haut loe, en parfond honneur noue, Vostre nom cler vole iusques aux cieux, Mydi vous craint, Septentrion vous loue.
Tout Occident, tous Orientaux lieux, Indes, Persans, Scythes, et Parthes soaiuent Que vous estes les bien voulus des Dieux.
Vos clers penons en Asie se lienent : .
Les Turqz ont peur de vostre bruit et famé, Bt vos fiertés redoutent et esohieuent. (4)
Grèce ha fiance en Tardant Auriflame, Qui d'iceux Turqz les yeux esblouira, C'est tout f espoir qu'elle attent et reclame.
Vostre hauteur de ce l'esiouira Dedens brief temps : car i*en voy les appreats, Dont vnchacun vostre nom bénira.
(1) Scavant (c.-à-d. sachant) dans les autres éditions.
(2) de parure, de richesse.
(3) Allitération digne de Molinet.
(4) A propos d'une nouvelle et vaine promesse de croisade.