‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 51 sur 89 · PLAINTS STR LB TRB8PÀS DE FRT · texte numérisé non relu

PLAINTS STR LB TRB8PÀS DE FRT

Escrits, dittez, gestes, ioyeusetez.

Largesses, dons, biens, gracieusetez, Sauoir, auoir, vouloir, inuention, Humilité, franche condition, Bonnairetez, amitiez, leautez, Attraits i oyeux, honnestes priuautez, Chants triomphans, diuers sons d'instrumens, Cheuaux, harnois, bardes, accoustremens, Dont fut garni ce peu de temps passé, Qu'au monde eut cours, le noble trespassé, Et tous les biens, qu'on sauroit mettre en fait D'rn gentilhomme, accompli et parfait, Tout ce qu'on peult de la bouche exprimer, Coucher ou liure, escrire ou imprimer Fut prononcé par le Dieu d'éloquence, Dudit defunct. Et pour la conséquence, Dist qu'à bon droit, les neuf Muses auoient Tenu propos, comme faire deuoient.

Et pour chasser feintes illusions, En adhérant à leurs conclusions, Prioit la court ce cas vérifier,.

Pour procéder à le déifier, En luy donnant, selon le sien mérite, Digne loyer, que parfait homme hérite.

Si fut conclud, sans nulle résistance, Et décrété, par toute l'assistance, Qu'il meritoit estre canonizé. (1) Dont commanda le Roy, qu'inthronizé Fust au mylieu des beaux champs Elysees.

Muses adonc furent tost auisees De desloger, et aocoustrer leurs aelles, Pour fendre l'air, les Dieux auecques elles,

(1) Etrange amalgame d'idées !

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Nymphes aussi. Satyres eurent charge Porter le corps, qui gueres ne les charge.

De grand plaisir, toute la compaignie Print à chanter, par si douce harmonie Hymnes, motetz, cantiques, et louenges, Que proprement pensoye ouyr les Anges, Tant la douceur estoit mélodieuse.

Lors Iuppiter, en splendeur radieuse, Choisit son vol, chacun suiuant son erre.

Mais au partir, si grand coup de tonnerre Feit esclater,. que tout soudainement le m esueillay : car il fut véhément.

Au resueiller engregent les douleurs. (1) Triste pensée assembla pour renfort Diuers regrets, plaintes, souspirs, et pleurs, Qui derechef abatirent les fleurs De mon plaisir, par furieux effort.

Combien depuis, espoir reprint confort, Disant qu'au vray se pourroit designer La vision, et repos assigner Au trespassé, allegant pour raisons, Biensfaits, vertus, et saintes oraisons.

Or est il mort, las cest mon : (2) mais comment ? Il estoit ieune : et de si belle taille.

S'on dit qu'il soit laschement mort, on ment. Il fut occis, combatant vaillamment En aspre, dure, et tresforte bataille.

En tel strepit, on rompt, trenche, et détaille ïambes, cuissots, dos, ventres, bras, et testes. Doux temps viendra, après telles tempestes :

(1) Joli vers.

(2) C'est donc vrai !

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Mais cest vn dueil, qui le oœur ronge et mort, Considérant son amy estre mort.

Doit estre mis en nonchaloir descrire L'acte dernier de ses faits valeureux ?

Trop suis perplex, et affligé d aigre ire, Pour le sauoir suffisamment descrire :

Car certes c'est vn cas fort douloureux.

Aduint ce iour, que francz cheualereux Eurent à sang, leurs forces disposées, Pour ennemis combatre à reposées :

Ce vaillant corps aux coups s'exposa tant, Qu'vn œil luy fut crevé en combatant.

Apres ce coup, eut il lasche et vain cœur ?

Las non, cela redoublerait mon dueil :

Mais comme preux, et hardi belliqueur, Suiuant bruit, loz, tiltre, et nom de vainqueur, Hors du conflict il se feit bender l'œilj Puis vers les coups tourne, de son franc vueil, Et là querant palme victorieuse, Clouit le pas de sa mort glorieuse.

Tous nobles cœurs, ce fait doit demourer En voz escrits, pour le remémorer.

Abbé Danton, et maistre Iean le Maire, Qui en nostre art, estes des plus experts Ouurez l'archet de vostre riche aumaire, (1) Et composez quelque plainte sommaire, En regretant l'amy qu'ores ie perds.

Prenez pitié des ennuys si appert*, Et supportez le dueil, de vostre proeme.

Secourez moy Bigne, et Villebressine, Iean de Paris, Marot, (2) et De la vigne,

(1) area, coffret, trésor.

(2) Il s'agit du père de Clément, le collègue de J. Le Maire. André de la Vigne est aussi un des poètes de la reine Anne de Bretagne.

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le ne puis plot, à peine escrire igné.

Mère piteuse, ô sage, et noble dame, Cessez voz pleurs, cessez de lamenter, Voz larmes font petit secours à l'ame :

Quant est du corps, il gist souz triste lame, Plus ne s'en faut douloir, ne tourmenter.

Faites prières, à fin de l'ame enter Là sus au ciel, luysant et radieux, A. Iuppitcr, souuerain Dieu des Dieux.

C'est nostre Dieu, et benoit créateur, Iettez vers luy, les jeux de vostre cœur.

Ha chère espouse, à quoy pensez vous ore, De double dueil estes vestue, et ceinte :

Gardez que mort ne périsse, et déflore ' L'arbre et la fleur, si que le fruit deuore.

Helas, on dit que demourez enceinte, le prie à Dieu, et à la Vierge sainte, Garder de mal, et la mère, et l'enfant.

Mon cœur soustient si grief dueil qu'il en fend Si vous auez ainsi perdu le père, Aumoins viura l'enfant, ranime f espère.

Petit enfant qui es encorda naistre, Ton defunct père à toy se recommande, T'admonnestant, que quand seras ep estre, Et qu'auras aage assez pour te congnoitre, Tu prennes cœur d'accomplir sa demande.

Par moy te prie, et ces mots exprès mande, Qu'acquières bruit de vertueux renom ; Si feras viure, et reflourir son nom.

le croy qu'en toy aura vertu, et grâce, .

Veu qu'es extrait, de si tresbonne race.

Et vous sa sœur, belle petite fille, Ieune orpheline estes, et en bas aage, Dont ne goustez le grief dueil qui exile

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