DU DE81RÉ
Dresse vn petit an Zodiac la vctte,
Voy vn Lyon à la crigne houssue
En champ d'argent, tout cler et tout vermeil :
La quelle il ha redoublée et fourchue,
Dessus respaule ha vne croix tissue,
Qui de Sauoye autresfois est yssue,
On la void luire ainsi que le Soleil.
Ce grand Lyon de haute renommée,
Est mis au lieu du Lyon de Nemee,
Qui d'Hercules fut vn noble trauail.
Près de Virgo la belle tant aymee,
Qui bien soutient doit estre réclamée
En tous besoins, par toy et ton armée :
Car d'elle vient vn secours non pareil.
Lyon rampant en hauteur triomphale, Âymant le sang d'origine Royale, Laissé nous as pour vn appel humain Que t'ont fait deux regnans en haute salle, Dont l'vn portait autorité Ducale, Des Bourbonnois la gloire principale :
Lautre estoit Roy ton feu cousin germain. (1) Ces deux icy t'ont semons au conuiue Des biens du ciel, et de leur sourse viue, Et À cô t'ont chacun tendu la main.
Cest pour monstrer qu'ilz veulent que tu viue Immortel homme, et que ton nom s'escriue En lettres d'or, en quoy faisant on priue Enuie et Mort de leur sort inhumain.
En ce, ces deux t'ont à ce, main tendue, Et ont tant fait que ton ame est rendue Es mains de Dieu ton tuteur et mambourg.
(1) Le duc Pierre II de Bourbon et le roi Charles VIII. La mère de Lignr était Marie de Savoie. V. plus haut.
Vn autre encor qui vid en spheca ajdua^ (1)| Y ha plus peu par aa grâce es tendue, Pour propre sang et vraye amitié dette, Cest le benoit Pierre de Luxembourg.
Celuj si t*ha trait en ceste pourpriae Que brief penaoye, et fut la tienne emprise Faire honnoçer en cité, ville et bourg, Comme vray aaint que chacun ayrne et prise :
Canonizé du Pape et de l'Eglise, (2) Pour exaulcer, oultre aa gloire acquise, Le nom des tiens aux armes de Lembourg.
Nobles acteurs, mon seul espoir vnique, Qui compilez ou histoire ou chronique, N'oubliez pas de coucher par escrit, Que la Mort brune au regard Gorgonique, Et faulse Enuie horrible et Plutonique, En cuidant faire vn grand exploit inique, Ont mis au ciel vn tressublime esprit.
Le corps pourra bien retourner en cendre, Mais le renom ne peult en oubli tendre :
Car nul bienfait iamais ne dépérit.
Pourquojr vueillez sans longuement attendre, Tant labourer, et à ses uns prétendre.
Que du bon Conte on puist le loz entendre, Qui par tout siècle en triomphe fiourit.
Vueillez en oultre à toutes nobles dames, Dont le grand pleur esteindroit maintes flambes Persuader de leurs pleints abolir :
Car celuy qui les ajmoit sans nulz blasmes, Resplendit or' auec les Saintes âmes,
(1) cf. Arduus œtker.
(2) Pierre de Luxembourg Ligoj, chanoine de N. D. de Paris à 10 aus, évoque de Metz et cardinal à la cour d* Avignon, mort en 1387.
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Et ha telz bien que pour mille Royaumes De leur possesse il ne voudroit saillir.
Aussi direz aux gentes damoiselles, Que le cler teint de leurs faces si belles Ne vueillent plus par tristeur appallir * Car leur aymé leur mande pour nouuelies, Qu'il est au ciel, et là prie pour elles, Et qu'il y void maintes nobles pucelles Tousiours en fleur, sans jamais enuieillir.
Et pour finir les termes ou nous sommes, Il est certain que dueil n'y sert deux pommes. Par ainsi donc. Vous mes clers orateurs Faites l'entendre à tous bons gentilzhommes, Qui pour ce cas de regretz font grands sommes, Et mesmement à ses amis et proemes, (1) Sans oublier ses loyaux seruiteurs.
Car si Nature en est de douleur teinte, Le ciel s'en rid, et en ha ioye mainte, Veu qu'il est or* de ses habitateurs.
Mais quant au dueil dont Nature est esteinte Se ie n'y ay bien peu donner atteinte, Vous parferez du Désiré la plainte, Pour contenter les nobles auditeurs.
LACTEVR.
A tant se tout Rhétorique la précieuse perle mondaine, et laissa toute lassistence présente ainsi que sjuspense entre cessation de pleurs, et renouuellement de souspirs. Si sembloient estre trestous presque demy persuadai, mais non encores du tout esbranlez de leur doleance. Car leffiç*ce •
(1) proches.