‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 63 sur 89 · PIN · texte numérisé non relu

PIN

SBNâUrr LOOGASION ET MATIBRB DO RECENT ET

NOUUEAU •

SAVFCONDVrr

donné de fUin vouloir par le Souldan, au* euHeU en Aof. treeehreetien, tant pour aller en pelerinafe au eaini Sèputàre, comme trafiquer marthandement eu M terrée et eeiçneurie*

Doultrener.

En ceste petite dernière particule, qui œaclura, tout* lcMwre présente, ter* monstree k tierce différence : Costa-* souoir du Souldaa au Pape moderne, quant à laffectioa quil ha au Roy tresch restiez, Ldys douiiene heureuse» ment régnant* et à tout le bien publique de Chrestieaté. Pour laquelle chose faire, il fout vn peu remémorer' la. victoire de messieurs les Cheualier* de Rhodes : laquelle ils obtindrent lannee passée contre les «gens dudit Seuldani et du Turc : car d* ce, procède la fondation dudit Saut conduit, qui est presques chose miraculeuse, et redsad* à; grand honneur et gloire dudit seigneur Roy treechreetiea.

Lan passée qui fut mille cinq cens et dix, an moyé d'Aouet, la tresnoWe et tresualeureuse Cheaalerie de saint Iaao, de Rhodes, laquelle est le bpluert, et fort anantmor de Chrestienté deuers les parties d'Orient, comme elle ha accoustumé de faire tous les ans, mit sus vne bonne anqee sur mer, pour résister aux nouuelles emprinses du Turc et

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du Soûl dan. Lesquelz combien que de tous temps ilz soient ennemis lun de lautre à cause de leurs seigneuries frontières et limitrophes, non pourtant, pour crainte de lalliance et confédération des Princes Chrestiens, faite et iuree à la paix de Cambray, laquelle estoit directement contre eux (si Dieu eust voulu que le chef de la ligue eust charié droit) iceux Princes Orientaux, Turc et Souldan, sestoient aussi ralliez et contrebendez entre eux : et apoient conspiré de destruire premièrement Rhodes, comme celle qui trop les grieue, et assubiettit.

Pont pour mettre leur intelligence à effect, le Turc Pazahith Othuman à présent régnant, . auoit enuoyé au Souldan lun de ses fil; noqamé Çourconçy, (1) aaec toute fourniture dartillerie, de harnois de guerre, de ferraille, de nauires, dancres, et autres choses pertinentes iusques & suffisance» pour armer cent galères : et le Souldan de sa part, faisoit grosse diligence de mettre la chose en train. Mais pource que le pais d'Egypte est diseteux et stérile de boys et de grands forestz, et que ledit Souldan ha vn autre quartier de païs en SuHe, là ou il croit abondance desdites matières de fustaille et mesrien, souz ombre dune paix et appointement qu'il disoit auoir auec monsieur le grand maistre de Rhodes, iceluy Souldan feit equipper vingtquatre ou vingtcinq voiles, que Fustes que Barches et Gallions, tresbien armez et empauaisez à la mode de pardeça, et tresbien fournis de traict à pouldre ; et sur icelles enuiron deux mille combatans que Turcz que Mameluz. Desquels estaient chefz et conducteurs ledit Courconcy, filz du Turc,

et vn autre capitaine pour le Souldan. Si chargèrent leurs-

(1) Corcad, dépossédé par son frère Sélim I er .

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dites Fastes, de boys pour faire nauires, de lin pour faire voiles et cables, et darcz Turquois et de fl esches.

Or sachans lesdits seigneurs de Rhodes, que cecy se dressoit au desavantage de leur religion, et de toute la Chrestienté, ilz se délibérèrent dy obuier par bon moyen. Et de fait, quand ilz virent leur opportunité, enuahirent et enuestirent courageusement lesdits nauires du Souldan, estans chargées au port de Iaffe, tellement que après grosse et aspre bataille, qui fut le vingtetunieme iour d'Aoust, mille cinq cens et dix, lesdits seigneurs de Rhodes demourerent maistres et vainqueurs. Le capitaine des gens du Souldan y fut tué. Le filz du Turc fut contraint dabandonner ses nauires, et se ietter en terre auec la reste de ses gens : si se sauua à la fuite. Parquoy grand honneur en aduint à messieurs de Rhodes : après laquelle victoire, ilz sen retournèrent triomphamment à Rhodes, et amenèrent les nauires chargées desdites despouilles, des ennemis de nostre foy.

De ceste perte ha esté le Souldan si tresdolent, que après le conseil tenu auec ses Satrapes et Mameluz, il feit premièrement prendre, enferrer, enchainer et emprisonner, tous les marchands Chrestiens estans en Egypte et Surie, iusques au nombre de mille personnes, et tous les religieux du saint sépulcre de Hierusalem, et des autres lieux sacres de la terre sainte. Et iusques à ores les détient en estroite garde.

De son premier motif, et de chaude choie, il ordonna de faire ruiner et démolir le tressaint monument de ibsvs christ. Toutesuoyes depuis il se modéra, et refréna, pour lhonneur et contemplation du Roy, par les prières et exhortations du Consul de la nation Françoise, nommé Phe-

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lippes de Parées (ou plustost, par le vouloir de Dieu toutpuissant qui luy changea le courage) parquoy il ha fait seulement murer les saints lieux iusques à ce quil ayt response du Roy, touchant cest affaire, auquel il ha enuoyé vn ambassadeur, non pas infidèle, mais Chrestien, natif de Ragouse en Dalmace, homme de belle et honneste représentation, auecques ses lettres escrites en langage Arabie, dont la substance est telle : Que ledit Souldan présentement régnant, nommé Abymazar, Causer, Elgaury, (1) donne an Roy treschrestien Loys douzième le domaine et gouuernement du saint sépulcre : et le veult sans plus retenir au nom du Roy , et semblablement tous les autres lieux sacrez : et iceux faire ouurir, consigner et deliurer es mains des ambassadeurs que le Roy y enuoyera, pour estre gardez et tenus par telz religieux quil plaira au Roy députer à ce, et ordonner den prendre la possession en son nom. Et pour ce faire, le Souldan par sesdites lettres ha donné Saufconduit grand et ample.

Lequel Saufconduit le Roy ha fait publier solennellement à son de trompe, en sa cité de Lyon, durant le temps de caste foire de Pasques au moys de May, lan mille cinq cens et onze, par deux officiers darmes : presens ledit ambassadeur du Souldan, et Montioye, souuerain Roy darmes de France, qui de son propre nom sappelle messire Gilbert Chauueau, Cheualier créé de la main de Lempereur, et seigneur de Vomeaux en Bourbonnois, et Baron de Hypsala, en terre ferme de Grèce, homme de grand port, éloquence, et audace. Lequel ledit seigneur Roy, ha ordonné pour aller en ambassade deuerâ le Souldan, et faire ouurir

(l) Le sultan Malek el Achraf Aboulnasr SaifecMin Qantou el Ghourjr a régné de 1501 à 1516.

DOlOli PAR ÏM 80CLDAR. 916

et desmurer le saint Sépulcre, et les autres lieux sacre* : et en prendre la possession au nom de la treschrestienoe couronne de France : et ouurir du tout le passage doultre* mer pour les pèlerins et marchands, lesquels y pourront dorenauant fréquenter seurement, au tresgrand honneur, prouflt et consolation du Roy, et de toute la nation Françoise, et Gallicane, voire de toute Chrestienté. Et ny ha nul qui ne sen doiue resiouyr, sinon les Vénitiens, lesquels souloient auoir ceste prerogatiue, et maintenant ils en sont forclufe et aliénez par leurs démérites.

La grand nau de Rhodes, qui est preste à lanore* au port de Toulon en Prouenee, fera ce premier voyage, et y pourront aller marchands et pèlerins souz la sauuegarde du Roy* protection de messieurs de Rhodes, et conduite dudit seigneur Montioye : lequel saura bien guider cest affaire par grand prudence, comme oeluy qui non seulement ha eu tousiours bonnes et honnorables ooinmissions de par le Roy son maktre, enuers presques tous les Princes Chrestieris, mais aussi enuers le Turc infidèle» Pazahith Othuman, Empereur de Grèce et de Trapezonde, Roy des Turcz, de Natolie et d'Arménie, lan de grâce, mille quatre cens quatre vingts et dixneuf» De laquelle ambassade il rapporta honneur et prouflt, comme il fera si Dieu plaît de ceste ey.

Les Mire* que ledit Souldan, nommé Ahymazar Causer, Elgaury, Boy des Egyptiens, Arabes et Acariens, baille a» Boy tresekrestien par ses lettres, sont telz, et la /orme dm Sauf conduit ainsi quil s ensuit. (1)

A la présence du Roy exalté et magnifique, combateur tresfort et tresnoble, Loys de Valois, deffendeur des Royaumes de la Chrestienté, NobUitateur de la Loy Chres-

(1) Hagareni, nom byxantin des n 15

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tienne, Exaltateur du peuple Chrestien, Sage en ses Royaumes, Deffendeur de ses vassaux, Gardien de la terre, et de la mer, et des citez et ports, Seigneur du Royaume de France, et de Bretaigne, et autres prouinces qui sont souz son domaine : Iustificateur de la Loy et du Baptesme, sanctifié par dessus les Roys et Sou ld ans, Dieu le maintienne, auec sa noblesse, et garde sa personne : et luy baille puissance auec bon moyen de radresser les choses gastees, et le conserue en sa bonté accoustumee.

Va, lettre présente, pour luy faire participation de tout bien en conseruation : Et quil luy plaise accepter nostre beniuolence, que luy faisons sauoir, ce qui nest point absent à son intelligence.

Laseureté que (1) de nostre saint vouloir ha este concédée à la nation des François dedens noz ports en gardant leurs biens, leur ottroyant de vendre et acheter. Etdefiendant (2) à tous ceux qui les pourroient oflèndre, et à leurs Consulz, honnorez auec toute libéralité. Principalement au Consul •honnoré, reueré, et à nous prochain, Phelippes de Parées : et que au dessusnommé auons concédé honneur abondant, et nul semblable ha esté permis en nostre temps.

Et combien que par le passé la nation Vénitienne fust estimée enuers nous, plus que toutes autres Chrestiennes, en vendre et acheter, neantmoins depuis que ledit Phelippes Consul honnoré, me feit entendre le différent suruenu entre la présence de vostre sérénité, et lesdits Vénitiens : et la voulenté et beniuolence de vostre sérénité enuers nostre sainte puissance, désirant agrandir lamitié entre nous : (3)

(1) que n'est supprimé que dans Yèà. 1548.

(2) offendant ( 1 548) ; défendre ( 1 528) .

(3) agrandit lamytie entre nom (1528 et 1533).

DOimft PAR LE SOULDAlt. 817

pour telle cause, auons eslu ledit Consul honnoré, par dessus 1m Vénitiens et tous autres. Et luy auons concédé priuilege de paix, an ses paroles. Ce que nul Chrestien nha iamais eu.

Concluent de cette iemUre particule, et de toute lœuure.

Grands merueilles différente» voyons nous en nostre temps. Voylà le Souldan Abymazar Sarrasin, qui se monstre tant gracieux et tant beneuole, et donne au Roy treschrestien le tiltre de la conseruation du saint sépulcre : et ouitreplus, saufconduit, seuretô et grans priuileges aux subietz de la couronne de France. Et le Pape au contraire, las maudit et excommunie à tort. et par grand ingratitude. Le saint sépulcre ha autresfois tant cousté dargent et de sang des Chrestiens à recouurer, et maintenant on le présente pour néant.

Le chef de la loy Mahomethiste ne demande que paix, après quon luy ha fait la guerre. Et le Primat souuerain de nostre église, se treuue tant rigoureux et mal traitable, quil ne se veult déporter ny abstenir des armes, et deffusion de sang humain. Mesmement après quon lha restitué en possession de paix et de tranquillité du patrimoine ecclésiastique, sil y eust voulu demourer : et quil en ha esté requis tresinscamment, de la part de tous les Princes Chrestiens.

Lempereur Maximilian (comme iay fait mention en vn autre traité) ne désire fors' entretenir la sainte ligue et confédération iuree (par la paix de Cambray) auec ses frères, les autres Roys Chrestiens, pour se bender contre les Tarez. Le Roy catholique Dom Fernand d'Arragon (comme on dit) fait merueilleuse preparatiue de passer en Afrique

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à grand puissance, contre les Mores et la gent Sarrasine, pour dilater et exaulcer la foy Chres tienne.

Le Roy laques d'Escosse, ne prétend autre chose, fors rendre le rœu quil ha voué, daller en armes en la terre sainte. Et dautre part, le Roy Emmanuel de Portugal, fait son effort et diligence extrême, de greuer les infidèles, par son nauigage des Indes : et de réduire à la foy catholique plusieurs peuples simples, rudes et nouueaux, des Isles estranges et Barbares. (1)

Le Roy treschrestien sest mis en tous ses deuoirs, de trouuer paix àuec le chef de leglise Romaine. Tellement que la Justification de sa bonne querele, est congnue par tout .le monde. Bref, vnchacun bon Prince ne quiert auiourdhuy que paix, et ha postposé (2) toutes vieilles inimitiez et rancunes, excepté les Vénitiens, populaires, (3) et de police bastarde et illégitime, lesquelz ont suborné le Pape. Et ne se monstrent estre autre chose, sinon les certains procureurs et deffenseurs des Turcz. Et ne se conuertissent à bien, pour mal ou infortune qui leur aduienne. Hz mesprisent les signes du ciel, les prodiges, les comètes, les tremblemens de terre (qui sont admonitions diuines) et sont obstinez, comme les Iuifz estoient du temps de leur grand ruine faite par Vespasian.

Or prions Dieu quil vueille tout adouber : et que toute la Chrestienté se concorde vnanimement, et donne victoire, prospérité et félicité, présente et future, aux tresnobles

(1) Emmanuel- le- Grand, mort en 1521. C'est sous ses auspices que se fit le navigage des Indes, c.-à-d. l'expédition de Vasco de Gama au cap de Bonne-Espérance.

(2) mis de ooté, écarté, négligé.

(3) c.-a d. républicains, done sans droit véritable.

DOUHft PAR LE SOULDAlf. 229

Princes Chres tiens, qui s'entretiennent en paix et vnion. Et oultreplns, que le souuerain Prélat de leglise (puis quil est ainsi affectionné aux armes) vueille les siennes ioindre auec celles du Prince Sophy, et là se transporter en personne, comme bon pasteur. Et lors le suiuront ses ouailles de toute part. (1)

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