‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 78 sur 89 · ET DES CONCILES DE LE6LISB · texte numérisé non relu

ET DES CONCILES DE LE6LISB

le deuxième (1) en Auignon,fut aucunement souspeçonné (2) de sentir mal de la foy : car il soustenoit et preschoit aucuns articles de la contemplation et vision de Dieu : ausquelz les Théologiens catholiques de France ccAtredisoient franchement, par ladueu du Roy Phelippes de Valois, Oujtreplus, ledit Pape qui mourut plus riche que nul autre de ses prédécesseurs, et aussi ses successeurs dudit Auignon greuerent tant le Royaume de France, dimpositions, dannates et décimes, et autres subsides sur le clergé, et de grâces expectatiues , et autres inuentions que la court Romaine scait controuuer, que les poures clercz literez et estudians de luniuersité de Paris, ne pouuoient recouurer vn seul bénéfice, ains estoit tout pillé et occupé par les Cardinaux et autres courtisans d'Auignon, laquelle cité le bon poëte Pétrarque appelloit pour lors lauare (3) Çabylone : et les riches Prélats du Royaume se plaingnoient aussi bien souuent au Roy de leurs trop grands surcharges. (4) Mais encores y auoit pis, que aucuns Princes de France ayans la part au gasteau, aydoient à fouler lesdits ecclésiastiques, et fauorisoient à la court d'Auignon. Si comme le Duc d'Aniou, comme met expressément Gaguin en son histoire. Toutesuoyes le Roy pressé de tant de querimonies, ne voulut souffrir que le Pape Innocent sixième, résident en Auignon, leuast pour vn coup la moitié de tous les bénéfices de France : et à ce fut résisté par la vertu et diligence de luniuersité de Paris.

- Or pour relouer vn petit le Royaume de tant dexactions,

(Djxmrlon (1548).

(2) tuipoctionné (1528).

(3) neretrice de (1528 et 1548).

(4) charge* (1528).

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la court Romaine partit d'Auignon, lan de grâce m. occ. lxxvi. Cestasauoir, après quelle y eut résidé lxxiui. ans, et sen, retourna à Romme suiuant son Pape nommé Grégoire onzième, natif de Lymoges. Mais il y ha pis : car die ne tarda gueres de reuenir au plus grand preiudice et esclandre que parauant : et loccasion fut pour le vingtdeuxième schisme, esmu entre Vrbain sixième Neapolitain, qui feit noyer en la mer cinq Cardinaux François : et fut fauorisé par les Italiens et Geneuois. Et dautre part, Clément sixième, qui parauant se disoit Robert, de la maison des Contes de Geneue, fut soustenu par la nation Françoise. Et lors y eut deux Papes en Chrestienté, dont Ion se tenoit & Romme, et 1 autre en Au i gnon. Et ne sauoit on qui auoitle meilleur droit. Et ce schisme dura bien quarante ans, et fut le pire de tous les autres . Aussi pour adiouster mal sur mal, le Royaume des Bohèmes deuint tout hérétique, et se retira de lobelssanoe de leglise Romaine.

Or fut tout le monde troublé et empesché pour le débat de ces deux Papes, qui se continua successiuement en plusieurs autres. Car après la mort dudit Vrbain sixième, qui se tenoit à Romme, fut eslu en son lieu vn autre quilz nommèrent Innocent septième, parauant dit Cosmar de Perouse, (1) et depuis en son lieu, Angélus Corrarius Vénitien, qui se feit nommer Boniface neuuieme. Et quand Clément sixième, fut trespassé en Auignon, on mit en son lieu vn nommé Pierre de la Lune, natif de Catelongne, qui fat dit Benedict treizième, et fut lerreur pire que deuant. Car ledit Benedict es toit trop obstiné.

A loccasion de ce schisme turbulent et scandaleux, le Roy Charles sixième de ce nom, comme Prince treschres-

(I) Comêt de Mtlionti.

ET MB GONCILSS M UKLISB. 311

tien estoit en grand soucy, et taschoit par tous moyens dy mettre remède. Car tout le monde en murmuroit, et ne les en pouuoit on garder, pour censures ecclésiastiques, ne pour deffenses Royales, ains estoit le peuple de France pour lors enclin à mesdire du Pape tout publiquement, ce qui desplaisoit audit tresbon Roy Charles sixième. Bt délibéra de mettre la main à cest affaire. Parquoy de fait enuoya premièrement deuers le Pape de la Lune en Auignon, vne notable ambassade, tant de sa court, comme de docteurs et grans personnages de luniuersité de Paris pour le persuader de vouloir entendre à lunion de Leglise. Les* quels son retournèrent sans rien faire. Et lors le Roy feit assembler à Paris vn concile de tous les Prélats de leglise de France : auquel il se trouua, acoompaigné de la noblesse de ses Princes et Barons.

Audit concile fut décrété de trouuer la plus seure voye et moyen, pour remettre Leglise catholique en paix et vnion. Et après tout debatu, ne fut trouué meilleur appointements que si chacun desdits deux Papes renonçoit à la dignité. Dont pour essayer si celle inuention se pourroit mettre à effect, furent esluz le Duc de Bourgongne, et le Duc de Berry (Prince du sang) pour porter ces paroles audit Pape de la Lune en Auignon. Et auec eux furent déléguez aucuns vénérables personnages de luniuersité de Paris : lesquelz parensemble sacquiterent de la charge de leur ambassade, mais ilz ne proufiterent rien. Car ledit Pape de la Lune, de peur quil ne fust pressé de consentir à leurs requestes qui luy sembloient importunes, partit secrètement d* Auignon, et les laissa sans dire adieu, et se retira en Catelongne dont il estoit natif. Dont lesdits Princes demourerent bien honteux, et sen retournèrent vers le Roy.

318 M LA mrFBâBMCB MS SCIUMBS

Parquoy est vraysemblable que le Roy Charles sixième, fat bien marry : mais toutesuoyes, le Pape pour faire son appointement, donna an Roy la décime snr tout le clergé du Royaume de France : et le Roy laccepta, combien qne les ecclésiastiques sy opposassent. Mais aussi il lemploya

bien si la fortune eust voulu (1) : car au secours du Roy Sigismond de Hongrie , et de Bohême , qui depuis fut Empereur, il enuoya contre les Turcz vne grosse armée dont estoit chef le Conte de Neuers, nommé Iean, filz du Duc Phelippes le Hardi, bien accompaigné des Barons de France, et des siens (ledit Duc Iean fut depuis tué & Montereau fautyonne). Et voyla ce qui fut fait audit concile de Paris.

Depuis il y eut encores vn autre concile tenu en la mesme cité, du temps dudit Roy Charles sixième, et pour la mesme cause (car attendue lobstinâtion dudit Pape de la Lune, qui ne vouloit céder son droit du Papat pour lunion de Leglise) fut décrété, que leglise Gallicane et tout le Royaume de France, se deporteroit de son obéissance i et quon nadraettroit plus nulles grâces expectatiues de la court de Romme. Oultreplus, que toutes collations et confirmations de bénéfices se prendraient des collateurs, et non dautre. Par lautorité de ce concile, les Cardinaux François abandonnèrent le Pape de la Lune.

(1) // ty employa bien si Infortune *> eut voulu addonner (1548).

ET DBS CONCILES DE LIGLIH. 313

De deux autres conciles de leglise Gallicane, assemblez lun à Lyon, et lautre à Bourges par le commandement du bon Roy Charlef septième. Lun pour mettre sus la Pragmatique sanction, lautre pour abolir le schisme.

Apres que le grand concile vniuersel de Constance en Allemaigne (on plustot Gaule Belgique) fut assemblé par le commandement de lempereur Sigismond, et par le commun consentement de cinq principales nations de Chrestienté, cestasauoir, Germanique , Gallicane , Ângloise , Espaignole , et Italique , pour extirper les schismes et hérésies de Chrestienté, et que trois Papes schématiques y furent déposez : Cestasauoir Grégoire douzième , Alexandre cinquième, et Iean vingt troisième. Et le Pape Martin cinquième de ce nom, fut créé par la commune concorde des nations, estans audit concile, lequel dura quatre ans, et les Bohèmes hérétiques condamnez et confonduz.

Et que encores depuis, le concile de Basle eut esté autorisé, du temps de lempereur Federic troisième de ce nom, père de Maximilian César, à présent régnant, le Roy treschrestien et tresuictorieux, Charles septième flourissant en grand honneur, se voulut conformer aux saints decretz dudit concile de Basle. Et pour ce faire, feit conuenir en sa cité de Bourges en Berry, tous les Prélats de leglise Gallicane, auec les Princes. Et illec par le commun aduis dicelle congrégation de son Royaume, publia et décréta la Pragmatique sanction, qui est toute la moule (1) et substance des saints canons du concile de Basle : et commanda quilz fussent obseruez inuiolablement, pour le bien, honneur et

(1) mouelle(\528). En patois du Hainaut, on trouve noulle.

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proufit de nostre religion Chrestienne. Ce fat lan de grâce, mille quatre cens et trentehuit.

Consequemment, enuiron hait ans après : cestasauoir, lan m. cccc. xlvii. comme noaueaa débat et (liscord se fust meu en Leglise, à cause de la dignité Papale : Cestasauoir, le yingttroisieme schisme, entre Eugenius le quart Vénitien, et Félix, parauant Duc de Sauoye eslu an concile de Basle (laquelle diuision se continua, par lespace de seize ans, cestasauoir iusques à Nicolas sixième Geneuois). (1) Iceluy tresuertueux Prince, le Roy Charles septième pour appaiser ces discords, et mettre le bien en Chrestienté, se trauailla dassembler son concile de leglise Gallicane, en la cité de Lyon. La ou il fut procédé par si bon moyen, que tout fut appaisé, et que Félix Ait content de céder audit Nicolas, dont tout le monde fut esbahi et ioyeux. Et fut ce mètre publié par toute la terre vniuerselle.

Luxfulsit mundo : cessit Félix Nicolao.

Du concile tenu i Orléans à cause de la Pragmatique sanction.

En larticle précèdent est narré, comment le Roy Charles septième, pour le bien de son Royaume et de leglise Gallicane, feit publier la Pragmatique sanction, au concile tenu à Bourges : et ordonna expressément quelle fust obseruee estroitement, à tousioursmais. Or aduint depuis son trespas, que le Roy Loys onzième son filz, succéda à la couronne : séant au siège Apostolique, Pape Pie deuxième de ce nom, natif de Senes en Italie* (2)

(1) Cette ponctuation bizarre, depuis le commencement du chapitre, se retrouve dans toutet les éditions.

(2) Pie II, né à Coesignano ; c*est Pie ÎU qui est né à Siens».

BT MS CONCILBft DB LBCUflB. 316

Donques, pource que tous les Papes ne sont point contons que ladite Pragmatique ayt lieu, iasoit ce quelle soit fondée sur les saints canons, et autorisée par le concile de Basle, mais elle derogue à lauarice insatiable de la court Romaine : à cause- dequoy ilz disent que cest vne vraye hérésie. Ledit Pape Pie, par tous moyens cuida bien persuader et mettre en teste au Roy Loys de labolir, et mettre ius du tout : souz ombre de ce, que le Pape pretendoit dire, que ledit Roy Loys estant encores dauphin, auoit promis au Pape, que luy estre paruenu à la couronne, il abolirait ladite Pragmatique. Et pour ce faire, Pape Pie tantost après le sacre du Roy, enuoya pour Légat en France, le Cardinal Moyne d'Arraç, nommé Iean, de tordre de saint Benoit.

Le Légat venu en France, admonnesta le Roy de tenir sa promesse. Et le Roy voulant obtempérer au désir du Pape (ou aumoins faisant semblant de ce faire) despescha ses lettres patentes bien amples, adressans au parlement de Paris. Et y enuoya le Cardinal Balue, pour sur ce auoir le décret de messieurs dudit parlement. Mais quand les choses furent mises en termes, présent tout lauditoire de la court, le procureur du Roy nommé Iean de Rom me, homme agu, de grand éloquence et audace, se y opposa de fait : disant et soustenant franchement, quune loy si vtile, si sainte, si raisonnable, et de si grand commodité au Royaume, ne se deuoit point abolir. Pareillement luniuersité de Paris se adioingnit avec le procureur du Roy, et appella de tous les attentats du Pape, au futur concile. Desquelles choses le Cardinal Balue, homme cault, malitieux et hardi, fut fort indigné : et y sa de grands menasses. Mais tout ce nonobstant, il sen retourna deuers le Roy sans rien faire, tantost après le Roy enuoya lesdits Légat

116 M Là MfrBRMCI BIS SCsTOMlS

et Cardinal Balue, deuers le Duc Charles de Bourgongne, pour moyenner quelque appointement entre ledit Duc et les Liégeois.

Aucun temps après, le Roy Loys onzième feit "assembler le concile de leglise Gallicane, et de toutes les raiuersitez, en la cité d'Orleans.(l) Tant pour mieux entendre la matière de ladite Pragmatique sanction, comme aussi pour donner ordre aux annates des bénéfices. Par laquelle exaction, lauarice extrême de la court Romaine, greuoit et affoiblissoit le Royaume de France, tous les ans dune merueilleuse somme dargent. En ce concile (2) présida feu monseigneur le Duc Pierre de Bourbon, pour lors seigneur de Beauieu, mary de Madame Anne de France, fille dudit Roy Loys onzième. Mais après que les matières furent mises sur le bureau, le Roy suruint qui changea propos, et sans autre conclusion déterminée, donna licence à chacun de sen retourner, disant quil les rappelleroit à Lyon, ce quil ne feit depuis, occupé en autres affaires, mesmemeût es guerres de Flandres, contre Maximilian Archiduc d'Austriche, maintenant Empereur et Roy de Germanie.

De deux conciles de leglise Gallicane, assemblez lun à Tours, loutre à Lyon. Es ans mille cinq cens et dix, et mille cinq cens et orne.

Il est asauoir, quen la session quarantecinquieme et dernière du concile de Basle, laquelle session fut célébrée solennellement au moys de Iuing, lan de grâce m. ccoc. xlviii. La cité de Lyon fut eslue, et nommée pour ledit

(1) 1548 ne met déjà iei qu'un* rirgule.

($) Et à Ce concile (toute* les autres éditions).

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