‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 79 sur 89 · ET DBS CONCILES DB LB6LI8B · texte numérisé non relu

ET DBS CONCILES DB LB6LI8B

concile, (1) comme la plus idoine et propice à tenir ledit concile gênerai et vniuersel, de leglise catholique, qui se doit célébrer de dix ans en dix ans (selon les constitutions et decretz synodaux) si ce nestoit que les Papes craingnent et refusent lesdits conciles, comme il est allégué au commencement de la première partie de ce Traie té.

Or voyant et congnoissant le Roy treschrestien, Loys douzième, que cest chose vtile et proufitable à la Chrestienté, de la célébration desdits conciles de leglise Gallicane, il en ha fait assembler deux en peu dinterualle de temps : tant pour sauoir comment il se deuoit gouuerner auecques le Pape lui les deuxième de ce nom (auquel le Roy et le Royaume de France ont fait tant de biens et seruices) comme pour autres biens et vtilitez de son Royaume, et de Leglise. Et ce par lexemple de ses prédécesseurs Roy s de France.

Des causes, et des effeetz, des articles, des fins, et des conclusion*, ie men tais, comme celuy qui nen suis pas du tout certain, et najr aucune charge den escrire. Et si ores ie lauoye, ou autre meilleur que moy, si y auroit il matière assez pour compiler va autre Traicté à part, voire vn liure. Et pour ce me suffit bien de monstrer le passé, qui donne certaine congnoissance du présent, et quelque conjecture notoire de laduenir.

Conclusion de la seconde partie de ce Traicté. (2)

Il faut conclure, selon la déduction des choses dessus narrées, que chacun bon Chrestien doit prier Dieu, à ces

(1) Partout, la même bizarrerie de ponotuation.

(2) L'éd. 1548 ajoute : en laquelle nous avons veu le profit qui est sorty des concUes % et mesmement de Yéglise Gallicane. Selon la déduction nous concluerous.

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flos que les deux derniers conciles de leglise Gallicane poissent engendrer vn tresgrand concile gênerai et vniuersel de leglise Latine, pour reformer celle église, tant au chef comme aux membres, ainsi que lesdits conciles généraux souloient faire. Et sil ne se tient & Lyon quil se tienne ailleurs, là ou il sera plus expédient et nécessaire pour le bien publique. Laquelle chose se peult bien faire à présent, considéré la grand paix, amour et vnion qui est entre les deux plus grans Princes de Chrestienté : cestasauoir Lempereur, et le Roy, auec le troisième confédéré en la ligue, cest le Roy catholique Ferdinand d'Arragon. Lesquelz parensemble doiuent estre enclins à la reformation des abus de leglise Romaine : laquelle reformation il est force quelle se fasse, ains que nosdits souuerains Princes sadonnent à la destruction de la loy Mahomethiste, et an reçoitu rement de la terre sainte, comme encores mieux sera prouué en la tierce partie de ce Traicté. Or sera icy fait fin & la seconde. (1)

la avons nous tant fait (Dieu mercy) par les deux parties précédentes, que la plus part de nostre intention est prouuee ; cest de monstrer, combien il y ha de différence entre schismes e^ conciles : et de la prééminence et vtilité des conciles de la sainte église Gallicane. Mesmement que lesdits conciles ont tousiours esté conciliateurs et reconciliateurs de leglise catholique, et seront encores si Dieu plaist, car il sera bien mestier : mesmement quand viendra le temps du tresgrand et tresredoutable vingtquatpeme schisme prochain aduenir , (2) que Dieu ne vueille : et de la tribu-

(1) Ici les ancienne* édition* portent : fin de la seconde partie de ee traicts.

(2) C'est em 1510 qv» Luther vint à Rome. Quant aux Sibjllee,

HT BBS CONCILBS DB LBGL16B. 519

lation, et puis reformation de Leglise vniuerselle, de long temps prognostiquee et prophétisée par les Sibylles, et reuelations des saints et autres astrologues et vaticinateurs, comme sera declairé en la fin de ceste œuure. Dont pour connexer ceste tierce partie aux précédentes, nous reprendrons là ou nous auons fini la première, qui ha esté du septième schisme, et viendrons au huitième.

Du huitième schisme.

Tenant la monarchie d'Europe Lempereur et Roy de France, Loys le Débonnaire filz de Charlemaigne, sesleua le huitième schisme et diuision en Leglise, entre le Pape Eugenius deuxième de ce nom, natif de Romme, et vn Antipape nommé Zinzinus, et fut par le discord des Cardinaux eslisans. Toutesuoyes ledit Eugenius, pour sa preudhommie fut préféré, et uescut saintement. Neantmoins tantost après Romme fut prinse et destruite par les Sarrasins : et aduindrent grans maux par tout le monde, mesmement en France, en laquelle les Normans et Frisons entrèrent premièrement, et y exercèrent de grands cruautez. Et tantost après Ieanne la Papesse natiue d'Angleterre, feit vn grand esclandre à la Papalité.

Du neuuieme schisme.

Scandalevx, cruel et honteux oultremesure, fut ce schisme neuuieme et dura beaucoup. Commençant du temps

elles ont été invoquées dès les premiers temps du christianisme. V. le sermon de Constantin sur le 4* églogue de Virgile (Villemain, Moyen Age, XI e leçon et A. Graf, Roma nella nmoria, etc. (le chap. XVI sur Virgile).

310 DB la DirriRitacB DBS schismes

de Lempereur et Roy de France Loys second de ce nom, surnommé Balbus, cestadire le Bègue : et print son fondement à ceste occasion. Le Pape Iean neuuieme (1) de ce nom, natif de Romme, lequel vint en France an refuge, comme nous auons dit plus à plein en la seconde partie de ce Traicté, estoit homme cruel et malpiteux. Si traicta mal vn Prélat nommé Formosus, Euesque de port Rom main, près de Romme. Tellement que pour la crainte dudit Pape Iean neuuieme, iceluy Formosus sen vint en France : mais par force dexcommunications il fut contraint de retourner à son Euesché. Quand il y fut on le dégrada par le commandement du Pape, et fut remis en habit séculier, priué de toute dignité ecclésiastique. Aucuns historiens tiennent, que ce fut pburce quil auoit esté cause de faire détenir iceluy Pape Iean neuuieme, par le peuple Romain.

Apres ceste iniure receûe, Formosus partit de Romme, et iura quil ny retourneroit iamais ny à son Euesché. Toutesuoyes depuis il fut absouz par le Pape Martin deuxième de ce nom. Et certain temps après ledit Formosus acheta la Papalité, à laquelle pretendoit vn autre nommé Sergius Romain : le.quel combien quil ny peut paruenir pour lors (et neantmoins il y aduint depuis) conceut vne hayne mortelle contre Formosus, et sen vint en France vers le Roy Lothaire. Et ce pendant, Formosus demoura en son pontificat par lespace de cinq ans et demy : pendant lequel temps il ne feit chose qui vaille, sinon acquérir ennemis, lesquelz se vengèrent de luy après sa mort.

Au Pape Formosus succéda Estienne sixième de ce nom

(l) Les autre 8 éditions portent huytiesme. C'est le pape Jean VIII que quelques auteurs ont prétendu avoir été confondu avec la papesse Jeanne. Quant à Jean IX, il fut pape de 898 à 900 .

rf fc» CONCILES 0B LÉGL1SE. 321

(mû y eut quun entfedeux, cestasauoif Boniface sixième, natif de Toscane, qui ne seyt en la chaire de S. Pierre, smon trentesix iours) ledit Pape Retienne sixième, de tout son pottuoif effaça et abolit les actes et decretz de Formosus. Lautre Pape nommé Romanus son successeur, feit tout le contraire, et les restablit et remit à leur premier estât, et aussi firent Theodorus, et Iean neuuieme : dont il y eut grand sédition, et tumulte entre le peuple de Romffie, pource que les vns soustenoient vn parti, les autres lautre. Mais entremy cest interualle de malheureux temps et de Papes inutiles, succéda finablement le dessusnoromé Sergius qui feit pis que d eu an t.

Sergîus (1) donques troisième de ce nom, Tenu à refuge en France deuers lempereur Lothaire, retourna en Italie aucun temps après par layde (2) de lempereur Loys le tiers, filz de lempereur Arnoul. Et print le Pape Clfristofle, lequel estoit le huitième qui auoit vsurpé la Papalité après Formosus. Etparauant ledit Christofle eut schisme auecvn autre nommé Léon le quint. Donques Sergius pour soy venger dudit Formosus, qui par si long temps lauoit gardé destre Pape, feit par grand inhumanité traire le corps de Formosus hors de sa sépulture, et lhabiller dhabits pontificaux, et puis luy couper la teste par vn bourreau, comme sîT eust esté vif, et le ietter en la riuiere du Tymbre. Toutes uoy es, aucunes histoires disent que les pescheurs lenseuefirâût secrettement, et que à son enterrement les images (Tes saints senclinerent pour tesmoignage de sa sainteté et iûÊoeence.

Ledit Sergius eut vn filz nommé Iean dixième, qui fut

(1) icelny (1528 et 1548).

(2) et secours (1548).

SSS us Là Mmuuuiai des schismes

Pape après luy : mais il en y eut deux entredeux : cesta- 8auoir Ànastaise troisième, et Lan do. Ledit Iean dixième, ne valut point mieux que son père. Toutesuoyes il fut bon guerrier et gendarme : car il chassa les Sarrasins hors de Calabre, à layde dun nommé Alberic, Marquis de Toscane. Finablement comme ledit Pape Iean se gloriflast trop de sa victoire, et lattribuast toute à luy par insolence, il concita contre lui la fureur de ses gensdarmes, lesquels le firent mourir, en lestouffant dun coussin mis sur sa gorge. Certainement cest vne grand pitié, que de desueloper les histoires dudit temps, tant sont embrouillées et difficiles par la mauuaistié des Papes dadonques. Pendant lequel temps les Hongres perpétrèrent tous les maux du monde entour de Rom me, et du patrimoine de Leglise, par la iuste punition de Dieu.

Le temps du dixième et onzième schisme, abbatuz par la puissance de lempereur Othon, premier de ce nom.

Iean douzième de ce nom, natif de Romme, qui parauant sappelloit Octauian, par la puissance et tyrannie de son père nommé Alberic, occupa mauuaisement le Papat. Il estoit homme de tresmauuaise vie, chasseur, et veneur, et tenant femmes (1) publiquement. Parquoy deux Cardinaux preudhommes furent contrains den aduertir Othon premier de ce nom, Roy de Germanie, qui depuis fut prameu à Lempire, lan neuf cens soixantedeux. Mais pendant le temps que Ion attendoit ledit Othon, iceluy notable Pape, qui fut aduerti de la plainte que les deux Cardinaux auoient enuoyé signifier à Lempereur les feit prendre, et à lun

(\) femme (1528 et 1548).

ET MS CONCILES DE LEGLISft. 325

osta le nez, à lautre la main. Apres lesquelles choses le Roy Othon arriua à Romme, et feit tenir vn concile contre ledit Pape au moyen duquel il fut condamné, et déposé à cause de sa mauuaise vie. Mais luy qui craingnoit ledit iuste iugement, sen estoit parauant fuy secrettement : et depuis (1) fut prins en adultère, et tué par le mary.

Apres la déposition dudit Iean douzième, le Roy Othon feit eslire en Pape, vn nommé Léon huitième de ce nom. Mais tantost après quand Lempereur fut absent, les Romains séditieux, inconstans (2) et mutins, chassèrent ledit Léon, et esleuerent vn Antipape quilz nommèrent Benedict cinquième. De laquelle chose indigné ledit empereur Othon assiégea Romme, et tant par armes que par famine contraignit les Romains à reprendre ledit Pape Léon huitième, et rendre en ses mains ledit Benedict, lequel il enuoya en exil en Allemaigne. Et ainsi furent finez les deux schismes dessusdits.

Le douzième schisme, aboli par lempereur Othon le tiers.

Par lautorité de lempereur Othon le tiers, lan neuf cens quatre vingts et treize (3) fut créé Pape à Romme, Grégoire cinquième de ce nom, natif de Saxonne (4) en Allemaigne, et parent dudit Empereur. Alencontre duquel Pape vn Consul Romain nommé Crescentius, corrompu dauarice, par force de la pecune dun euesque de Plaisance, de nation Grecque,

(1) puis (1528 et 1548).

(2) huictiesme, inconstants, etc. (1548). En général, orthographe compliquée à plaisir.

(3) 988 (1528 et 1548),

(4) Saxoigne (1528).

9M me la NtruumçB m» serons

esleua ledit Grec pour Antipape, et le nomma Iean dixseptieme, à cause dequoy ledit Grégoire cinquième, craingnant la force et violence tumultueuse des Romains, se retira en Allemaigne deuers ledit empereur Othon, lequel le ramena à main forte. Et combien que ledit Grec Antipape, auec Crescentius Consul- Romain se fussent fortifiez dedens le ebasteau saint Ange, neantmoins ilz furent prins, et eut ledit Crescentius la teste coupée, et l'Antipape les jeux creuez, digne rémunération dun prestre ambitieux.

Ledit Pape Grégoire restabli en sa dignité, feit la première ordonnance et sanction, des Electeurs de Lempire, lan de grâce mille et deux. A fin que la dignité Impériale demourast tousiours à la nation Germanique, ce quelle ha fait iusques à ores. (1) Apres lequel Grégoire, seyt au siège Papal Syluestre deuxième de ce nom, lequel fut Magicien et Nicromantique, vsant dart diabolique, et mourut scandaleusement comme lhistoire est assez congnue. Il auoit premièrement esté fait Archeuesque de Reims, par le Roy Hue Capet, et puis fut déposé par un concile, comme nous auons dit en la seconde partie.

Du treizième et quatorzième schismes, du temps de deux Papes dun mesme nom, lun oncle, et lautre neueu: auquel temps Hierusalem futprinse par les infidèles : et de IhorriUe apparition desdits deux Papes après leur mort.

Ceste matière des schismes et diuisions est si confuse, (2) et si odieuse que ie la voudroye bien passer souz silence, si ce nestoit pour venir à quelque bonne fin : Car bien souuent

(1) à maintenant (1548).

(2) embarrassée, embarrassante, honteuse. Cf. Ducange v?. Coufundere, confuse, confusibilis.

H Mft COftClLBS Dft LB6L1MS. 315

aduient, que qui veult aller en vn verger plaisant, il fart passer par voyes estroites et fangeuses, et faut cueillir les roses entre les espines, et le grain en la paille. Or donques après les choses dessus récitées, faut dire la reste, le plus succintement que nous pourrons. Attendu mesmement que par le dessus narré, est assez congnue lintention de oeste œaure, qui est de prouuer principalement, que la malice, ambition et auarice des mauuais Papes, cause tous ces maux au monde : et dautre costé, que les bons Papes sont (1) dignes de grand louenge, et font grand fruit à la Chrestienté : comme il est bien apparu par la seconde partie.

Donques après que ledit Pape Syluestre deuxième de ce nom dessus mentionné (2), qui sestoit donné au diable, pour advenir à ladite dignité fut mort estrangement, combien quon ayt bonne espérance de sa saluation, attendue sa pénitence, il ny eut en lespace de douze ans que trois Papes pacifiques. Apres lesquelz Benedict cinquième, natif de Toscane , recommença dentrer en tribulation. Car quand lempereur Henry, premier de ce nom fut mort, lequel fut eslu lan de grâce quatre cens et quatre, (3) ledit Pape qui estoit fauorisé et bien voulu dudit Empereur, à cause de ce quil lauoit couronné, fut ietté hors de la Papauté, par violence de (4) sédition populaire des Romains,

(1) L'éd. 1548 met soient après avoir supprimé plus haut : de prouver. C'est donc le mot intention qui a provoqué le subjonctif.

(2) Alors incontinent après.... dont nous avons faict cy dessus

mention (1548). Pour parvenir mourut d'une mort moult

estrange à cause desa pénitence et contrition : et tachez qu'il....

(ibid).

(3) Cette date figure dans toutes les éditions, bien que Henri l'Oiseleur ait été élu en 919.

(4) violence et sédition (1548).

leaqnelx Mirent tw antre en son Heu, dont le nom ne se traîne point par les histoires. Toutesuoyes depuis iceluy Rfflfriirt fiât appointèrent ane ses ennemis, et chassa son adversaire, tellement qmil fat restabli en sa dignité. Et ainsi fina le treizième schisme : mais ledit Pape mourut tantost après. (1)

Or tesmoignent les histoires que après sa mort, lesprit dodit Pape Benedict huitième, sappanit à ra enesqne en lien solitaire, monté ledit Pape sur yn chenal noir et horrible : et comme leuesque luy demandast, pour quelle cause après sa mort il chenauchoit tu chenal noir, il respondit, quil estoit en grans tourmens. Et pria audit euesque, que les trésors quil anoit musses en certain lieu quil luy monstra, il les distribuast aux poures : pouroe que tout ce quil anoit donné de son riuant, en tiltre daumosne, ne luy proufitoit en rien, à cause de ce quil estoit venu de rapines et extortions. (2) Leuesque feit de ce son deuoir, et puis quitta son euesché et sen alla rendre en religion.

Audit Benedict huitième, succéda son neueu Benedict neuuieme : et ny eut quun Pape entredeux , cestasauoir Iean vingtième. Or fut ledit neueu pire que loncle, comme il apperra : car il fut cause du quatorzième schisme et diuision en Leglise. Et fut pour ce, que les Romains voyans quil estoit homme de petite valeur, le déposèrent de sa dignité, et mirent en son lieu vn nommé Iean euesque de Sabine, lequel ilz appelèrent Syluestre le tiers : mais au bout de quaranteneuf iours ilz chassèrent ledit Syluestre, pource quil valoit encores moins , et estoit

(1) incontinent après (1548).

(2) rapine et extorsions (1528).

ET DIS CONCILES DE LBGLlSE. 387

homme idiot, ignare et inutile. Et rappelleront iceluy Benedict neuuieme.

Mais quand il se vid (1) restabli en son pontificat, considérant la légère mutabilité du peuple Romain, et craingnant de tomber derechef en semblable inconuenient, il vendit à beaux deniers contans son Papat, à vn nommé Iean, Archidiacre de leglise saint Iean à la porte Latine, lequel depuis fut appelle Grégoire sixième. Pour lesquelz esclandres abolir, lempereur Henry deuxième (2) de ce nom, filz de Conrad, qui commença à régner lan de grâce m. xxxix. fut contraint daller en Italie à grand puissance, et assembler vn concile gênerai, auquel il déposa tous lesdits trois Papes schismatiques : cestasauoir Benedict neuuieme , Syluestre troisième, et Grégoire sixième : et créa vn nouueau Pape euesque de Bamberg en Allemaigne, lequel il nomma Clément deuxième, qui neantmoins fut empoisonné par son successeur Damasus deuxième.

Donc pour reuenir au propos dudit Benedict neuuieme, qui fut cause de tant de maux en ce quatorzième schisme, et vendit la Papal i té : tous les historiens afferment, que après sa mort il apparut à quelque personnage, en horrible et monstrueuse forme. Et comme on luy demandast que signifient celle si terrible figure attendu quil auoit esté Pape, il respondit, que par le iuste iugement de Dieu, il estoit à ce condamné éternellement. Attendu quil auoit vescu bestialement au siège Apostolique, sans foy, sans raison, et sans loy.

Cela deuroit estre assez exemple aux autres : mais il en

(1) veit (1528 et 1548).

(2) Toutes les éditions portent Henri II an lieu de Henri III fils de Conrad II.

398 de i* wrrgftKBC* ww scwsws

h* esté beaucoup depuis, qui guère» neu ont tenu conte. Or est il bien facile à croire, que par telz esclandres l'ire de Dieu fut prouoquee, en linterualle du temps deedits deux schismes. Car (sans les autres maux qui aduindrent lors) la sainte terre de Hierusalem fut tollue aux C h restions, et prisse par les Turcz et Sarrasins, qui violèrent le Temple, et souillèrent le saint sépulcre, lan de nostre Seigneur mille et douze. (1)

Dm quinzième schisme, appaisé far lemperemr Henry troisième

de ce nom.

Régnant en Allemaigne lempereur Henry troisième de ce nom, qui fut eslu lan de grâce m. lvii. (2) commença le quinzième schisme et discord en Leglise, et fut loccasion telle : Apres la mort du Pape Nicolas deuxième, natif de Sauoye, fut eslu en son lieu vn Euesque de Luques Milannois, lequel les Cardinaux Romains nommèrent Alexandre deuxième, et fut eslu absent de Romme : cestasauoir estant résident sur son Euesché de Luques, pour la renom* mee de ses vertuz. Apres son élection les cardinaux le vindrent quérir, et lemmenerent à Romme.

En ce temps là aucuns Euesques de Lombardie, ausquelz ledit personnage nestoit point agréable (pource quil nestoit de leur bende) excitèrent le quinzième schisme. Car souz ombre de ce quilz disoient, que ledit Pape estoit entré par simonie, ilz en voulurent auoir vn autre qui fut de leur taille et société,' mesmement à linstigation de Gilbert Euesque de Parme, en Lombardie. Si se tirèrent

(1) m7 (1528 et 1548).

(2) Van de grâce mil dixsept (1548).

BT Mt CONCILES D* LBGUf ft.

deuen empereur Henry troisième, et obtiadrent de luy quilz poussent eslire vn autre Pape à leur gré : Ce qui leur fut accordé par lediCEmpereur : et retournèrent en Lombardie, là ou ilz firent vn concile entre eux, auquel Hz eslurent vn nommé Cadolus, natif de Parme, riche et puissant à merueilles : auquel toute Italie obtempéra, excepté la Contesse Mehaut.

Cadolus donc (ainsi eslu en Antipape) se tira vers Romme, à main armée et grosse puissance de Lombards. Si luy vint au douant le Pape Alexandre, accompaigné de ses Romains. Et fut la bataille dure et aspre, es (1) prez de Néron, dessouz le mont Dort, là ou il mourut beaucoup de gens : mais flnablement la victoire tourna deuers Alexandre, et sen retourna Cadolus vaincu. Neantmoins pour vne mauuaise fortune il ne perdit point le courage, ainçois auant quil fut vn an passé (par le moyen daucuns secrets complices qui tenoient sa bende, lesquelz il auoit gaignez à force dargent) entra demblee dedens Romme. Toutesfois les Romains coururent aux armes, mais Cincius fllz du Prefect de Romme, mit Cadolus dedens le chasteau saint Ange. Et dura la guerre^ntre les deux parties par lespace de deux ans. Finablement Cadolus fut contraint de se rendre, et racheter sa vie de six cens marcz dargent. Lors il monta sur vn cheual léger et se sauua à la fuite. Depuis pour contenter lempereur Henry troisième, qui fauorisoit audit Cadolus, fut célébré vn concile à Mantue : auquel se

(I) «forais par 1548. Le Pré-Noiron est célèbre dans les chansons de Gestes D'après A. Graf, Roma nella memoria del medio evo I, 359, dès le temps de Procope Prata Neronis désignait déjà I Prati de Castello, hors de la porte Angelica de Rome. Les trouvto-es parlent aussi de Mont-Noiron, Haye-Noiron.

550 m Là MFretmcs 01s sema»

trouuerent Lempereur et ledit Pape Alexandre. Et illec en présence de tous les Prélats, le Pape se purgea de simonie et ambition, et prouua son innocence : et forent les choses appointées, et pardonné à vn chacun. Ainsi fina le quinzième schisme.

Du seitieme schisme, qui fut à cause de ce quun Pape Moyne de Ctugny, commença à esleuer ses carnes contre Lempereur, et fouler Lcmpire, dont trop de maux suruiudrent.

Sans quelque moyen ou interualle de temps, le seizième schisme suiuit le précèdent : car après la mort dudit Alexandre deuxième, futeslu Grégoire septième, natif de Senes en Toscane, parauant Moyne de Clugny , et Légat en France. Incontinent après son élection, il entama vne mauuaise querele de discord, entre les Empereurs et les Papes : lesquelles dissensions ont depuis engendré des maux innumerables en Chrestienté, comme on verra cy après.

Car comme ledit Empereur fust bien embesongné en vne grosse guerre contre les Saxons, ses ennemis : le Pape, après auoir obtenu confirmation de luy (car alors nul Pape ne se faisoit sans ladueu de L&npereur) lenuoya saluer dune chose non accoustumee : cestasauoir, de luy defiendre et interdire bien arrogamment auecques commination de censures ecclésiastiques, quil neust plus à se mesler dinuestir les Prélats de son Empire de leurs bénéfices ecclésiastiques. Disant et prétendant, que Lempereur vendoit les dignitez et prelatures de Lempire : et le Pape les vouloit vendre luy mesmes, comme les autres ont fait depuis iusques à ores. (1) Duquel ancien droit dinuestitures,

(I) à maintenant (15AB).

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