ET BBS CONCILES DE LEGLISE
scay ie, que du temps du Pape Formosus, et du Roy Loys le Bègue, les près très estoient encores mariez. Et leur es toit licite espouser femme légitime, posé quelle fust pucelle, et non vefue pour euiter bigamie, comme de ce nous auous touché en la seconde partie, au premier concile de Vienne. Et pour clorre le pas au propos de ce présent Traicté : cest que tout le monde doit prier Dieu, quil vueille reformer et renouueller son Eglise, tant au chef comme aux membres, par vn tresbon et'tresgrand concile vniuersel de Leglise catholique. Car comme dit saint Grégoire, en ses œuures morales ; Per nullum genus hominum Deus magis irritatur, quàm per malos sacerdotes. Laquelle reformation et renouation de Leglise faite, lunion et concorde des Princes Chrestiens sentretiendra tousiours de mieux en mieux. Et la secte des Mahomethistes, empirera et descherra tousioureiusques à la fin.
FIN
De Peu Assez.
LE TRAICTÊ
NOMMÉ LA LEGENDE DES VENITIENS, OU LEVR CHRONIQVE ARBRBGBE.
Composée par Iean le Maire de Belges, à présent Indiciaire, et Historiographe de la Royne.
PROLOGVE.
Povr ce que les Vénitiens ont maintenant le vent au visage, plusieurs allèguent certaines Prophéties, oracles, et vaticinations, par lesquelles iLz veulent entendre, que le terme et definement de la seigneurie des Vénitiens est venu. Dont les vns disent, que depais trois ou quatre ans en ça, sest trouué à Romme vne pierre de marbre de grand antiquité, en faisant aucuns fondemens en la maison du Cardinal de Farnesio : en laquelle estoit esc rit, et graué tout oe quon ha veu aduenir depuis la prinse du More, (1) iusques à maintenant. Les autres disent, que de long temps les Vénitiens sauoient bien entre eux, quilz deuoient souffrir ruine finale par vn Roy de France. Et que ceste Prophétie leur estoit représentée en vn mur de leglise au palais saint * Marc à Venise, auquel estoit figuré dœuure musaïque (2) vn Coq creuant les yeux à vn Renard : dénotant par le Coq,
(1) Ludovic Sforza, duc de Milan,
(2) En bas-latin musaïcum.
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le Roy treschrestien : et par le Renard, la nature des Vénitiens. Encores ay ie ouy dire à autres, quil y ha ia grand pièce que les Vénitiens auoient pour certain signe (1) que quand ilz verroient brasier ie ne scay quel clocher dune ville leur voisine, et subiette, ilz pourraient bien deslors estre asseurez de leur prochaine destruction : laquelle chose est aduenue, comme ilz disent, desia dix ans passez. Ces choses ie ne scay comment ilz les sauent, mais ie scay bien, que lan mille cinq cens et six, es festes de Pentecouste moy estant à Venise, on me dit que labbé Ioachin Calabrois, lequel auoit esprit de Prophétie, et flourissoit enuiron lan mille cent cinquante, leur auoit préfiguré leur décadence telle que nous la voyons, par deux Lyons volans, dont ilz font leurs armes, lesquelz il leur ordonna tirer en marbre, au pauement de leglise saint Marc. Lun diceux Lyons estoit pourtrait gros et enflé, et sembloit nager de tout le corps sur les ondes, excepté que les pattes de deuant estoient en terre ferme : lautre auoit toute la corpulence estendue sur la terre, et les piedz de derrière seulement en leaue : mais il estoit maisgre, et défiait à mer uei lies. Demandans les Vénitiens audit abbé Ioachin la signification de celle pourtraiture : il leur respondit, que tant et si longuement quilz seroient seigneurs de la nauigation de la mer, ilz nauroient gueres de controuersie auec les Princes Chrestiens, ains prospereroient en planté de richesses : ce qui est signifié par le premier Lyon : mais toutes et quantesfois quilz perdroient ledit nauigage, et se mettroient & vsurper en terre ferme, ilz esmouueroient contre eux lindignation des grans Princes, desquelz ilz seroient totalement deffaits, et ruez ius : laquelle chose leur estoit dénotée
(1) Sigoe certain.
DES VBfUTHHB. 365
par le second Lyon. Or est il certain, quilz ont perdu le nauigage des espisseries par les Portugalois, qui les vont maintenant quérir aux Indes. Et se sont iceux Vénitiens efforcez de gaigner toujours en terre ferme : parquoy maintenant ladite Prophétie se monstreroit auersee.(l)Mais si lesdites choses ont este prononcées desprits Prophétiques, ou non, ie nen vueil rien affermer. Bien est il vray, que ainsi que par propre curiosité ie cherche plusieurs liures, iay trouué vn passage en lepistre de Sibylle Erythrée, laquelle ie recouuray à Romme lannee passée, mille cinq cens et huit, qui dit ainsi : Porrà % congrcgatio in aquis Adriatieis ex desolatione Ursi i,xx. pedum coartabilur, non f rangeHt : donec ventant duo hirci, qui diminuant aurum eius. Mais encores ne scay ie^ bonnement si elle se peult approprier au temps présent : ien laisse linuestigation aux plus sages. Iay encore ouy alléguer assez dautres choses seruans à ce ainsi que chacun abonde en son sens. Si comme prognostications d astrologie, apparences de signes, estranges éclipses, comètes, fulminations, tremblemens de terre, monstres, por tentes, (2) et présages diuers. Mais pource que cecy pourroit parauenture donner erreur au peuple imbecille de sens, disant que la perdition des Vénitiens est vne chose fatale et prédestinée, à laquelle ilz ne pouuoient obuier en nulle manière : à fin de congnoitre que cest œuure de Dieu, et non des Planettes, iouxte ce que dit Orose en son Hure de Ormesta mundi (3) : Tribulationes et plaga, etsi plerunque per aereas po testâtes fiant ,
(1) N'est-ce pas averrée, accomplie ? Joachim a composé Prophetia et exposition** Sibyllanm.
(2) portenta.
(3) Par corruption du vrai titre : Orosii ou Or. moesta mundi.
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tamen sine arbitrio omnipotente Dei omnino non fiunt. A ceste cause ie me sois mis en peine de faire vn recueil et decours sommaire, de toutes leurs histoires et chroniques, lesquelles iaj réduit en trois poincts principaux : et aj trouué par iceux, que si aucunes Prophéties, vaticinations ou prognostiques ont esté diuulguees de leur ruine, ce ha esté par preuision et preadmonition de la iuste iudicature diuine : ce que ie prêtons prouuer par lesdits trois poincts ou articles. Et en la teste dunchacun, iay adiousté vne autorité ou sentence, laquelle condamne lesdits Vénitiens, et correspond et donne lustre et corroboration aux Prophéties dessusdites. Plaise aux Lecteurs supporter benignement la grosse tornure (1) du langage peu élégant : car iaj plus eu de regard à ce que la narration historiale soit garnie de vérité, que coulouree de fleurs de rhétorique. Et ay nommé ce Traicté la Légende des Vénitiens, pource quelle est digne de lire (2) : non pour sa forme, mais pour sa matière.
Chapitre prunier, auquel est désigné, comment les Vénitien* ont traité leurs Ducz, et aussi leurs subietz.
Prima sententia Senecse in Medea :
Iniqua nunquàm imperia retinentur diu. '
La première sentence proférée par le tressage philosophe Seneque, natif de Gordube en Espaigne, maistre et précepteur de lempereur Néron, dit que les seigneuries iniustes,
(1) le style trop simple, trop peu poétique, trop différent de sa prose enguirlandée.
(2) Comme os dit : bon à lire.
DBS VUHTIEHS. 385
ne demeurent pas longuement en estre. Or oongneissons maintenant par exemples si les Vénitiens sont iugez par icelle. Si verrons comment en leur police iniuste et illégitime, ilz ont plus commis de cas énormes es propres personnes de leurs Ducz, que nulle autre nation quon sache, tant soit elle Barbare. Tout premièrement donques, Vrsus leur troisième Duc par sédition populaire : cestadire mutinerie, fut tué cruellement : et enuoyerent son filz nommé Adeodatus, en exil. (1) Et depuis furent aucun temps sans Duc : mais faisoient entre eux vn gouuerneur dan en an : entre lesquelz vn nommé Iean Fabritien fut par eux deietté du gouuernement, et priué des yeux. En après, ilz remirent sus lautorité Ducale. Et r appelèrent dexil le dessusnommé Adeodatus, filz de leur Duc Vrsus, quilz auoient occis : lequel ilz constituèrent leur quatrième Duc. Mais peu de temps après ilz le déposèrent, et luy creuerent les yeux. (2) Gonsequemment (3) Gaba et Dominique ses successeurs, lun après lautre, nen eurent pas moins. Maurice Herclean, auec son filz Iean, leurs Ducz par ensemble, furent en fin bannis et dechassez : et ne sceurent auoir recours ailleurs,
(1) Une succéda en 726 au doge Marcel Tegaliano. Il enleva Rave n ne aux Lombards, reçut de l'empereur d'Orient le titre d'hypate ou consul, et fut égorgé dans son palais d'Héraclée en 737. Son fils Théodat ne fut rappelé d'exil que pour être maître de la milice après Dominique Léo et Félix Cornicula. Il ne devint doge qu'en 742, après avoir transféré la résidence ducale d'Héraclée A Mallamocoo.
(2) Cette cruauté devint un usage, dit Daru.
(3) Plus anciennement consequentement, à la suite, à la file, l'un après l'autre. Galla (et non Gaba), tué en 756 fut remplacé par Dominique Monegario, déposé en 764. Jean fût associé à son père Maurice Gàlbaio d'Héraclée pendant neuf ans. Obelerio s'empara du pouvoir en 804, et devînt le beau-frère de Pépin, roi d'Italie ou dea Lombards
366 LA LIGUIME
sinon au Roy Pépin filz de lempereur Charlemaigne. Que diray ie plus ? A peine puis ie mettre la plume auant pour Ihorreur qui sensuit. Obelier Tribun, leur dixième Duc, ne le pendirent ilz pas à vn gibet : et par rage forcenée et cruauté inhumaine, descirerent son corps en pièces : voire et aucuns deux tirèrent son cœur, et ses entrailles aux dents ? Iay honte de dire quilz le mengerent. Et non contens de ce, pour lancienne inimitié quilz ont au sang Gallique, la Duchesse sa femme, natiue de France, ne fut pas ; plus humainement traitée : eux niesmes sen vantent encores.
Passons oultre, et venons aux autres. Certes ilz furent vn peu plus courtois et plus modérez à Iean Patriciac (1), leur douzième Duc : car ilz se contentèrent de lenuoyer en exil en la cité de Grade, et illec le faire moyne. Mais à Pierre Tradonic, son successeur, ilz vserent vn peu de plus grand rudesse : car après quil les eut serai vingtneuf ans en estât de Duc, ilz le tuèrent en leglise de saint Zacharie, oyant vespres. Cela fut fait soudain et de chaude choie, sans le faire languir, dont il leur deuoit sauoir gré. Mais cestuy qui sensuit, nommé Pierre de Candie, fut autrement manié par eux : car ilz lassiegerent au palais Ducal, et mirent le feu dedens. Tellement que non seulement le palais
(1) Ange Participatio (ou Particiaco), fat nommé après la déposition d'Obelerio, et reconstruisit Héraclée sous le nom de Città- Nuova. Il défendit le patriarche de Grado contre celui d'Aquilée, et transféra le siège du gouvernement au Rialto. Après une nouvelle conspiration, on élut doge Pierre Tradenigo, originaire de Pola (836). Il fut nommé protospataire ou grand-écuyer de l'empire d'Orient. — Quant à Pierre Candiano dont il est question ici, c'est le quatrième du nom ; il était fils de Pierre III.
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brusla, mais aussi leglise de saint Marc estant voisine, et plus de trois cens maisons à lenteur. Et comme le Duc se voyant ainsi pressé se fust retiré en vn lieu secret du palais qui nestoit point encores allumé, et le peuple séditieux comme tout enragé, lallast illecques trouuer, et quil tenant son seul filz ieune enfant entre ses bras, requist à genoux en grand pleur et pitié la miséricorde de peuple, ilz ne furent pas coqtens de le meurtrir cruellement auecques son filz innocent, mais après sa mort les corps du père et du filz portez à la boucherie, et deshachez par menues pièces, furent en fin iettez aux chiens, lan neuf cens cinquantehuit.
Il ne me semble point que ie raconte lhistoire daucun peuple Chrestien, en faisant ces narrations : mais toutesuoyes il faut poursuyure puis que nous auons si auant entamé la matière. Tribunus Memus (1) leur quinzième Duc fut contraint par eux de se démettre et deuenir Moyne en vne abbaye, dont il mourut de desplaisance le sixième iour après. Othon Vrseol, lequel par leurs chroniques ilz appellent tresbon, fut neantmoins par eux banny et enuoyé en Grèce : en luy os tant la barbe, qui estoit le plus grand deshonneur quon peust faire alors à vn homme de maison et destime. (2) Dont toutesfois après ilz se repentirent et le rappelleront, mais il mourut auant quil peust retourner À Venise : car ilz nestoient pas dignes dun si homme de bien. Hz firent à Pierre Barbolan leur vingthuitieme Duc, comme ilz auoient fait au Tribun dessusdit» et dauantage : car
. (1) Memmo, successeur de Vital Candiano, frère de Pierre IV.
(2) Filleul de l'empereur Othon III. Othon Urseolo épousa la fille du roi de Hongrie. Il vainquit les Croates, commandés par son beau • frère.
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après la barbe rese, ilz le contraingnirent À estre Moyne, et lenuoyerent en exil. Dominicus Syluius leur Duc trenteunième, pource quil auoit esté vaincu et rebouté en bataille sur mer par les Normans, qui pour lors auoifent nouuellement conquis les terres quon dit maintenant le Royaume de Naples, fut déposé de la dignité Ducale. (1)
Aux dessusdits encores vserent ilz dhumanité selon leur coustume. Mais Vital Michael leur Duc trenteseptieme ils tuèrent furieusement. Non pour autre cause, sinon, pource quil nauoit pas assez à leur appétit oultragé lempereur Bmmanuel de Grèce, et son empire. (2) En après ilz lapidèrent leur Duc Renier quarantecinquieme, mais cela leur est à pardonner : car souz luy auindrent les discordes des Geneuoys, Pisans et Vénitiens, parquoy nous auons perdu la terre sainte. laques Contarene leur Duc vingtseptieme, pource quil auoit mal bataillé auecques ceux de la Marque d*Anconne, qui sont du patrimoine de saint Pierre et de la terre de Leglise, fut mis en prison. le me tais de Dai amont Tepulus (3) lequel ilz firent pendre, pource quil vouloit estre leur Duc par force. Mais de Marinus Fallerius, (4) leur Duc cinquantecinquieme, eslu de leur consentement, ie mesbahiroye assez pourquoy ilz luy coupèrent la teste, si ie ne sauoye, que comme il leur est licite de les faire mourir par violence après quilz les ont esluz, aussi ont ilz priuilege de les faire aucunesfois Ducz par force, et malgré eux : si
(1) Dominique Silvio avait été battu par Robert Guiscard qui s'empara de Durazzo.
(2) Ce fut sous le doge Vital Michieli que la république fit ton premier armement pour la croisade (1098).
(3) Boémont Tiepolo.
(4) Marino Faliero.
DUS vemtwns. 309
comme fut Andréas Contarene, leur soixantième Duc: Lequel sil ne leust accepté, ilz le bannissoient perpétuellement, et confisquoient tous ses biens.
Mais pour le dernier exemple de leur ingratitude enuers iceux Ducz : C'est chose mémorable de la fortune de Francisque Foscarius leur cinquantesixieme Duc, lequel commença à gouuerner lan mille quatre cens vingtquatre* (1) Et se conduisit en leur chose publique bien à leur appétit par lespace de trentesix ans. Acquist, ou plustot vsurpa, beaucoup de terres en Italie, et lies adiousta à leur seigneurie. Puis en la fin de ses iours, pour toute recompense, iLz le déposèrent de la dignité sans alléguer autre raison, fors la vieillesse, et impotence. Si fut contraint do laisser son palais Ducal, auquel il vid entrer son nouueau successeur. Et il comme homme de cœur, sen alla mourir de dueil en sa maison patrimoniale incontinent après sa déposition. Certes ilz ne luy sauoient plus humainement abréger sa vie : mais à fin quil ne se plaingnist point destre tout seul malheureux en sa maison, son propre filz fut pâteux banny pour vue souspeçon (2) légère, et puis rappelle, et cruellement mis à torture, combien quil ne confessast rien de ce qpon luy imposoit. Et derechef renuoyé en exil perpétuel auecques son beau frère nommé Andréas Donatus, qui auoit espousé sa aœur.
Puis que nous auons veu la belle reuerence quilz portent & leur Duc, et à ceux de sa maison, et de son sang : dont 4e septante quilz ont eu, il en y ha pour le moins vne vingtaine de mal traitez, comme dessus est dit, il est assez facile à coniecturer que la reste de leur gouuernement est
(1) François Fosoari et André** Contarini.
(2) Suspicion. Cf. Darm, Hitt. de Venise III, 128.
370 LA LBGBMDE
de mes mes, enuers leurs subietz. Et nest pas proprement police légitime, mais plustot tyrannie arbitraire, et sans fondement de raison. Car souuentesfois pour néant ou pour cause légère, ilz décapitent leurs capitaines : comme ilz firent iadis Garmignole : ou ilz les mettent en prison, comme ilz firent Nicolas de Pise ; ou ilz les enuoyent en exil, comme il firent nagueres Antoine Griman. Iay congnu vn maistre de leur artillerie, natif de Bourgongne, lequel ilz tindrent vingthuit mois en prison, délibérez de le faire mourir là dedens, seulement pource quil auoit salué vne ambassade de France : mais leur eschappa par subtilité de son engin.
Au surplus, quant à leurs subietz lesquelz ilz tiennent par droit dusurpation, il est certain que tous (ou la plus part) ont tousiours désiré de se secourre et ietter hors de leur ioug : comme iniuste, et insupportable, et de retourner à leurs premiers dominateurs. Si comme il appert de la cité de Hyadre en Dalmace, par eux vsurpee sur le Roy de Hongrie : laquelle par plus de sept fois se rebella contre eux, et se retourna vers son seigneur naturel. Et combien quilz fussent horriblement molestez des Vénitiens par mer, et par terre, néant moins iamais ne se voulurent condescendre destre souz leur domination, iusques à ce que lesdits Vénitiens achetèrent ladite cité du Roy Ladislaus de Hongrie, pour le prys de cent mille ducatz. (1) Pareillement ceux de Targesten Gorice (2) : qui est cité Impériale, foulez de trop grands exactions de tributs, se soutrahirent de leur tyran-
(1) C'est pour cent mille florins que Ladislas, roi de Naples, vendit aux Vénitiens la ville de Zara et tons ses droits sur la Dalmatie. Cette Tille avait échappé huit fois à la seigneurie, vénitienne.
(2) Trieste et le comté de Gorice on Gorts.
DBS YKNITIBRS. 371
nie. Et en se deffendant vaillamment se donnèrent à Léopold Duc d'Austriche, lequel les secourut à grand puissance.
Semblablement ceux de Taruis se donnèrent au dessusnommé Duc d'Austriche, enuiron lan mille trois cens cinquante : pource que par lappointement de la guerre que le Roy de Hongrie et de Naples auoit fait ausdits Vénitiens, ilz auoient promis de pardonner à leurs subietz, qui auoient tenu le party du Roy de Hongrie. (1) Et ce monobstant, ilz firent mourir beaucoup desdits subietz, mesmement des Taruisiens : pourquoy ilz se donnèrent comme dessus. Mais encores peult mieux apparoir leur cruelle et iniuste domination par ceux de lisle de Candie, lesquelz ilz tiennent si tresesclaues, quilz ne leur souffrent pas labourer la tierce partie de leurs possessions, de peur quilz ne deuiennent trop riches, comme ilz disent, et puis se rebellent contre eux. Iay ouy affermer à aucuns souldars de Rhodes, que nha pas long temps quun de ces ermites, ou religieux solitaires quilz appellent par delà Caloyers, auoit semé en son iardin des faseoles (ce sont vne manière de pois) plus quil ne luy en failloit pour son estât : mais peu sen faillit que le gouuerneur de ladite isle pour les Vénitiens, ne le feist mourir à ceste cause. Et oultre, il est tout certain que les seigneurs de Rhodes recueillent plus facilement toutes manières de viures es seigneuries du Turc en Grèce, et en Turquie, quilz ne font des Vénitiens en Candie.
Ces rudesses intolérables ont fait souuentesfois rebeller ceux de Candie. Principalement souz leurs Ducz Laurens
(1) C'est le 2 mai 1381 que fat signé le traité de cession de la Marche Trénsane à Léopold duc d'Autriche.
378 ut uwtHft*
Celsel cinquantehuitieme, et Marc Cornari* (1) cinquanteneuuieme,pour laquelle rébellion appaiser,let Vénitiens firent tant enuers le Pape, quilz obtindrent la croisade contre les Candiote, qui sont aussi bons Chrestiens que leurs mais très. tresnoble isle iadis créée pour seigneurier sur Greos ! Isle iadis franche et libère, maintenant aaseruie et esclaue : iadis anoblie de cent citez, auiourdhuy presque déserte : iadis tant fertile et abondante en toy mesmes, et ores eontrain te à stérilité par prohibition de cultiuage. Si tu estois souz la manutenence daucun Prince Chrestiea, bien pourroyes tu recouurer légèrement ta resplendeur primitive, et estre vn fort boluert de Chrestienté, pour batre et parauenture abatre, le grand orgueil du Turc, ce qui adviendra prochainement si Dieu plaist. Cest quant au premier poinct. venons orendroit au second.
Chapitre deuxième, auquel est monstre en quelle $orte les Vénitiens se sont gouuernez aveeques les Princes et seigneurs de Chrestienté.
Secunda aententia Ecclesiaetici 10.
Regnum à gente in g eut cm transfertur propter iniustitias, et iniuriaSy et contumelias, et diuersos dolos.
Geste seconde sentenoe prononcée par le sage luif nommé Iesu filz de Syrach, en son liure Ecclésiastique, dit quun
(I) Laurent Celui (1361) et Marc Cornaro (1365). — Ko 1363, les Candiotes, pour se séparer de la république, n'hésitèrent pas À se séparer de l'Eglise latine ; ils embrassèrent le schisme grec ; et, ce qui était presque une plus criminelle apostasie aux yeux des Vénitiens, ils ne voulurent plus reconaaitt* St Mars pour leur patron et lui substituaient St Tite.
M6 yuiiTiws. * 375
Royaume ou seigneurie est transporté de gent à autre, & cause diniustioes, oultrages, et diuerses tromperies qui sy foat. Si eeste sentence icj touche les Vénitiens ou non, il y faudra, regarder par le menu. Car puis que par larticle précèdent nous auons assez amplement entendu comment ilz se maintiennent en leurs maisons, il nous faudra maintenant voir par quelz moyens ilz se sont entretenuz aueoques les Princes Chrestiens : quelz priuileges ils ont; eu d'eux : et quelz guerdons ilz leur en ont rendu. Or treuue ie, que le tresglorieux Empereur et Roy de France Charlemaigne, fut le premier, qui leur commença à donner la liberté dont ilz ont depuis abusé. Il les franchist, et leur ottroya quilz poussent viure selon leur mode, et leurs loix : dont aussi fut le premier qui sen repentit bien tost et de son plein viuant, et la cause fut telle.
Lempereur Charlemaigne, et Nicephorus Empereur de Coastantinoble, auoient guerre ensemble : pouroe que ledit Nicephorus estoit malcontent que Charlemaigne auoit accepté le tiltre de lempire Occidental par le motif et autorité du Pape Léon. Et les Vénitiens en ceste guerre par appointement fait auecques Charlemaigne, en leur baillant le priuilege dessusdit estoient neutres. Cestadire, ilz ne se deuoient mesler ne dun costé ne d autre. Mais selon leur nature renardiue, ils firent tout le contraire de leur promesse ; car ilz ayderent secrètement audit Empereur de Coastantinoble, et se mirent en essay de greuar lempereur Charlemaigne : dont il fut aduerty et malcontent à merueillds. Et deslors commanda à son filz Pépin Roy d'Italie de leur faire la guerre à oultrance, ee qu'il fait. Et leur osta tous les ports de mer quilz tenoient en terre ferme, Palestin, Clodia, Medoac, Albiolan, (1) et toutes les
(1) Les lies de Pale* tri na, Chiozza, Malamocco, Albiola.
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isles circonuoisines. Et les mist en telle perplexité, quilz furent contraints auec leur Duc Maurice septième, leurs femmes, leurs enfans, et leurs biens meubles laisser la terre ferme, et se retirer en vne petite isle déserte, nommée Riualte, (1) ou ilz ont depuis édifié Venise, comme elle est maintenant, là ou encores Pépin les alla asp rement assaillir. Et si ce neust esté que par force de tempeste vn grand pont de bateaux quil auoit fait faire rompit et se desempara, ilz estaient desadonc destruits à iamais.
Tel fut le commencement des Vénitiens, de tenir la foj à leur souuerain Prince Charleraaigne. Voyons désormais, comment il leur ha bien pieu de continuer enuers les autres Empereurs. Hz impetrerent iadis de lempereur Alexis de Cons tan ti noble par lettres patentes, quilz poussent tenir à iuste tiltre, les païs de Daim ace, et de Croace par eux vsurpez sur leurs voisins. Puis après ilz obtindrent dun empereur d'AUemaigne nommé Conrad, quilz poussent batre monnoye à leur coing, et à leurs armes. Dun autre Empereur ilz eurent priuilege, que leur Duc vingtsixieme, nommé Pierre Vrseol, et ses successeurs, poussent porter le manteau Ducal de drap dor. Et oultreplus, enuiron lan M. ce. xo. ilz eurent licence de Lempereur d'AUemaigne de pouuoir forger ducatz dor à Venise. Pour tous lesquelz bienfaits et gratuitez, ilz ont tousiours à leur pouuoir vsurpé les terres Impériales tant de Lempire Oriental, comme Occidental , et contrarié lesdits Empereurs à tous costez.
Et pour venir à la preuue des choses dessusdites, il nest rien plus certain, que par trait de temps ilz ont tant miné et affbibli Lempire de Constantinoble, que finablement les
(1) Le Rialto.
DBS VENITIENS. 375
Empereurs nont eu nulle puissance de résister au Turc : car pour vn coup les Vénitiens ont autresfois amené hors de Grèce quinze mille prisonniers. Et pour vn autre coup osterent dudit Empire à lempereur Emmanuel lisle de Rhodes auant quelle fust aux cheualiers , Sio, Samos, Methelin, et Andros, toutes isles de l'Archipel : et la cité de Modon en la Moree. Et plusieurs autres à diuerses fois, tant en mer, comme en terre ferme. Lesquelles silz auoient mal acquises, aussi les ont ilz mal gardées : car le Turc ha tout recouuert sur eux, au tresgrand preiudice de Chrestienté , comme nous dirons au troisième article. Excepté Candie, laquelle ilz extorquèrent : et aussi Methelin, de Baudoyn, Conte de Flandres et de Haynau, quand il fut créé Empereur de Const antinoble, lan mille deux cens et deux. Quelz autres oultrages ont ilz fait aux Empereurs d'AUemaigne, mesmement à Sigismond tresuertueux Prince, venant en Italie pour receuoir la couronne dacier ? Ne luy furent ilz pas contraires de toute leur puissance lan mille quatre cens et treize, comme silz fussent constituez arbitres et limitateurs de la souueraine maiesté Impériale, la seconde lumière du monde : Et que ne luy soit loisible, sil ne plait aux seigneurs Vénitiens, dentrer en leur propre domaine d'Italie : nest ce pas chose bien estrange ?
, le me tairoye voulentiers des oultrages quilz ont faits à lempereur Maximilian à présent régnant : pource que la mémoire en est assez fresche et récente, si ce nés toit à fin de ramenteuoir la mémorable intégrité du tresnoble Roy Charles huitième, que Dieu par sa grâce absoulle. Auquel comme iceux Vénitiens estans au siège de Lygorne, presen-
(1) Livourne en 1496.
Stô LA LBGBHVB
tasssent secrètement mettre entre ses mains la personne dudit Maximilian pour lors Roy des Rom mains, lequel par mille promesses dérisoires ilz auoient fait venir en Italie pour le tromper. Alors le Roy treschrestien par instinct de hantcourage Royal et magnanime, eut horreur dune trahison si tresexecrable. Si euoya en grand diligence icelles mesmes lettres audit Roy des Rommains, à fin qui! fust sur sa garde. Nonobstant que alors et de long temps il y eust entre lesdits deux Princes plus dapparence diniraitié que de paix : et tout par la trafique diceux Vénitiens, et dautres semblables mauuais esprits. Lequel exemple de preudhommie Françoise est bien digne destre récite par vn Valere, ou par vn Tite Liue.
Aussi est il bien vray, que à ce fut induit ledit Roy Charles : en partie pource quil sauoit véritablement feu de bonne mémoire l'Archiduc Phelippes depuis Roy de Castille, et de bonne et entière foy en presque semblable cas, eestauoir pendant le temps que ledit Roy Charles estoit en Italie pour la conqueste de Naples : auquel temps les Vénitiens sollicitèrent et importunèrent ledit Archiduc par secrètes ambassades, à fin de lesraouuoir à entamer la guerre en France. Et pour ce faire, luy presentoient deux cens mille ducatz : sans les autres presens quilz offroient à aucuns seigneurs ayans crédit autour dudit Archiduc, pour atteindre à leurs fins. Mais l'Archiduc se trouua constant, et nobtempera point à leurs maudites suasions : comme il apparut par effect. Dont le Roy Charles print si grand beniuolence auec luy, que sil eust plus vescu, on en eust mieux congnu lapparence. Et tant à ceste occasion, comme pour les autres oultrages que les Vénitiens luy auoient faits et cuidé faire en Italie, il auoit conceu contre eux la vengeance. Laquelle le tresuertueux Roy Loys douzième, son successeur ha maintenant mise à exécution.
vm vuitiuis. STJ
Qm eera ce cy après, si las histoires veridiques ne font foy, qui voudra croire quune telle manière de gens ayt osé en son plein conseil donner iugeraent mortifère sur les plus grans Princes de la terre, cestasauoir dune part sur U sacrée maietté du Roy des Romains, auquel ceux de Bruges en Flandres par grand foreur, et témérité populaire auoient osé toucher de leurs mains sacrilèges : dont les Vénitiens pour autoriser leur malice, leur mandèrent par lettres missiues ces six motz : huomo morto «s» fa piu gwefra. Bnhortans lesdits Flamens Brughelins par ceste grieue sentence inhumaine, de non laisser eschapper la personne de leur tresnoble Prince, ains souiller leurs mains de son sang : mais ilz furent si sages, quilz ny obtempérèrent pas. Lesquelles lettres ledit Roy des Romains ha bien gardées depuis, pour les monstrer en temps et en lieu. Et dautre part, ioeux Vénitiens iettans semblable sentence de mort sur le Roy treschrestien Charles huitième, à la ionrnee de Feurnoue, proposèrent par edit publique guerdon de cent mille ducatz à celuy qui le pourroit anoir en sa puissance mort, ou vif. Et à chacun qui apporterait la teste dm» François six ducatz, dont il y eut aucuns de leur cstradiote,lesquelz pource quilz ne ponuoient recounrer des testes des ^François, décapitèrent aucuns prestres, et passans de Lombardie. Somme, à peu me repens ie, si ce nestoit le zèle de vérité, qui my enhorte destre entré en labyme de eeste matière odieuse : car tant y ha daffluence de circonstances, que ie ne scay auquel entendre. Neantmoins, puis quil est certain que leur audace arrogante ha esté tant hardie, que dentreprendre sur les treshauts Princes dessus nommez, il sera plus facile à croire des autres moindres, dont nous ferons icy mention.
Ils est asauoir, que la principale vsurpation des seigneu-
378 4L* LBGHUfe
ries en Italie faite par les Vénitiens» commença seulement depuis enuiron cent ans. Cestasauoir du temps de leur Duc soixante troisième, nommé Nicolas Stenus (1), lequel fut eslu lan mille quatre cens. Si osterent premièrement la cité de Vincenne des mains des Vicontes de Milan. Et puis dun seigneur nommé Francisque Carrario vicaire de Lempire, prindrent les deux citez Impériales de Vérone, et Padue, lan mille quatre cens et six. Et non contens dauoir despouillé ledit Francisque de sa seigneurie, lenuoyerent prisonnier à Venise, là ou finalement ilz le tuèrent en prison. Puis après tout dune main tollurent à la Vicontesse de Milan vefue, les villes de Feltre, et Giuidal en Foriul. (2) Et deslors en auant eurent vne merueilleuse enuie et ambition de dominer en Italie.
Car souz leur Duc subséquent, nommé Francisque Foscaro, dont nous auons parlé cy douant, ilz vsurperent Rauenne, cité tresancienne, et bon port de mer, estant du patrimoine de leglise Romaine. Mais la manière comment ilz leurent est bien digne de sauoir, pour la grand trahison quilz y commirent. En ce temps là dominoit à Rauenne vn seigneur nommé Hostase Polentan, (3) lequel estoit simple homme, et sans malice, dont les Vénitiens se donnèrent garde. Or auoient ilz de pieça grand enuie dauoir Rauenne, pource quelle leur estoit bien propice. Et à ceste cause vn iour ilz enuoyerent semondre bien magnifiquement sa femme, et son filz, et prier quilz se voulsissent venir esbatre à Venise en certaine grand feste et solennité quilz
(1) C'est Michel Sténo qui gouverna treize ans.
(2) Cividale en Frioul.
(3) Obizzo de Polenta, seigneur de Ratenne.
DM YKMTKHS. 379
faisoient lors. A ceste semonce le bon seigneur de Rauenne, qui ne se doutoit daucune tromperie, obtempéra, et sen alla à Venise auec tout son train. La seigneurie le receut à grand accueil, et triomphe de prime face : mais ce fut vne courte ioye. Car ce pendant ilz firent prendre Rauenne par trahison, et enuoyerent ledit seigneur Hostase, sa femme, et son filz prisonniers, et en exil perpétuel en lisle de Candie : ou ilz moururent pourement.
Le semblable tour firent ilz à vn autre seigneur nommé Friscus Estensis (1), lequel après que par appétit désordonné' de dominer en Ferrare, il eut mis en prison son propre géniteur, et vsurpé tyranniquement ladite seigneurie de Ferrare sur sondit père : à layde et faueur des Vénitiens, finablement ilz ne souffrirent gueres ledit Friscus iouyr de sa mauuaise conqueste, mais le prindrent pour eux mesmes, et le ietterent dehors enuiron lan mille trois cens et deux, dont le Pape Clément cinquième, estant pour lors en Auignon fut merueilleusement mal content, pource que cest terre deglise : et excommunia à ceste cause lesdits Vénitiens, comme nous dirons plus à plein au troisième article. De poursuiure par ordre toutes les autres rapines quilz ont perpétrées tant sur le Roy de Hongrie, comme sur les Ducz d'Austriche, et autres Princes, seigneurs et vassaux particuliers, mesmement sur Leglise, ce me seroit
(1) Frisque d'Esté, fils d'Azon d'Esté, seigneur de Ferrare et d'une courtisane vénitienne. Il implora le secours des Vénitiens contre son frère légitime François, après avoir emprisonné et assassiné son frère. Les Ferrarais, de leur coté, députèrent à Clément V pour être délivrés de la domination des Vénitiens. A Venise, le nonce du pape se vit outragé par le peuple, assailli de coups de pierre et obligé de quitter la ville, sur laquelle, en fuyant, il lança l'excommunication (1309).
MO j*
chose trop difficile. Mais de Usurpation du Royaume 4e Cypre, ie ne me puis taire : car lastuce dont ils vserent, est trop peruerse, et trop diabolique.
Or est il vray donques que pour frauder, frustrer, chasser, et deepouiller du Royaume de Cypre monseigneur Loys de Sauoye, et la Royne Charlotte sa femme, yssue de la tretnoble maison de Lusignen, vraye héritière légitima diceluy : ilz establirent, et intronisèrent audit Royaume laques bastard de Cypre, contre Dieu et raison, et auecques layde du Souldan. Auquel laques apree lauoir ainsi fait Roy, non pas par charité, mais par cautela, pour après le defiaire de mesmes, ilz donnèrent en mariage Catherine fille de Marc Coirario, (1) gentilhomme de Venise. Lequel par leur commandement auoit aydé, et assisté ledit bastard en tout son affaire enuers le Souldan, et encontre mondit seigneur Loys de Sauoye, et la Royne Charlotte sa femme, iosques à les chasser hors de Cypre. Laquelle Catherine fut solennellement adoptée en fille, par la seigneurie Vénitienne : mais ce nestoit sinon aussi pour adopter le Royaume. Car le malheureux Roy bastard, quant et quant sa femme Vénitienne espousa loccasion de la mort : cestadire, que incontinent quilz sceurent quelle estoit grosse, Us empoisonnèrent ledit Roy. Et firent courir le bruit, quil estoit mort de flux de ventre : et quil auoit laissé héritier sa femme et sa portée. Et iceux recommandé à la seigneurie de Venise. Quand donques elle fut acouchee, ilz firent de lenfant le semblable quilz auoient fait du père. Prindrent
(1) Maroo Cornaro, frère d'André, riche patricien exilé en Chypre. Sandi, Storia Civile di Vem*ia % VIII, 12, cherche à justifier l'usurpation de Jacques. Le royaume de Chypre relevait alors du Soudan d'Egypte.
ladite Catherine, quife appelloient Royne de Cypre : et la ramenèrent à Venise. Et deslors se saisirent dudit Royaume, lequel îlz ont tenu depuis lan m. cocc. lxx. iuaques au temps présent. (1)
Au bon Prince Phelippes Marie, Duc de Milan père de Madame Valentine Duchesse d'Orléans, ayeule paternelle du Roy Loys douzième, Duc de Milan, à présent régnant, les Vénitiens ne firent ilx pas tant de torts et de molestes, que cela fut bien cause dabreger ses iours f certes si firent. Mais entre les autres, la plus grande fut, quilz trouuerent manière de corrompre, et suborner à force dargent le capitaine gênerai de son armée, nommé Garmaignole, vaillant homme, mais traytre. (2) Lequel print de nuict, et osta à son maistre ledit Duc Phelippes de Milan, par emblée, la forte ville de Brexe, lan mille quatre cens vingthuit : de laquelle dépendent plusieurs places et chasteaux : et lannee ensuyuant la ville de Bergame, et ses appendences. Lesquelles au fin commencement de ceste guerre m. d. ix. ledit trèspuissant Roy Loys douzième, ha recouuré* comme appartenantes à luy par droit héréditaire : après que les Vénitiens contre droit et raison en ont été vsufructuaires par lespaoe de quatre vingts ans. Puis encores en eea messes guerres, ils veurperent sur le Marquis de Mantue les villes d'Azolle, Lunaire, et Pescaire (3) : laquelle dernière nommée ha estf prinse dernièrement par les François, et tons les Vénitiens qai estoîent dedens mis à lespee.
En après ils firent tant que ledit Doc Phelippes Marie
( 1 ) €'** plot* (kpm 1475 (Para IV, 38)*
(2) Le comte de Carmagnola, célèbre condottiere iUliea, décapité à Venise le 5 mai 1432.
(3) Atola, Peschiera, Lonato.
9B1 LA LEGKKMt
fat contraint par appointement fait lan mille quatre cens quarantedeux, de donner sa fille bastarde nommée Blanche, en mariage à Francisque Sphorce, capitaine de petite vocation : et pour douaire, Crémone, et le Cremonnois, lesquels ilz eurent en leurs mains, et ladite Blanche aussi. Combien que Francisque Sphorce recouurast depuis le tout, quand il se fit Duc par force, et an desauantage de la maison d'Orléans, à laquelle le droit appartenoit. Mais on ny pouuoit pour lors entendre de par deçà à cause des guerres des Anglois. Par ainsi void on comment ilz se sont tonsiours entremeslez de troubler le monde, pour faire leur prouflt du dommage dautruy. Que diray ie plus f Tantost après la iournee de Fournoue, en laquelle ilz se mirent en toutes peines de greuer le tresnoble sang de France, ponrce quils nont acconstumé de pescher sinon en eaue trouble, ne commandèrent ilz point au capitaine de leur armée de mer, nommé Antoine Griman, quil se tirast à toute diligence sur la coste de Pouille, et de Calabre, et que à toute force il recouurast des mains des François ce quilz y tenoient. Et de fait, il y emploita tant, quil print deux ports de mer : cestasauoir Manopole, (1) et Mole. le ne scay entendre quel tiltre, ne quelle action ilz y pouuoient prétendre, sinon leur droit accoustumé dusurpation, et rapine. Néant m oins ilz eurent encores depuis trois autres bonnes citez, et ports de mer, Trane, Otrente, et Brandis, (2) mais ce fut souz ombre de donner ayde au Roy Fernand contre les François, pour recouurer le Royaume de Naples : voyla leurs pratiques accoustumees. Mais à fin deuiter ennuy, et pource que ie scay assez, que plusieurs nobles hommes de France, et
(1) Monopoli.
(2) Briodes.
DIS VBNITIKNS. 385
dailleurs en sauent assez dautres récentes et modernes, ie me déporte à tant de ce second article, pour venir au tiers.
Chapitre troisième, auquel est ieelairé comment les Vénitiens se sont porte*, tant enuers les personnes ecclésiastiques, comme le saint siège Apostolique. Et aussi enuers Us ennemis de nostrefoy catholique.
Tertia santentia Homeri Iliad. 2.
Multos imperitare malum est, rem vnicus esto.
Par ceste troisième et dernière sentence diffinitiue, laquelle est iettee sans appel en lieu darrest par le prince des poètes Homère, en son Iliade : Il appert que toute police et seigneurie ou plusieurs dominent, nest pas bonne : mais la seule monarchie est légitime. Cestadire là ou il domine vn seul Prince souuerain, comme on peult dire dun Royaume ou dun Empire. Parquoy les Vénitiens combien quilz y fussent subietz de droit, seront ores condamnez reallement et de fait à auoir vn seul Prince monarque par dessus eux. Mais pource que la première partie dudit arrest, cestasauoir que la domination de plusieurs nest pas bonne, semble requérir plus ample preuue : Combien que par les deux articles precedens il soit assez clarifié, neantmoins nous satisferons dabondance à ladite probation : et monstrerons, que si les Roys de France ont mérité destre nommez treschrestiens : et les Roys d'Espaigne catholiques, par singulière prerogatiue pour les seruices quilz ont faits tant à nostre sainte foy et religion Chrestienne, comme au saint siège Apostolique, les lecteurs de ce troisième article iugeront des Vénitiens tout le contraire : car ie les treuue
384 LA LKWM
anoir nos sans plus nreueramment, mais aassi treainbi* mainement traité ia dignité ecclésiastique, mesprisé lautorité Papale, et estre cause en partie de 1 exaltation des T urez, *t de lafibiblissement de Chrestienté : lesquelles choses ie prouueray facilement. Non pas que ientreprenne de dire tout oe qui seruiroit à os : mais de chacun poinct, quelque exemple brief et sommaire, à fin que de ce puist résulter par coniecture du surplus vne conclusion affirmatiue du présupposé.
Touchant le traitement des personnes ecclésiastiques, il me suffira damener deux de leurs actes en ieu concernans deux de leurs Patriarches, La premier fut iadis du temps de Maurice Heraolean leur septième Duc : auquel temps ilx commirent va criminel oultrage en la personne de Iean Patriarche de Grade (1), homme de grand estime et valeur, lequel ilz assiégèrent par fureur populaire en son église pvopre ; et puis le prindrent et le ietterent du plus haut du clocher à terre, Ut ou il tomba mort, et despecé piteusement. La cause pourquoj ne fut autre : sinon pource quen gardant sa fidélité, il auoit signifié à lempereur Charlemaigne, et à son ûlz Pépin Roy d'Italie, les machinations desdits Vénitiens, par lesquelles ilz fauorisoient secrètement k lempereur de Gonstantinoble, contre les conuenances quilz aooient auec lesdits Princes, comme nous auons dU au deuxième article. Le second ha esté de nostre temps : et dua de leurs autres Patriarches nommé Hermolaus Barbant*, homme de grands lettres et vertus, lequel les auoit semis d'Orateur presque enuers tous les Princes Chrestiens. fit comme il fust sur ses vieux iours en ambassade
(1) Grado.
DBS VENITIENS. $85
pour eux deuers le Pape, et le Patriarchat d'Aquilee vinst à vaquer en ce temps, le saint Père de son propre mouuement luy donna i celle dignité comme à personne trèsdigne, et qui lauoit bien desserui. De ce furent les Vénitiens si indignez, pource quil auoit accepté estant en légation et sans les en aduertir : que deslors ilz luy interdirent perpétuellement lentree en toutes leurs terres, bannirent ses parens, et confisquèrent leurs biens : laquelle cruauté rigoureuse redondoit autant à la vilipendence du saint siège Apostolique, comme au dommage dudit Patriarche. Lequel voyant leur ingratitude mourut tantost après de dueil, exilé de son église et de son païs. (1)
En tant quil touche leurs autres rebellions, inobediences, oontumacitez, irreuerences et presumptions enuers le saint siège Apostolique, on les peult assez congnoitre par la bulle du Pape moderne. Par laquelle ilz sont excommuniez et interdits, laquelle est imprimée en François. Mais encores nest ce pas assez, qui ne scait la racine et le fondement par le menu, dont nous dirons quelque chose : car à poursuiure le tout, ce traicté pour roi t croitre en vn grand volume , et causeroit attediation aux lisans. Il suffira donques den atteindre la summité daucunes parcelles. Or auons nous dit cy dessus au deuxième article, comment ilz vsurperent Ferrare sur Friscus Estensis , lequel auoit mis son père en prison, et le feit mourir illec, et depuis chassèrent ledit Friscus dehors, et se firent seigneur de Ferrare, qui est terre deglise : dont le Pape Clément cinquième, natif de Bourdeaux, et le premier qui amena la court de Romme en Auignon, fut fort indigné :
(1) Ermolao Barbaro II, un des xélateurs de la Renaissance au XVt siècle.
386 LA LIGENDB
et les admonnesta par plusieurs fois de sen désister : à quoy ilz n obéirent point. Il les excommunia, eux et leur Duc nommé Pierre Tradonic quaranteneuuieme, aggraua et reaggraua et maudit » dont il ne leur chalut, non plus que,à chiens, ains persévérèrent en leur malice, tant et si longuement, que ledit saint père Clément fut contraint den escrire aux Roys de France et d'Angleterre, et de leur mander, quen toutes leurs terres et seigneuries ilz eussent à abandonner et confisquer tous les biens des banquiers et marchans Vénitiens, et mesmement à vendre leurs personnes pour esclaues, comme infidèles et rebelles à la sainte Eglise Romaine : mais encores pour cela ne samenderent ilz point^ mais mespriserent les censures et falminations ecclésiastiques, par grand contumace , iusques à ce que le saint siège Apostolique les declaira hérétiques, et conuoqua le bras séculier : et feit publier la Croisade contre eux en Italie, tant quitz furent contraints par armes de rendre ladite seigneurie de Ferrare. E£ neantmoins demourerent depuis long temps excommuniez et interdits, iusques à ce quiiz enuoyerent vn ambassade (1) audit Pape Clément cinquième, en Auignon, pour auoir leur absolution, laquelle à grand peine ilz obtindrent. Apres que le Pape eut fait mettre pour pénitence solennelle vn colier au col dudit ambassadeur, nommé Francisque Dandalus (2) : et le feit marcher à quatre piedz parmy la grand salle du palais d' Auignon, dont il fut tousiours depuis à Venise appelle chien, combien quilz le fissent leur Duc cinquantedeuxieme. Et neantmoins souz lenseigne dun tel chien
(1) maac. pour ambassadement ?
(fc) François Dandolo.
DBS TER (TIENS. 387
ilz osterent au Patriarche d'Aquilee leur voisin deux bonnes citez, cestasauoir Polie et Valence, qui sont en Gorice. Séant le Pape Iean vingtdeuxieme en Auignon, qui fut eslu à Lyon, lan m. ccc.^xvii. en leglise des Iacobins, quon dit Nostredame de Confort. Cela deuroit assez suffire pour leur diffamation éternelle, si ce nestoit que ie me donneroye conscience de passer souz silence encores deux grands controuersies quilz firent tout en vn temps au Pape Sixte oncle de nostre saint père Iulius à présent séant. Lequel ayant fulminé la grieue sentence dexcommuniement sur les Florentins, à cause du grand oultrage quilz auoient commis , en faisant pendre et estrangler dedens leur cité larcheuesque de Pise et autres personnes ecclésiastiques, et eut ledit Sixte enuoyé contre eux à guerre ouuerte, Federic Duc d'Vrbin, capitaine gênerai des terres de Leglise, et Alphonse Duc de Calabre : les Vénitiens se benderent en si mauuaise querele auec les Florentins excommuniez, pour résister au Pape, et tuèrent Antoine Campane neueu diceluy, auprès de Perouse. Et tantost après ils firent aspre guerre au Duc Hercules de Ferrare, vassal de Leglise. Dont il fut mestier au Pape dessusdit les excommunier, et enuoyer contre eux Fernand Roy de Naples : contre lequel les Vénitiens firent venir le Duc René de Lorraine, dernièrement trespassë, auec grands promesses : cestasauoir de le mettre en possession du Royaume de Naples, auquel il disoit auoir action, à cause de la maison d'Aniou. Mais le Duc de Lorraine ny demoura gueres, ains sen retourna tantost par deçà, craingnant quelque nouueauté en ses païs à cause de la mort du Roy Loys onzième. Finablement les Vénitiens furent contraints de demander humblement la paix au Pape, autrement ilz estoient affolez de tous costez par les Princes d'Italie, lan
mille quatre cens quatre vingts et quatre. Des vsurpations qoilz ont faites an temps du Pape Iuiles à présent séant, sur les terres deglise reeouurees par le Duc de Valentinois, à lajde des François : et aussi comment ilz ont fauorisé à Iean Benûuole vsarpateur de Boulongne, contre Leglise, dont ilz sont présentement excommuniez, et autres choses assez, ie men tais, pouroe quelles sont trop modernes, et que chacun les scait. Et viens à declairer comment ilz se sont conduits au fait de la terre sainte, et contre les Infidèles, Turcz, et Sarrasins, ennemis de nostre foy.
Or trouve ie bien quilz se vantent assez par leurs Chroniques dy auoir fait grand exploit. Et se donnent Ihonneur eux mesmes de toute la première conqueste de la terre sainte, comme si nul des Princes Chrestiens ny eussent rien fait. Mais ie treuue dautre part, que quand Baudoyn Roy de Hierusalem fut prins prisonnier et mené au grand Caire par Daloc Roy de Parthes, et que toute la terre sainte estoit en grand danger, les Vénitiens auec leur Duc trentecinquième nommé Dominique Michel, (1) firent semblant de laller secourir à tout vne grosse armée. Et de fait, recouurerent vn port de mer nommé Tyr, et non autre chose, ains retournèrent tantost sur les Chrestiens. Et prindrent par force et sans querele à lempereur Emmanuel de Grèce, les isles de Rhodes, Sio, Samos, Methelin, Andros, comme desia cy dessus est touché : et la ville de Modon en la Moree. Et sur le Roy de Hongrie, Hyadre en Dalmace, (2) Spalatre et Tragure, toutes grosses citez. Cela est bien secouru la Chrestienté : nest pas ?
(1) Dominique Michieli. En 1119, le roi Baudouin du Bourg, pris par Ternir turkoman Balac, fut conduit dans la forteresse de Charan .
(2) Zara, Trau et Spalato en Dalmatie.
DBS VENITIENS.
Et si dauenture ilz disent, que lempire de Constantinoble fut iadis conquis aux Latins par leur moyen, ie leur respons aussi, que par eux il fut perdu , comme nous dirons tantost après. Mais encores quand Baudoyn Conte de Flandres et de Haynnau, qui depuis fut Empereur de Constantinoble auecques Loys Conte de Sauoye, Boniface Marquis de Monferrat, et autres Princes se furent croisez vnanimement, pour aller contre les Turcz, ilz fussent allez à Venise pour sembarquer, les Vénitiens les firent beaucoup attendre, et ne voulurent iamais ottroyer lesquipage de leurs nauires, auant ce que lesdits Princes leur eussent promis de mettre en leurs mains la cité de Hyadre en Dalmace, laquelle leur estoit à cœur, nonobstant quelle fust du domaine du Royaume de Hongrie : par ainsi lesdits Princes furent contraints, silz vouloient parfournir leur voyage de Turquie de faire vue chose iniuste. Et appert tousiours de plus en plus, que les Vénitiens ne furent iamais affectionnez au bien publique de Chrestienté, que leur proufit particulier nallast deuant.
Et pour prouuer ce que nous auons dit cy dessus, que non seulement lempire de Constantinoble, mais aussi la terre sainte ont esté ostez hors des mains des Chrestiens et des Latins : et mesmement des successeurs de Godefroy de Buillon, et de Baudoyn Conte de Flandres tout en vn temps, enuiron lan de nostre Seigneur mille deux cens cinquantehuit. Car comme iceux Vénitiens et les Pi sans, et les Geneuoys (lesquelz estoient pour lors les trois plus puissans peuples et communautez de Chrestienté par mer) tinssent par ensemble et en commun deux ports de mer de Surie : cestasauoir Ptolomaïs, et Tyrus du consentement des Princes de par deçà, sans que lun y deust auoir plus dautorité que lautre : et neantmoins les Vénitiens, selon
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leurcoustume, voulsissent tousiours Vsurper quelque prééminence dauantage, finalement à l'occasion dune abbaye que chacun disoit estre sienne, il sesmut vn débat entre Vénitiens et Geneuoys : et la guerre si grande, en laquelle les Pisans se meslerent, quelle dura bien trente ans. Tellement •que les Papes Alexandre quatrième de ce nom, Vrbain quatrième, et Clément aussi quatrième, et les Roys de France et de Sicile furent empeschez à les appaiser, et ny proufiterent rien. Et ce pendant Michel Paleologue Grec vsurpa lempire de Constantinoble à layde des Geneuoys : Et chassa les François et les Latins hors de Grèce. Et Bondegar Souldan d'Egypte, extermina les Chrestiens hors de Hierusalem et de Surie. Si perdit alors la Ghrestienté tous les ports de mer de Leuant Tripoli, Baruth, Ptolomais et Tyr. Et qui plus est, lespoir de les recouurer, si Dieu ny met remède. Et fut lan m. ce. xc. (1)
Mais que dirons nous de la détestable lascheté de Francisque Condelraario Cardinal de Venise, neueu du Pape Eugène, quatrième de ce nom? Lequel Cardinal estoit Légat, et chef de larmee de mer, au temps que Ladislaus Roy de Polone auecques Iean Huniades père du Roy Mathias, et les Hongres, et les Valaques entrèrent bien auant en Grèce, là ou ilz se portèrent victorieusement contre les infidèles. Et iceluy Légat fut ordonné à garder le destroit du bras saint George, qui sépare la Natolie de la Grèce, à ce que les Turcz ne passassent par là, pour aller secourir leurs gens. Combien quil eust vne bonne et grosse puissance de Chrestiens, neantmoins il laissa passer oultre ledit destroit cent mille Turcz, auec Amurathes leur Prince. Et qui pis
(1) Bibars-Bondocdar, chef des Mameluks, usurpa le trône du Soudan d'Egypte.