ET DIS CONCILES DE L EGLISE
femme Marguerite de Bourgongne, fille du Duo Phelippes le Hardy. Il délibéra de laisser le monde, et lestât Ducal , pour se retirer en vn ermitage délicieux, et en lieu plaisant, nommé Ripaille, sur le Lac de Losanne : lequel il auoit fait édifier somptueusement, ayant laissé le gouuernement de ses seigneuries au Duc Loys son fllz aisné, père du Duc Phelippes de Sauoye, premièrement seigneur de Bresse : lequel engendra le Duc Philebert, mary de madame Marguerite d'Austriche et de Bourgongne. Lequel Duc Philebert, trespassa sans hoirs de son corps, au chasteau du pont d'Àins : lan mille cinq cens et quatre, et fut enterré en vn monastère, lez Bourg en Bresse.
Audit ermitage se contint le Duc Amé de Sauoye, menant vie solitaire, et eremitique, aucun espace de temps, auec dix anciens cheualiers de mesme vocation : Cestasauoir tous ermites, portails grand barbe, et manteau simple, et le baston retortillé et plein de nœux. Laquelle chose combien quelle fust de nouuel exemple, si nest ce pas le premier des Princes qui ha laissé le gouuernement de la chose publique, pour se retirer en vie priuee et domestique : car le semblable firent Diocletian et Maximian, Empereurs Romains, de la loy Payenne. Et Amurathes Othuman Turc, père du grand Mahumethes, conquesteur de Constanti noble.
' Estant ledit Duc Amé en lermitage de Ripaille, en grand bruit de sainteté, et bonne vie, au temps que le concile de Basle se tenoit : et que le Pape Eugène, quatrième de ce nom, natif de Venise fut cité par trois fois personnellement audit concile, et ne tint conte de y comparoir : Parqnoy il fut noté de contuiqpcité, et priué de la dignité Papale, au pourchas du Duc Phelippes Marie, de Milan : ledit Duc
Amtf feffcnopa ermite, fut este Pape par la Maeila de Basle, lan de grâce mille qaatra «en* trentehuit. Et depuis couronné solennellement en ladite cité de Bade, en la présence de deui de ses fllz aimez, qui luy tournoi t A grand gloire. Auant oeste acte et eerimoaie, il auoit fait oater aa barbe, et aprins loffioe dioin en peu de tmps. Et depuis orea aucuns Cardinaux, de grand estime et verte. Et fait tent oe quun taesbon sounerain Prélat peult, et doit faire.
A ee fauorisepent et luy tiudrent la main mwwt Princes : Cestasaiioir (empereur Federic troisième de ee nom, pepe de MaximUîan & présent régnant : Charles septième, Roy de France : Alphonse Roy d*Arragon, et ledit Duc Phe- Uppes Marie, de Milan. Mais le Duc de Bonrgongne lay fut contraire (comme aucuns disent) iasoit oe quil y enst affinité entre eux : mais oe fut pour aucune vengeance et despit inueteré : mesmement à cause de la guerre do Beauiolois, laquelle ledit Duc de Bourgongne entama contre le Duc de Bourbon : et de fait print Belleuille, qui est entre Villefranche et Mascon. Et pource que ledit Duc Amé (depuis Pape Félix) ne luy donna secours, comme il auoit promis, le Duc de Bourgongne feit paix au Duc de Bourbon. Et manda an Duc de Sauoye, que quelques fois il se recompenaeroit bien de sa tardiueté. Laquelle pense* il luy garda iusques au concile de Basle : et le peut bien faine : Car en ce temps 14, la puissance et réputation des Duci de Bourgongne estoit grande.
Ce schisme vingttroisierae, entre Je Pape Eugenius et Fett* de Sauoye, dura seize ans : cestasauoir autaot que le Pape Eugène vascut. Et fut encores continué, jusque* au teiafis de Nicolas sixième natif de la yiUe de Sarreaanna eu la seigneurie de Laques, fllz dun médecin, lequel fut
eslu, lan mille quatre cens quarantesept. Et pour lors Leglise catholique estoit diuisee en trois parties. Car les vns suiuoient Eugène, les autres Félix : et encores les autres se disoient neutres : et nobtemperoient à lun ny à lautre. En par fin les choses se portèrent tellement, que Félix par limpulsion de lempereur Federic troisième de ce nom, fut contraint de céder à son droit de Papalité, au prou fit dudit Nicofes. Et ledit Félix, cestadire, Amé Duc de Sauoye, fut content de demourer Cardinal, et Légat Apostolique en ses païs, pour donner paix à Leglise. Et ainsi fina le vingttroisieme schisme. Et neantmoins tout ce que ledit Félix auoit fait et décrété en sa Papalité, fut ratifié et tenu pour bon. Et trespassa en bonne estimation de sainteté.
Du tresredoutable vingtquatrUm schisme aduenir.
Iasoit ce que des choses contingentes futures, il ny ayt point de vérité déterminée selon le dit du Philosophe : Toutesuoyes nostre mère sainte Eglise tient pour article de foy, que le monde doit périr par feu. Et auant quil soit fini, il est certain (selon lautorité de la sainte escriture, et de l'Apocalypse) que l'Antéchrist viendra. Et auant que l'Antéchrist vienne, sera lé grand et merueilleux schisme de Leglise, par lequel les Princes séculiers seront contraints mettre la main à la reformation des Ecclésiastiques. Comme ces choses ont preueu , par inspiration diuine et reuelation du saint Esprit plusieurs Prophètes, Sibylles, saintes personnes , Astrologues et Mathématiciens, desquelles choses nous mettrons icy vne bopne partie.
m Là Mmunci m§
Apostolus Paulus in seconda epistola ad Thessalonioenaes.
Non reuelabitur filius iniquitatis Antickristus, donee /lai di&ssio, sine dissensio.
Glossa : id est, Schismatica diuisio, vel substractio Romans ecclesi», vel Romani imperij.
Methodius Martyr.
Et tolletur honor à sacerdotibus : et qniescet omne sacrijtcium de ecclesiis : et erunt saeeriotei sicut populus.
Commentator eiusdem Methodii martyria.
Ablatio iuçii $acr\ficij pracedet Antickristum per oeto septitnauas annorum.
Sanctus Ioan. Enangelista, in Apooalypri.
Data sunt mulieri dus al* magna, per tempus et tempera, et dimidium temporis.
Glossa : Mulieri : id est, Ecclesi» qu» fugiet in solitn-
dinem.
Esaias Propheta.
Et erit sicul populus, sic sacerdos : et rieut seruus, sic dominus.
Sancta Brigida.
Sub aquila grandi, qu* ignem fouebit in pectore, conculca bitur ecelesia. Nam potens est Deus suseitare et Francos aduersus eccltsiam, qui eam humiliàbuni.
Eadem.
Vœ, et iterum va, quando puer tedebit in sede Zilij : Orietur tribu latio, in ecelesia sancti Pétri.
Eadem.
Iusto iudicio, hostilibus incursions, conculcabitur nauieula Pétri, et clerus turbabitur.
1T BBS CONCILES DR LB6LISB. 553
Ex prophetiis Merlini antiqui vatis.
Cœsar regnabit vbique.
Sub quo cessabit tune vana gloria cleri.
Idem.
Brit Urbs via prasule digna.
Sancta Hildegardis.
Propter tgrannidem prineipum, et eupidilatem pralatorum, ccclesia percussa est vt vidua.
Sibjlla Erjthroa.
Po$t hac veniet altéra aquila, que ignem fouébit, in gremio
sponsa Agni.
Sibjlla Cretensift.
Srit in iniidijs sponsa Agni, depauperans cultutn eius.
Sibjlla Cumœa.
Post hac, egredietur aquila de Oer mania rupibus, multis asêociata gryphibus* qua irruet in ortum chHstnatis : sedentetn in sede pastoris, de quinto climale fugabil in septimum.
Ioan. Lichtemberger, aatronomus, allegans quintum et sextum
capita Cirilli episcopi Alexandrini.
Vocdbit per annum cum dimidio, heu sedes Romana. in quo tempore tribulatio magna erit % et resurget nouus ordo, et noua restauratio in ecclesia.
Idem.
Alemanni seorpiotUsla eonfœderatiomm inibunt cum liège Francia, $ub quo eeclesia crucem lamentationis humeris proprijs portabit.
Idem.
B clip sis qua fuit anno millesimo quadringentesimo octogesimoçuinto, die deeimosexlo Martij, dmoustrabat destructionem et oppressionem cleri Jleri, per tyrannidetn brachij secularis. m. 31
354 M LA DIFFKftEHCE DIS SCHISMES
Idem.
Coniunctio magna Saturai et Jouis, pus JUl auuo millsst quingentesimoquarto, debebit kabere tuan opération*** a\ millesimo quingentesimosexto.
Nota, quod circa h»c tempora, inthronisatus fait Papatum Iulius secundus, pontifex modem as.
Antiquam vaticinium.
Arbor glandis subuertetur.
Ioan. de Bru gis, in libro qui de Varietate astronomiœ ùuk
bitur.
luxtà est iies Domini : iuxtà est, et vélo» nimis. Rogate { ad parem sunt Hierùsaîem : et ecelesiam iam ddeniem t fortate : iam errantem reformate : iam iiuisam réintégra naufragantem ad portum redueite : ne fiât iUud schu magnum, quod praambuîum erit Antiekristi. In eu aduentum, de eeclesia verificabtiur illud Bieremia proplut Omnes eius porta destructm : saeerdotes eius gementes : t giius eius squalida : et ipsa oppressa amaritudine. T Pétri nauicnla schismatico turbine diutius agitata dissi bitur, in proximo submergenda.
Oultre les prophéties, et prognostiques dessusdite encores en ont assez prédit plusieurs autres saintes p sonnes, par reuelation diuine. Si comme Boëce, saint V cent de Valence, de lordre des Frères Prescheurs, Lai Ioachin Calabrois, frère Reynard Lolard(l), et autres ass Ausquelz ie nadiouste autre foy, sinon telle, que leffect pourra apparoir (2), laquelle chose Dieu vueille destourn Ne ie ne vueil que par la recitation desdites prophéties,
(1) Reygnard Kolart (1548).
(2) L'éd. 1548 qonte et en faire demonstrenee*
BT DBS CONCILES DE L EGLISE. 555
prophéties sont , ou vaticinations , ou prognostiques et diuinations, que aucun y croye ne donne foy, sinon comme ie fais, cestasauoir, autant que mère sainte Eglise le permet. Neantmoins pource que les choses dessuâdites sont mises en Latin, à fin que toutes manières de gens lentendent, cy après est mis le recueil et la substance de tout le dessus narré. Lesquelles choses declaire treselegamment ce noble Poète et Orateur, maistre Alain Charretier, en la fin de son liure, appelle Lexil, et dit en ceste manière de mot à mot.
Moisir $ Alain Charretier % en la fin de son liure appelé Lexil.
Or fvt il pieça fait vn nouuel statut en Leglise Latine, qui desseura lordre du saint mariage, dauec la dignité de prestrise, souz couleur de pureté et chasteté sans souillure. Maintenant court le statut de concubinage, au contraire : et les ha attraits aux estats mondains, et aux délits sensuelz et corporelz : et qui plus est, se sont renduz à immodérée auarice, en procurant par simonie, et par autres voyes illicites litigieuses et processiues, en corruption, et autrement, bénéfices, et prelatures espirituelz : Et qui plus est, souillez et occupez aux affaires citoyens (1), et es négoces et cures temporelles. Et ce premier statut départit pieça Leglise Grecque, dauec la Latine. Et la desordonnance auaricieuse des- prestres, ha fait séparer les peuples de Behaigne de leglise de Homme. Que dis ie de Behaigne, mais de Chrestienté presques toute. Car les gens de Leglise ont si auillennë par leurs coulpes, eux et leur estât, quilz sout ia desdaignez, et des grans et des menus
(1) cWilen (1548).
356 dk la jHmamci ns Mans»»
du monde, et les cœurs estrangez de lobeïssance de sainte Eglise, par dissolution de ses ministres. Car comme dit est, iceux ministres ont laissé les espousailles, mais ilz ont repris les illégitimes vagues et dissolues luxures. le ne vueil plus auant eslargir ma parole, car tant ont telles constitutions de lieu, comme on y prend plaisir. (1)
Que apporte la constitution de non marier les prestres, sinon tourner et eu i ter légitime génération, pour conuertir en aduoutrerie , et lhonneste cohabitation dune seule espouse en multiplicati jn deschaudee luxure ? Si ie disoje tout ce que ie pense, ie diroye pleinement, que la gresse des biens temporelz, meslee de souffre denuie, et la chaleur dambition et de luxure, ont fait leur apprest pour mettre le feu en Leglise. Mais ceste matière est de trop grande et profonde inuestigation, et la détermination douteuse, le preuue assez (2). Si me tais atant, fors que ie prie celuy, qui nostre mère sainte Eglise ha consacrée de son digne sang, quil nen laisse ia adueair ce quil men laisse penser. Ny ie nentens pas pourtant blasmer les preudhommes séculiers, qui de deuotion parfaite, ont donné à Leglise les possessions, car ilz sont deschargez pour monter vers Dieu plus légèrement. Et le Clergé en ha prins si grand fais, (3) et si grosse charge sur ses espaules, quil le courbe tout vers la terre, et le destourbe à regarder lassus aux cieux. Car lappetit auaricieux des ecclésiastiques, ha si surmonté leur raison, que leur damnation y gist manifestement et si ha fait la destruction temporelle dunchacun : Qui est et peult estre vitupère à lhonneur vniuersel de Leglise de ça bas,
(1) La règle n'est de mise que selon le plaisir.
(2) V approuve assez (1548).
(3; /ai* (1628).
n BIS COKCILKft Ml USGLU*. 367
et au deprimement de soy, et principalement des Ecclésiastiques qui ces maux commettent. Douleur me fait ce dire, car ie suis deffié de leur dureté, qui à bien iuger approche hastiuement sur eux, en toute désespérance.
La nef qui porte trop grand voile, single en grand péril, et nulle riuiere ne dure long temps hors de son canal. Recueille par parties, ce que ie tay dit de 1$ dignité des sacrifices, et de lindignité des sacrifians. Dont pour leur iniquité, il faut que autres tachettent et comparent (1), qui est double damnation ausdits sacrifians, et misère diuerse à autruy. Et pour ce faire brieuement par exemple, selon lordre accoustumé, prens ta preuue sur Ophni et Phinees, les enfans de Hely, et prestres de lautel, dont les sacrifices furent abominables à Dieu. Et la décision de leur cas, est traitée en la sainte escriture, comme chose passée. Mais la prophétie de Daniel reste à venir, qui désigne la venue d'Antéchrist, et le temps de persécution pour les abominations du temple, et detraction du quotidien sacrifice.
Conclusion de la tierce et dernière partie de ce présent Traicté, et de toute la substance dudit Traicté.
Pvis que toutes les choses par moy proposées sont amplement ratifiées par lautorité de maistre Alain Charretier, il eschet bien de recapituler, comment en ceste présente dernière partie ha esté veùe la décision finale de tous les schismes qui onques furent en Leglise : cestasauoir vingttrois en nombre. Et lapparence tresgrande du vingtquatrieme futur (laquelle chose Dieu vueille destourner par sa grâce). Parquoy me semble, que lintention de ce Traicté
(1) o.-à.-d. payent.
358 m la MFmEncB M8 nanta i s
est assez prouuee, qui estoit de monstrer combien il j ha de différence entre Schismes et Conciles : et aussi la prééminence et vtilité des Conciles de la sainte Eglise Gallicane. Et oultreplus y sont bien clarifiez les trois poincts principaux dont est faite mention en la première partie, lesquelz ont gasté Leglise : cestasauoir, Ambition mère dauarice : Obmission des Conciles généraux : et Interdiction de mariage légitime, aux prestres de leglise Latine. Sur lesquelz trois poincts, les trois autorités tresantentiques dessus alléguées, ont donné fondement à ce Traicté.
Or confesse ie icy mon ignorance. Cestasauoir, que ie nay sceu tant inuestiguer, que iaye peu trouuer an vray f qui fut le premier Pape, ou le premier concile, par lequel fut faite ceste interdiction de mariage aux prestres de leglise Latine- : sinon, que comme iay touché au temps do seizième schisme, que ce fust Grégoire septième, Moyne de Clugny. Les autres tiennent que ce fut beaucoup parauant en vn concile de Nicee en Bithynie, qui est maintenant Turquie : auquel statut les prestres de leglise Grecque ne voulurent consentir. Mais en la basse Allemaigne, ilz tiennent que ce fut vn Pape nommé Calixte. Et sur ce allèguent ces vers ridicules, et barbares :
bone Calixte, nunc omnis clerus oditte.
Olim presbyteri poterant vxoribus vti :
Hoc destruxisti, tu Papa quando fiiisti.
Ergo tuum festura nunqu&m celebratur honestum.
Quoy que soit (1), cest à messieurs les Decretistes de le sauoir mieux que à moy, car il leur touche. Mais bien
(I) Quoiquect soit, c'est à,/kireu....cur lu cum leur toocheC 1548)*