SECOND! EP18TRE
MERCVRE
Roy Juste guerdonneur,
Voicy lesprit d'vn gracieux amant.
Plus net, plus fin, que perle ou dy amant :
Lequel iay prins tout fres et nouuelet,
Laasus laissant son ioli corselet ,
Prenant la mort pour l'amour d'vne dame.
Que de plus noble au monde ne se clame.
Voy tous ses faits, et sa yie calcule.
Il n'ha sur luy ne tasche ne macule.
Sur luy n'y ha vn seul brin de laideur,
Mais entier est en sa propre verdeur.
L'AMANT VERD
Alors Minos de tous lez me regarde,
Et en fin dit, que i ay fait bonne garde
De netteté, et de pure innocence.
(Car vierge suis) Puis il donna licence,
Que mené fusse aux beaux champs Elises s,
Ou nul ne va, que les âmes prisées.
Lors mon guideur me mena par les ombres,
Ou n'eusmes plus gueres de grands encombres
lusques au Lac, qui Lethes est nommé.
Illec fus ie, par Mercure sommé
De boire vn trait de l'eaue obliuieuse,
Qui perdre fait toute amour enuieuse,
De vouloir r* estre au monde temporel,
Pour le plaisir et déduit corporel.
Si en bus tant, que presque ie fus yure :
Et desadonc n'euz vouloir de reuiure.
Cela fut fait : si marchâmes auant,
Et tousiours fus mon Mercure suiuant,
db l'amant vbrd. 97
Qui me mena par vne voye estroite, Forte à monter, tresdifficile et droite, Mais peu à peu, l'air s'y esclarcissoit.
Dont mon esprit beaucoup s'esiouyssoit, Veu que laissons ces bas lieux souzterrains, Pour aller yoir les hauts lieux souuerains.
Qu'assez à temps iamais voir ne cuidoye.
Si me sembloit que le bruit entendoye De grande ondée, et de flots murmura n s Comme de mer, ou de fleuues courans.
Finablement, suruint belle lumière, Sans encombrier de nieble ou de fumiere, Et peu après nous trouuames l'issue, Pleine de mousse et dherbette houssue. (1) La porte estoit de corne transparente, Qui fut ouuerte, et lentree apparente.
Tout regardé, nous estions en vne isle Belle, plaisant, amoureuse et fertile, Pleine d'oiseaux tresdoucement chantans, Et d'animaux parmy l'herbe trottans, Sans grief tumulte, et sans noise ou discorde. Cecy voyant des enfers me recorde :
Si fus bien aise, et point ne me dolus D'auoir laisse ces infernaux palus.
Lors dit Mercure :
MERCVRE
Amy, tes destinées Tont fait venir es Isles fortunées, Que les humains disent et cuident astre, Presque* ainsi qu'vn Paradis terrestre,
(1) En 1533, kotsne — épais, tonffu.
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Ou autrement» les champs Eiisiens.
Icy ne croist que fruits Ambrosiens.
Et n'y boit on que liqueurs Neotarees.
C'est le seiour des âmes bienheurees,
Des animaux qui onques ne meffeirent,
Ains de tout bien leurs œuures assoufflrent. (1)
Or y demeure en repos éternel :
Car bien le veult le grand Roy supernel.
L'AMANT VERD
Ainsi dit il. Et le luy rendis grâces.
Puis il s'en vole, et n'apparent bùb trasses Par le chemin de l'air qu'il trenche et fend, Dont nulle rien ne l'empesche ou deffend.
Le temps estoit tout cler et saphirin, Le Soleil haut, et le vent Zephjrin Occidental, doucement souspiroit, Voire si doux, que plus il ne pourroit.
Alors, oontent de ma riche Fortune, le vois choisir vne place opportune Pour spéculer (2) tout le noble pourpris, Ou vont volant tant de ioyeux esprits.
Si me branchay sur vn Oranger verd, De fleurs, de fruits, de fueilles bien oouuert : Et regarda; la grand mer spacieuse, Qui circuit l'isle délicieuse.
Tranquille estoit, et calme la marine, Clere et luisant comme belle Terrine.
L'isle esleuee, au mjlieu grande et lee :
Ayant maint tertre et ombreuse valee.
(1) Au XV« siècle attonflr = contenter, rassasier, accomplir.
(2) contempler.
m i/à*àht vm.
Mais, le Soleil combien qu'il 7 fat haut, Ny eetoit point excessif ne trop chaut, Aine y fut tout riant en flouriture, Souef flairant, de diuerce peinture. Et comme ainsi ie contemplasse tout, Asseoir se Tint près de moy a m bout Va cler esprit, portant plume naîue (1)
De cramoisi, tresuermeillt et tresniue.
Et après luj sur ce grand Orenger, Vindrent aussi mille oiseaux se ronger,
Si beaux, si ioints, (2) et de tant de couleurs,
Quon ne sauroit exprimer leurs valeurs.
Croy moy Prinossse, et preste ton entente.
Gest arbre beau, de freilleure patente,
Fat enrichi presques en tu moment
De tous oiseaux de diuers parement,
Qui entour moy Yoletans se iouerent,
Et de leurs chants courtois me salueront.
Mais dessus tous, ie notay la faconde
Du cler esprit, pourprin et rubiconde, (9)
Duquel la plume (ainsi affermer l'ose)
Certes paasoit la beauté de la rose. ,
Si dit ainsi : (les autres se taisans)