‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 126 sur 465 · ACTE I, SCENE L î8i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE L î8i

Il passe pour erueî s'il garde la justice, S'il est doux pour timide et partisan du vice; S'il se porte à la guerre il fait des malheureux; S'il entretient la paix il n'est pas généreux; S'il pardonne il est mou, s'il se venge, barbare; S'il donne il est prodigue , et s'il épargne , avare ; Ses desseins les plus purs et les plus innocens Toujours en quelque esprit jettent un mauvais sens^ Et jamais sa vertu , tant soit-elle connue , En l'estime des siens ne passe toute nue : Si donc pour mériter de régir des états, La plus pure vertu même ne suffit pas, Par quel heur voulez-vous que le règne succède (Ladislas témoigne de l'impatience.)

A des esprits oisifs que le vice possède, Hors de leurs voluptés incapables d'agir, Et qui serfs de leurs sens ne se sauroient régir ? Ici mon seul respect contient votre caprice : Mais examinez-vous et rendez-vous justice ; Pouvez- vous attenter sur ceux dont j'ai fait choix, Pour soutenir mon trône et dispenser mes lois, Sans blesser les respects dus à mon diadème , Et sans en même temps attenter sur moi-même ? Le duc par sa faveur vous a blessé les yeux, Et parce qu'il m'est cher il vous est odieux : Mais voyant d'un côté sa splendeur non commune,. Voyez par quels degrés il monte à sa fortune; Songez combien son bras a mon trône affermi: Et mon affection vous fait son ennemi ! Encore est-ce trop peu : votre aveugle colère Le hait en autrui même et passe à votre frère ; Votre jalouse humeur ne lui sauroit souffrir

i82 VENGESLAS,

La liberté d'aimer ce qu'il me voit chérir; Son amour pour le duc a produit votre haine; Cherchez un digne objet à cette humeur hautaine, Employez, employez ces bouillans mouvemens A combattre l'orgueil des peuples ottomans, Renouvelez contre eux nos haines immortelles, Et soyez généreux en de justes querelles: Mais contre votre frère et contre un favori Nécessaire à son roi plus qu'il n'en est chéri, Et qui de tant de bras qu'armoit la Moscovie Vient de sauver mon sceptre, et peut-être ma vie. C'est un emploi célèbre et digne d'un grand cœur !.., Votre caprice enfin veut régler ma faveur: Je sais mal appliquer mon amour et ma haine , Et c'est de vos leçons qu'il faut que je l'apprenne , J'aurois mal profité de l'usage et du temps!

LADISLAS

Souffrez

VENCESLAS

Encore un mot, et puis je vous entends: S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde, Rarement le soleil rend la lumière au monde, Que le premier rayon qu'il répand ici-bas N'y découvre quelqu'un de vos assassinats; Ou du moins on vous tient en si mauvaise estime. Qu'innocent ou coupable on vous charge du crime. Et que, vous offensant d'un soupçon éternel, Aux bras du sommeil même on vous fait criminel. Sous ce fatal soupçon qui défend qu'on me craigne, On se venge, on s'égorge, et l'impunité règne; Et ce juste mépris de mon autorité

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