‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 127 sur 465 · ACTE 1, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I. i

Est la punition de cette impunité; Votre valeur enfin, naguère si vantée, Dans vos folles amours languit comme enchantée , Et par cette langueur dedans tous les esprits Efface son estime et s'acquiert des mépris: Et je vois toutefois qu'un heur inconcevable. Malgré tous ces défauts vous rend encore aimable, Et que votre bon astre en ces mêmes esprits Souffre ensemble pour vous l'amour et le mépris. Par le secret pouvoir d'un charme que j'ignore. Quoiqu'on vous mésestime on vous chérit encore; Vicieux on vous craint j, mais vous plaisez heureux, Et pour vous l'on confond le murmure et les vœux. Ah! méritez, mon fils, que cet amour vous dure. Pour conserver les vœux étouffez le murmure. Et régnez dans les cœurs par un sort dépendant Plus de votre vertu que de votre ascendant : Par elle rendez-vous digne d'un diadème : Né pour donner des lois commencez par vous-même ,. Et que vos passions, ces rebelles sujets, De cette noble ardeur soient les premiers objets ; Par ce genre de règne il faut mériter l'autre : Par ce degré, mon fils, mon trône sera votre : Mes états, mes sujets, tout fléchira sous vous,. Et, sujet de vous seul, vous régnerez sur tous. Mais si toujours vous-même et toujours serf du vice, Vous ne prenez des lois que de votre caprice; Et si pour encourir votre indignation.

Il ne faut qu'avoir part en mon affection ; Si votre humeur hautaine enfin ne considère Ni les profonds respects dont le duc vous révère, Ni l'étroite amitié dont l'infant vous chérit ^

i84 VENCESLAS,

Ni la soumission d'un peuple qui vous rit,

Ni d'un père et d'un roi le conseil salutaire,

Lors pour être tout roi je ne serai plus père;

Et vous abandonnant à la rigueur des lois ,

Au mépris de mon sang je maintiendrai mes draits.

Encor que de ma part tout vous choque et vous blesse, En quelque étonnement que ce discours me laisse, Je tire au moins ce fruit de mon attention. D'avoir su vous complaire en cette occasion , Et sur chacun des points qui semblent me confondre , J'ai de quoi me défendre et de quoi vous répondre, Si j'obtiens à mon tour et l'oreille et le cœur.

Parlez, je gagnerai vaincu plus que vainqueur: Je garde encor pour vous les sentimens d'un père. Convainquez-moi d'erreur, elle me sera chère.

LADISLAS

Au retour de la chasse, hier, assisté des miens ^ Le carnage du cerf se préparant aux chiens , Tombés sur les discours des intérêts des princes. Nous en vînmes sur l'art de régir les provinces. Où chacun à son gré forgeant des potentats, Chacun selon son sens gouvernant vos états. Et presque aucun avis ne se trouvant conforme. L'un prise votre règne, un autre le réforme; Il trouve ses censeurs comme ses partisans; Mais généralement chacun plaint vos vieux ans. Moi, sans m'imaginer vous faire aucune injure. Je coulai mes avis dans ce libre murmure. Et mon sein à ma voix s'osant trop confier.

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